‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 17 sur 25 · K MA LU KH HE. 3J · texte numérisé non relu

K MA LU KH HE. 3J

Tls doivent être à Siniit-Joaii-dc-LAnc cette semaine sainte; la reine le dit ainsi loiit liant.

Tons les ré(jinients entretenus ont l'ait crue de deux mille honuncs chacun; outre cela, les sieurs de Ilaml)ine et de Vap^"»econrt en ont chacun un de deux niilie lionnnt's. Le rendez-vous de Tarmée est à Epernay près de Châlons. M. de Praslin partit vendredi dernier pour y aller. M. de llolian a mandé à la reine qu'il est son très humble serviteur; ceux de la Rochelle aussi en ont mandé de même; je le sais du sieur de La Chesnay, ordinaire du roi , et de la religion , qui avoit été envoyé vers eux. MM. du Maine et de Longueville sont à Soissons sans aucune troupe ; il ne s'y fait pas seulement garde aux portes ; le sieur de Vincy , qui en arriva samedi , y étant allé voir Févêque, qui est son oncle, me Ta dit: il m'a dit davantage que M. du Maine lui avoit dit qu'il ne se désuniroit pas d'avec ses amis, mais qu'il ne feroit jamais rien contre le service du roi, et particulièrement contre la protestation q-'il avoit faite à la reine d'être son très humble serviteur.

De Bretagne on a aujourd'hui en nouvelles de M. de Montbazon que tout y étoit paisible, sans aucun mouvement contre le service de leurs majestés. Jeudi au soir extraordinairement furent scellées les con nissions pour les crues. Je me trouvois ce soir-là au cabinet , oiji la reine , qui avoit été l'après-dinée à la volerie , dit qu'elle avoit pris un corbeau, ce qn'elle prenoit à bon augure; et certainement tout le monde dit que c'est chose qui n'arriva presque jamais. L'affaire fut qu'un corbeau et une corneiUe étant venus au duc, les oiseaux, ayant été jetés, entreprirent le corbeau, et laissèrent aller la corneille.

Le corbeau fut pris; je le vis entre les mains du roi; et, afin que Faugurc fût bon tout-à-fait , la reine dit que ses oiseaux n'avoient pas eu un coup de bec. M. de Vendôme est à sa maison d'Aucenis sans aucune troupe; cette maison est dix lieues par-delà An'^ers , sur la rivière de Loire, où il a mis un petit bateau pour apprendre ce qui passe sur la rivière , sans toutefois faire jusqu'ici autre mal. Vous avez su qu'il avoit fait détrousser un paquet du roi à M. de Montbazon ; il s'en est excusé à la reine par une lettre qu'il lui a écrite, mais je ne crois pas qu'elle en soit fort satisfaite : la reine dit tout baut qu'il s'est fait criminel de lèse-majesté pour un morceau de papier.

AU MÊME

A Paris, ce i*"^ d'avril 1614.

Monsieur ,

J'attendois à vous écrire que j'eusse quelque grande épargne de nouvelles; je ne sais si cette saison de dévotion a diverti' ies esprits des choses du monde, mais durant toute cette semaine il ne s'est rien fait ni rien dit. Depuis une heure ou environ, M. de Lorraine a apporté un avis à la reine , contenu dans une lettre qu'il lui a lue , qui contient que messieurs les absents, qui viennent à Soissons , dévoient venir avec huit mille hommes de pied , douze cents chevaux et huit canons; les autres disent quatre mille hommes de pied, deux mille chevaux et

!)[•: MA Ml i: Il mi:. 3.') 7

quatre canons, rt (pic ( c sont troiipos qui vi(;nncnt tlu côté d'Artois. Tant y a (jnc jo tiens, et l'ai ainsi maintenu dans le cahinct dont je viens présentement, que cT'toit une bourde. La reine à l'heure n)énie a envoyé quérir M, d'Ivspernon , qui est venu aussitôt; M. de Guise et lui, avec M. de Loniénie, ont long-temps parlé à la reine. A l'heure nienuî madame de Hagny a porté à la reine une lettre de M. le maréchal de Lavardin, qn'il écrivoit à madame de Guise, du contentement qv>'il avoit de savoir leurs majestés avec M. son fils , et la supplioit de les assurer de sa fidélité, et qu'il partiroit après ces fêtes, qui est un terme déjà échu; il mande qu'il a mille chevaux de ses amis tout prêts au premier besoin qu'en aura sa majesté. Quant à moi, je ne crois point que ces tumultes aboutissent qu'à la paix; c'est toujours mon opinion, et sera jusqu'à ce que je voie d'autres apparences de guerrf ~ Pour d'autres nouvelles , je n'en sais point, sinon qu'ulî ^ui est à M. de Brissac a pris une maison de M. de Vendôme, qu'il faisoit fortifier auprès de Blavet. Au reste, leurs majestés se portent fort bien : depuis que le roi a pris le vin et quitté le latin, sa santé et son embonpoint croissent à vue d'œil. Madame de Guise, avec laquelle j'ai eu l'honneur de souper, m'a dit que le mariage de M. du Maine et de mademoiselle d'Aumale fut hier accordé. Ceux de la religion , de Rouen, sont venus ici se justifier d'un bruit qu'ils disent qpe l'on avoit fait courir , qu'ils avoient fait quelques assemblées de nuit pour surprendre la ville; la reine les assura qu'elle s'assuroit fort de leur fidélité : voilà tout ce que je sais. Demain, messieurs les absents doivent partir, àce que l'on dit, pourveniràSoissons. L'on

dit que nos députés partiront jeudi, et que ce seront MM. le cardinal de Joyeuse , le président Jeannin , et de Boissise. M. le cardinal s'en excuseroit volontiers, mais je crois qu^il sera malaisé. Je ne veux pas oublier à vous remercier de vos aigres-de-cédre, et voudrois avoir moyen de servir M. de Gassagnes, qui en cette occasion a voulu m'obliger plus que je ne mérite. Comme je le portai à la dame de Rambouillet, qui est celle pour qui jeCô vousavois demandé, j'y trouvai M. de Saint-Michel^ c'est l'abbé que j'avois prié de me recouvrer quelques autres médailles de celles qui ont été trouvées en son village. Il m'a dit qu'on lui a donné espérance de lui en l'aire recouvrer deux à Bruxelles , et qu'il y fera ce qu'il pourra : de mon côté aussi j'en ferai de même pour lui en faire souvenir. Je vous avois écrit que je pensois avoir trouvé l'intelligence d'une certaine inscription qui est à Notre-Dame-de-Lasses à la muraille de l'église, du côté du chemin, où e^i ce mot TJireption: je crois, puisque vous ne m'en mandez rien, que vous n'avez point reçu ma lettre. Je vous réitère donc la même prière, afin que je voie si j'ai rencontré; car autrefois j'ai fort resté là-dessus sans en pouvoir venir à bout. Vous m'avez extrêmement obligé de m'avoir mandé l'histoire io8. J'ai toujours cru qu'il y avoit différence de courage et d'orgueil ; cette aventure l'a assez témoigné : il est malaisé de corriger les inclinations qu'on a prises au ventre de la mère. Je lui ai dit autrefois une partie de ce que j'en pensois; je dis une partie, pourceque je ne le voyois pas disposé à recevoir de bons conseils. Il ne me reste , à mon avis, autre chose à vous dire, sinon que je suis, et à M. le premier président,

DE MArJIRRBR. 359

comme do oontiiine, votre très humble et très affectionné serviteur.

Je eonfinuc mon silen(;e avec lui, et le continuerai jusqu'à ce que j'aie quelque chose qui m'excuse de l'avoir gardé si long-temps ; mais, s'il lui plaît , qu'il ne laisse pas de me faire l'honneur de me tenir en ses bonnes grâces.

AU MÊME

A Paris, ce dimanche 6 d'avril i6i4-

Monsieur ,

Je vous écris ce peu que nous avons de nouvelles; c'est à regret, pourceque devant que vous les ayez elles seront , non seulement vieilles , mais décrépites : tant y a qu'à cette heure elles sont nouvelles , et ne perdront cette qualité que par la longueur du porteur, qui s'en va par le coche. Pour le moins , vous témoignerai-je ma diligence, et peut-être encore que lorsque vous les recevrez , vous aurez de quoi contester contre quelque conteur qui s'en voudra faire accroire et exposer de la fausse monnoie pour du bon argent. Quand il se sera passé en la conférence de Soissons quelque chose d'importance, si d'aventure il vient jusqu'à moi vous en aurez votre part: puisque je ne puis autrement reconnoître tant de courtoisie que journellement je reçois de vous , il est bien raisonnable que je vous y fasse preuve de ma diligence. S'il se présentoit quelque autre occasion de

3Ca LETTRES

vous servir, vous pouvez penser que je ne manquerai pas de vous y rendre quelque témoignage du pouvoir que tous les jours, par quelque nouveau bienfait, vous acquérez sur moi. Adieu, monsieur; aimez-moi comme votre très humble et plus affectionné serviteur.

Il y a cinq à six jours que , sur un avis qu'eut la reine, par le sieur du Vassan, lieutenant à Laon sous M. le marquis de Cœuvres, de cinq ou six mille hommes de pied et de cheval qui s'acheminoient à Soissons , elle se résolut d'y envoyer M. de Montigny, pour, durant le passage de ces troupes , empêcher qu'il ne s'y fît rien au préjudice du service du roi. Comme il y alloit, M. du Maine en eut avis; et, sachant qu'il ne passoit qu'avec six ou sept chevaux de poste, envoya quinze chevaux après pour le prier de le venir voir : il en fit quelques difficultés; toutefois, voyant qu'il le falloit faire, il s'y résolut. M. du Maine le reçut ft Vt courtoisement et avec plainte de ce qu'il passoit sans le voir, vu qu'il savoit qu'il étoit son ami. M. de Montigny lui répondit, avec sa liberté accoutumée , qu'il lui faisoit tort de le retenir, allant pour le service de leurs majestés , et que , s'il avoit envoyé quelqu'un , il ne seroit pas bien aise qu'on le retînt. M. du Maine le retint à souper et à coucher, et le lendemain lui prêta son carrosse pour le porter à Laon, après l'avoir prié d'assurer leurs majestés que le succès de cette conférence iroit à leur contentement. Au même temps, le sieur de Cerisy, gentilhomme pensionnaire du roi, et qui ci-devant a été lieutenant d'vme compagnie des gardes-du-corps , fut envoyé reconnoître ces troupes. Il en fut de retour avant-hier. Je lui en demandai des

DE MALIIERBP:. 3(1i

nouvelles; il me dit qu'ils pouvoient être environ quatre nulle hommes de pied et cinq à six cents chevaux. M. de La Vareune, que la reine avoit envoyé au même temps vers M. le prince, pour savoir que vouloit dire cette levée d'houunes, revint hier, et lit le même rapport que le sieur de Cerisy. Il dit que les troupes sont de cinq mille houunes de pied, dont la plus grande partie sont Wallons, c'est-à-dire Liégeois, et huit cents chevaux, qu'il dit être fort lestes; et entre autres il fait cas de la compagnie de M. de Bouillon, avec des casaques blanches et broderies d'; velours noir. M. le prince lui a dit qu'il ne se défie pas de la reine, mais qu'il sait qu'auprès d'elle il y a des gens qui ne lui sont guère affectionnés. Un gentilhomme de qualité, huguenot , m'a dit qu'il a cette après-dînée entretenu fort long-temps M. de Villeroi, qui lui a dit que jusqu'à cette heure il n'avoit point cru que les choses s'accommodassent, mais qu'à cette heure il en avoit grande espérance. MM. les princes arrivent ce soir à Soissons; leurs troupes sont logées auprès d'eux, et n'ont mis que mille hommes de pied dans la ville. M. de Ventadour partit hier pour y aller. MM. les présidents Jeannin, Thou et Boissise, sont partis ce matin. La petite Madame a la fièvre continue depuis cinq jours; il est vrai qu'aujourd'hui elle se porte beaucoup mieux. M. de Vendôme a écrit au roi et à la reine la fortification que fait de Blavet le baron de Camorre, et leur manda que ce qu'a fait ledit baron est suivant ce que le sieur de FougueroUes , qui avoit été envoyé en Bretagne incontinent après que M. de Vendôme fut retenu, lui avoit dit qu'il eût à prendre garde qu'on ne se saisît de Blavet , et qu'il avoit cru ne pouvoir mieux empêcher

36a LETTRES

que l'on ne s'en saisît qu'en se mettant lui-même dedans, et qu'il CToyoit qu'il feroit ce que sa majesté lui commanderoit. Je crois que cette honnêteté vient de ce que ce baron de Camorre étoit {gouverneur de Hennebon, autre petit port de mer à deux lieues de Blavet, et que cependant qu'il s'est amusé à fortifier Blavet, les habitants de Hennebon lui ont fermé les portes à son retour, tellement qu'à cette heure, reconnoissant qu'il a perdu le certain pour l'incertain, il voudroit bien que ce fût à recommencer. M. le comte de Brissac fit , il y a trois ou quatre jours, serment de lieutenant-généiulen Bretagne, en survivance de M. le maréchal son père. M. de Bassompierre le fit hier de colonel des Suisses, qui est une charge que lui a vendue M. de Rohan pour le prix de trente-six mille livres. Pour remplir la fin de cette page, je vous dirai que le roi, hier au soir, vint au cabinet de la reine, lui fit voir un paquet qu'il venoit de recevoir de M. de Boinville. Ce paquet fut à l'heure même ouvert, et dedans furent trouvées deux lettres, l'une au roi, l'autre à M. de Guise; en celle du roi , qui fut, et l'autre aussi, lue tout haut par madame la princesse de Conti, anagnoste ordinaire du cabinet, il supplie le roi de lui permettre le combat avec le duc de Guise (ce sont ses termes ); pourceque ledit duc pourroit s'arrêter sur les qualités , il supplie sa majesté de lui donner de la noblesse et de l'honneur assez pour s'égaler à lui. Dans cette lettre, il appelle M. de Guise, mo?i ennemi, comme ennemi du roi et le sien. En un endroit de cette lettre, il y avoit ces mots : Cette ingrate race de Lorraine. Comme madame la princesse en fut là , elle se mit à rire, et dit à la reine, en rougissant, de quoi l'on lui fit la guerre :

h Vraiment, il est bien injîratdcs bons offices f(uc je hiiai rendus auprès de votre majesté! » D'après cela elle continua de lire; elle lut aussi celle qu'il écrivoit à monseigneur de Guise, qui étoit un < artel. T.a plainte qu'il fait de lui, c'est que, durant sa prison, ayant eu loisir de penser à ses affaires, il a trouvé que M. de Guise lui avoit fait de mauvais offices auprès de sa majesté. Cet entretien donna à rire à la compagnie durant un quart d'heiue. La reine dit qu'il s'étoit fait huguenot. Je vous avois jnandé qu'on faisoit des habits pour la petite reine : c'est une robe qui se fait à l'hôtel de Luxembourg par des Turques, dont il y a deux lez de fait, et dit-on que c'est la chose du monde la plus belle. J'ai su depuis du sieur Jacome, tailleur de la reine, que c'est pour madame la maréchale d'Ancre , pour les noces du roi; mais qu'elle ne désire pas que l'on le sache. Je ne sais plus que vous dire; adieu, monsieur.

AU MÊME

A Paris, ce 21 avril j6i4-

Nos nouvelles sont que samedi, après dîner, M. de Bouillon retourna vers ces messieurs de Soissons. Le soir même il en arriva un courrier qui avertit la reine que M. le prince en étoit parti le matin pour cinq à six jours, durant lesquels il avoit laissé toutes charges à MM. du Maine et de Bouillon. Après que la reine eut lu l'avis, elle le dit ainsi tout haut. Vendredi au soir j'étois

au cabinet; il arriva un nommé Andras, qui venoit do Soissons; il parla à elle à l'oreille, et l'une des choses qu'il lui dit fut qu'il avoit rencontré un chariot plein de mousquets que l'on portoit à Soissons pour M. de Bouillon , lequel il avoit fait ramener. La reine commanda qu'il fût renvoyé en sa maison au faubourg Saint -Germain; ce qui a été fait : aussi en étoit-il parti. Il y a défense faite par le lieutenant-civil aux quincailliers de vendre aucune arme que par sa permission. Le prévôt des marchands demanda à la reine, au commencement de l'arrivée de M. le prince à Soissons , si l'on garderoit'îes portes de la ville. T^a reine lui répondit , à ce que lui-même m'a conté , que la chose ne le valoit pas. On parle de tout plein de demandes qile font ces messieurs; mais c'est si diversement que je n'oserois les vous écrire. Au retour de M. de Bouillon, si nous en savons davantage, je vous ferai part de ce que j'en apprendrai. Adieu, monsieur; je vous baise très humblement les mains, et suis votre serviteur très affectionné.

Je fus hier au Louvre, mais je n'y appris rien , à cause que l'on ne voyoit point la reine ; elle s'étoit fait saigner, et n'y entra homme quelconque que le l'oi. Il y a trois ou quatre jours que j'envoyai la paraphrase d'un psaume à M. de Valves: je crois qu'il la vous aura envoyée. Je fus samedi chez notre compère, où je vis ce qu'il a fait pour vous, j'entends le portrait du feu roi. Il n'y a que la tête, pourceqiie, à ce qu'il dit, vous n'en voulez pas davantage. Elle me semble fort bien faite, et crois que vous en serez content. Encore que je ne vous écrive point que je suis très humble serviteur de M. le premier président,

DR MALIIKHIU:. :K>'>

je présuppose que vous \c. vous iciiie/. toujours pour écrit, et (pie vous Ten ussurii'z. i'jiites-uioi doue cette faveur de le faire eu cette occasion et en toutes, encore que j'oubliasse à vous en écrire. Adieu, encore un coup, monsieur; et, encore un (oiq), je vous dis que je suis votre serviteur de tout uiou cœur.

AU MÊME

A Paris , ce 3 1 avril 1 6 1 4-

Monsieur,

Je viens d'être averti par M. de Valves du partement de M. Breton, qui s'en va en poste. Nous n'avons point de nouvelles; quand nous en aurions, il vous les diroit plus particulièrement que je ne les vous saurois écrire. Je fus hier au soir au Louvre , où l'on avoit opinion de la guerre; toutefois on attendoit M. de Bouillon, qui devoit venir aujourd'hui , pour en savoir davantage. S'il est venu, je n'en sais rien, pourcequ'il n'est que huit heures du matin , et que je suis encore au lit. J'appris que s'il n'apporte nouvelle qui contente la reine, on s'en va à eux, avec dix- huit mille hommes de pied et deux mille cinq cents chevaux. Monseigneur de Guise commandera l'armée; M. d'Espernon y fera sa charge de colonel. M. de Ramhure , qui a un régiment de deux mille hommes, amande à la reine que, s'il lui plaît lui faire le commandement, il taillera en pièces tout ce qu'ont ces messieurs. Pour moi, j'espère et crois toujours la paix, en partie pourceque je la désire, et outre pourceque je ne

crois point que des deux côtés on ne l'aime mieux que la guerre, et que , devant que de rompre , les uns demanderont moins , et les autres accorderont plus qu'ils ne s'étoient proposé. Il y a trois ou quatre jours que la reine ayant dit au roi qu'il falloit qu'il se purgeât pour se bien porter tout cet été, et que le plus tôt étoit le meilleur, et là-dessus s'étant adressée à M. de Souveray, et lui ayant dit qu'il falloit que le lendemain le roi prît médecine , le roi lui dit : « Non , non , madame ; il n'est pas bon que j'en prenne à cette heure, ces gens de Soissons diront que je suis malade. » Hier au soir, il dit tout haut : « Voyez un peu quel bruit ils font courir, ils disent que j'ai donné deux coups de poignard à M. de Souveray; vous pouvez penser quelle apparence il y a ! » et à la vérité cela a été dit à Soissons; ils font ce qu'ils peuvent pour faire croire que le roi est de leur côté. Un homme qui a vu des commissions baillées par M. le prince m'a dit qu'il prend qualité de lieutenant-général de sa majesté, en pays de son obéissance et en ses armées, et protecteur de l'état. M. de Bouillon, à ce qu'on dit, est fort disposé à la paix, et, à ce que l'on dit, la cause est que, par la mort de M. le connétable, son état de premier maréchal lui sera de grand revenu, n'y ayant point de connétable. La petite Madame est guérie; leurs majestés se portent bien, grâces à Dieu! je le prie qu'il les continue en cet état, et ajoute à ce bien tout ce dont il sait que nous avons besoin. Je vous remercie, monsieur, de l'avis que vous m'avez donné: je ne suis pas encore liors de peine, car je n'ai point de nouvelles de ma femme ; mais vous m'en avez diminué l'alarme. Quand je voudrai faire tenir de l'argent en Provence, j'en use-

DE MALIIERHR. ifi;

rai comme vous me maridez. Adieu, monsieur; je suis votre très humble et très obéissant serviteur.

AU MÊME

A Paris, ce i**^ de mai i6i4-

Monsieur ,

Je vous écrivis hier ce que je savois; mais, ayant aujourd'hui étudié , j'ai appris quelque chose de plus , dont je vous ai fait un petit mémoire que vous trouverez en ce paquet . il y a du plaisir à écrire par la poste ; mais parles messagers, il n'y a ni plaisir ni honneur à mander ce qui sera vieux et ridé devant qu'il arrive. Adieu, monsieur; aimez-moi toujours. Votre très humble et plus affectionné serviteur.

AU MÊME

A Paris, ce 3 de mai i6i4-

Monsieur ,

Il y a assez de temps que je ne vous osois écrire des nouvelles, je les voyois si incertaines que j'aimois mieux que vous apprissiez des mensonges d'autres que de moi; à cette heure, je vous puis dire à bon escient que la paix a été conclue ce matin en un conseil général , qui , pour cet effet, a été tenu au Louvre. Il ne tenoit qu'à Amboise, que la reine avoit fait quelque difficulté de

bailler : toutefois enfin , elle s'est laissée aller à la prière de tout le monde. Une chose si précieuse comme la paix est toujours à bon marché , quoi qu'elle coûte. Vous vous en réjouirez , je m'assure , comme font tous les gens de bien , et crois que M. Descures n'aura pas beaucoup de gens qui l'accompagnent en son déplaisir. Il avoit eu cette place du Gast par le prix de cent mille écus , et n'en avoit baillé que six mille con)ptant. Le reste partoit d'une certaine affaire de six deniers pour livre , exigés par le passé par les receveurs particuliers des élections , plutôt par souffrance et coutume que par aucun droit ni titre qu'ils en eussent; de sorte que , pour éviter la recherche du passé, et avoir permission de continuer la même exaction à l'avenir, ils ont baillé deux cent et tant de mille livres, qui sont destinées à cet achat. Quelqu'un de mes amis m'a dit que M. le président Jeannin, à son retour de Soissons, ayant parlé à M. Descures de remettre cette place , il avoit dit qu'il n'en feroit rien ; à quoi lui ayant M. le président répondu qu'il falloit qu'il le fît, et lui continuant en sa négation, enfin M. le président lui répliqua: « Par la mort Dieu! vous le ferez, ou nous vous ferons pendre. » On a fait plusieurs discours sur la longueur qu'il y a eu avant que de la vouloir bailler; mais cela seroit trop ennuyeux, et, étant hors d apparence, ne vaut pas la peine d'en gâter le papier. Après cette nouvelle de paix, il n'y auroit point de goût à en lire d'autres; et ceitaiuement je crois que celle-ci a consumé toutes les autres , car il ne se parle de chose quelconque que de cela. J'ai été ce soir au cabinet exprès pour en apprendre ; mais j'en suis revenu aussi savant que j'y étois allé , hormis que j'ai ouï que la reine

DE MALIIKRlJi:. Muj

a dit à madame de Prasliii qu'elle voyoit bien qu'elle étoit bien aise de la paix, mais qu'elle ne se réjouît pas trop, et que peut-être, à Tlieure qu'elle parloit, M. de !*raslin étoit aux mains avec les {jens de M. le prince, pource(|ue, eux ayant fait contenance de vouloir passer un certain '^assaj^e, M. de Praslin avoit envoyé savoir d'elle ce qu'il lui plaisoit qu'il fît en ce cas-là; sur quoi elle lui avoit commandé de les charger. Je crois que M. de Valves vous aura fait voir une traduction que j'ai faite du psaume CXXVIII : Sœpè expugnaverunt me h jiiventute meâ. Voilà pourquoi je gratifierai ma paresse en cette occasion, avec votre congé. Il y a dix ou douze jours que je la donnai au roi et à la reine. La reine, après l'avoir lue , commanda à madame la princesse de Conti de la lire tout haut. Cela fait, la reine me dit, « Malherbe, approchez-vous, » et me dit tout bas à l'oreille, « Prenez un casque. » Je lui répondis que je me promettois 'iÇu'elle me feroit mettre en la capitulation ; làdessus elle se mit à rire, et me dit qu'elle le feroit. Adieu, monsieur; je ''le me souviens de rien digne de vous être mandé. Si j'apprends quelque chose des articles secrets, vous en aurez votre part, à la charge que vous m'aimerez toujours , et toujours me croirez votre très humble et très affectionné serviteur.

J'oubliois à vous dire que cette après-dînée, étant allé voir M. l'évêque de Puez, je l'ai trouvé avec le bréviaire à la main; vous pouvez penser comme il fera mais qu'il soit doyen des cardinaux. On fait un air au psaume dont il est question, et en a-t-on fait un à un autre psaume que j'ai fait autrefois : Domine, dominus noster: quàm ad-

mirabile est nomen tuiim in loii'versâ terra! et aussi à une

chanson que j'avois faite pour le feu roi ,

Que d'épines , Amour, accompagnent tes roses !

Quand je les aurai recouvrés, je les vous ferai tenir pour les bailler au page de M. le premier présidait.

AU MÊME

A Paris, ce 10 Je mai i6i4-

Monsieur,

Je vous remercie de votre gazette; en revanche, je vous en envoie une autre : elle est petite , mais aussi n'avons-nous pas grandes nouvelles, quoique je m'assure que Ton vous conte d'étranges drôleries. J'ai vu les vers du ballet que vous m'avez envoyés ; celui qui les a faits écrit fort bien et fort nettement. Je vous en enverrai , quelqu'un de ces jours, d'autrt'i, s'il plaît à Dieu; vous m'en direz votre avis , comme je vous dis le mien , et avec la même liberté. Je crois que M. votre père aura reçu un petit mot de lettre que lui écrivoit M. de Valves , pour rendre à ma femme cent francs que j'envoie à Marc-Antoine ^our avoir des livres. Je vous supplie, monsieur, à votre commodité , les lui faire bailler, et excuser tant d'importunités; mais en cette sorte de besoin, à qui recourrois-je, sinon à vous? Je devrois craindre de lasser votre courtoisie, mais j'ai peur de faillir encore davantage de croire qu'elle soit capable de se lasser. J'oubliois à vous parler encore d'une autre hardiesse que

DK MA lui: un K. 371

j'ai prise de mettre quelques livres pour lui duiis un ballot que Ton vous a envoyé; mais c'est trop souvent rougir, je ne vous c\\ veux plus rien dire; piu'sque je me suis mis dans lechemiu de riuipudruce, il faut aller tout du long. J'écrirai à M. le premier président, mais je veux attendre que je lui e«»voie des vers, pour rompre mon silence avec quelque chose qui m'excuse de l'avoir si longtemps gardé; et puis je sais bien que vous lui faites part des nouvelles que je vous écris , si toutefois il ne les sait d'ailleurs et de meilleur lieu. Je suis toujours son très humble et très affectionné serviteur, et le votre.

Je vous envoie deux copies de la réponse que la reine a faite à la lettre de M. le prince. Il y en aura, s'il vous plaît, une pour M. le premier président, s'il ne l'a eue d'autre part. Ce porteur est le laquais de M. de Pybrac; je ne sais pas quelle diligence il est capable de faire : son maîti'e e^t fort de mes amis, comme déjà je crois vous l'avoir écrit. Je vous supplie , monsieur, que sa cause vous soit recommandé-?, comme est tout ce qui vient de ma part; vous n'êtes pas de ses juges, mais vous avez des amis et du crédit.

l5o. la

AU MÊME

A Paris, ce 20 mai 1614.

Monsieur ,

Je ne vous écris presque jamais que ce ne soit en bâte; mais à cette fois je suis plus pressé qu'en nulle des

ai.

autres : tant y a que puisque ce porteur s'en va en poste, j'ai jugé que si ce que je vous écris est peu de chose, du moins il sera frais quand vous le recevrez. Nous attendons nos députés mercredi prochain , car à ce coup la paix est signée et scellée; les feux de joie en ont été faits à Sainte-Menéhould , et le canon tire.j^e crois qu'ici nous ne ferons rien , pourceque nous n'estimons pas que la chose le vaille. Je ne sais encore rien des conditions, sinon qu'ils ont cent cinquante mille écus pour leurs frais, à savoir cent mille livres pour M. le prince, cent cinquante mille pour M. de Nevers , cent niille pour MM. du Maine et de Longueville, soixante mille pour MM. de Vendôme et de Retz, et quarante mille pour MM. de Bouillon et de Luxembourg. Je crois que nous les aurons ici au premier jour. M. du Maine et M. de Longueville, se trouvant près de M. de Lorraine, le sont allés voir. Dimanche dernier , le comte de Crissay apporta au roi une lettre de M. le prince. Le roi étoit tout au haut du Louvre , en une fenêtre qui regarde sur la cour; comme on le lui vint di^e, il commanda qu'on alla quérir M. de Souveray, qui étoit allé dîner et n'étoit point encore revenu, afin qu'il le lui présentât. M. de Souveray vint; on fit entrer cet ambassadeur, qui dit au roi que M. le prince lui baisoit très humblement les mains , et lui a- Dit baillé cette lettre pour lui rendre , avec commandement de l'assurer qu'il étoit son très humble serviteur. Le roi répondit: «Que fait-il? comment se porte-t-il? » et là-dessus lut la lettre; puis dit à M. de Souveray qu'il vouloit aller ouïr vêpres aux Cordeliers , ce qu'il fit sans dire autre chose au comte de Crissay. L'on n'a point encore pourvu aux charges de

DE MALIIETIRE. Sy.l

]M. (Ir Cliùtc.tiivicdx. [.;i rtiiu' dit, il y a quelques jours , que M. il- ( liau» (lici- lui eu avoit parlé pour sou Irèrc le con)n)an(Ieur , uiais qu'elle vouloit un cordon bleu et une barbe {jrise pour chevalier. On attend l'élection qu'en fera sa majesté, et croit-on qu'elle ne se résoudra pas sitôt, ou pour le moins qu'elle ne fera pas sitôt savoir son intention. Mademoiselle de Ventadour décéda jeudi dernier, à quatre heures du matin. Le même^our, on envoya un exempt quérir le baron de Benac, qui est entre les mains du parlement de Pau, pour avoir appelé M. de La Force. C'est un grand seigneur du Béarn, qui, avec tout le pays , s'est opposé à la survivance que M. de La Force a eue pour son fils de lieutenant-général de ce pays-là. Ils prétendent que par leurs privilèges ils doivent avoir un seigneur du pays, et que si la considération du feu roi leur a f et accepter M. de La Force, ils ne veulent pas que cela s'oit tiré en conséquence. De cette querelle générale s'est formée cette particulière pour laquelle M. de Benac ayant fait appeler M. de La Force, M. de La Force, ayant demandé le lieu où il étoit pour l'aller trouver, l'envoya prendre et mettre entre les mains du parlement de Pau. J'avois envoyé quelques livres à Marc-Antoine que, suivant ma hardiesse ou impudence accoutumée, j'avois mis avec les paquets que l'on vous envoyoit; je vous supplie, monsieur, me mander si vous en avez rien appris. L'on m'a écrit de Provence que celui qui avoit écrit les Peines religieuses est découvert; mais on me manda que vous m'écririez le reste, ce que toutefois vous n'avez point fait. Je suis bien aise d'apprendre ces particularités de vous , comme du meilleur lieu dont je les pourrois savoir. Souvenez-

vous aussi, s'il vous plaît, de Threption, dont je vous ai ci-devant écrit. J'oubliois à vous dire qu'il y a cinq ou six jours que quelques soldats qui se débauchoient des gardes pour aller trouver M. le prince furent découverts; il y en eut deux pris. Cela fut dit au roi, qui demanda ce que Ton en avoit fait; on lui dit qu'on les réservoit pour le retour de M. d'Espernon, qui les feroit pendre. Le rOi répondit: « D'Espernon est cruel. » Monsieur, si je savois quelque chose de meilleur, je le vous dirois; je vous baise donc les mains, et vous convie de me tenir en vos bonnes grâces et en celles de M. le premier président, comme votre très humble et très obéissant serviteur.

l5j. If AU MÊME.

A Paris, ce 26 mai 1614, à dix heures du soir.

Monsieur ,

Depuis ma dernière lettre, que je vous ai écrite par le sieur de La Palu, le temps n'a rien produit, si bien que je n'ai sinon à vous remercier de vos honnêtetés accoutumées. Je fis voir à madame de Guise ce que vous m'écrivez des amazones de Manosque; elle y prit un plaisir extrême, mais il evit été plus grand si vous eussiez conté l'histoire plus particulièrement. Il y a trois ou quatre jours que je baillai à M. de Valves les articles de la paix et le pouvoir de nos députés pour le vous envoyer; je crois que s'il ne l'a fait, il le fera par cette commodité. Nous voilà en repos, à bon escient; j'espère

DE MALHERBE. 3fj

que la bonté de Dieu et la sagesse de notre grande reine nous y conservera. L'on avance toujours fort le loyenient de la petite reine , ou , pour mieux dire , celui de. la reine-mère, qui quittera son appartement d'en haut à la petite reine, et viendra loyer à celui d'en bas, qui sera plus majjnifique que l'autre. Nous attendons le retour des absents; qui dit qu'ils seront ici bientôt, qui dit qu'ils voudront faire leur quarantaine comme pestiférés; quant à moi, je ne doute point qu'ils n'aient quelque honte de ce qui s'est passé. Je ferai bien tout ce que je pourrai pour voir leur première arrivée; et, si ce n est qu'ils viennent à l'habiller de la reine, je crois que ce plaisir-là ne m'échappera pas. Nous n'avons point encore de nouveau chevalier d'honneur, et ne peut-on deviner à qui la reine a destiné cette charge. Pour la Bastille, il n'y a non plus rien de résolu; toutefois il y en a qui croient q-e M. de Noirestan l'aura, par la faveur de M. de Villeroi. Vous aurez en un mémoire à part quelques autres particularités. Je viens, il y a environ quatre ou cinq heures , de recevoir vos dernières lettres avec les nouvelles du ti'aitement fait au comte du Beuil. M. de Savoie est grand prince; mais quand Malherbe n'auroit que vingt ans, il ne se résoudroit jamais à le servir. J'ai tout aussitôt envoyé chez notre compère, mais il n'est point chez lui. Dans quatre ou cinq jours," il partira un gentilhomme en poste, par lequel je vous rendrai compte de cette affaire à laquelle, ni a rien que vous me mandiez et commandiez j je ne manquerai ni de soins ni de diligence. Je n'ai point encore vu PieiTe le savetier, ni par conséquent l'huile que vous lui avez baillée pour m'apporter; mais quelque faveur que jere-

çoive de vous, n'en espérez plus de remerciements, car vous m'avez si souvent obligé, que vous avez tari mon éloquence , qui de soi n'étoit guère copieuse. Leurs majestés avoient déjà nouvelle du partement de Rome de M. de Brevez; car il y a deux jours que le roi, en se jouant avec Monseigneur, lui faisoit la guerre de sa venue ; mais , à la vérité , il ne s'en étonnoit guère. Je vous ai par deux fois prié de prendre la peine de m'envoyer un extrait d'une certaine inscription antique qui est en la muraille de ISotre-Dame-de-Lasses , du côté du chemin en venant de la ville. Il me souvient qu'il y a un mot Threption qui m'en a autrefois rendu l'interprétation difficile; je pense en avoir trouvé l'explication. Je vous supplie, monsieur, commander à quelqu'un des vôtres d'en tirer une copie, et me faire cette faveur de me l'envoyer: je suis toujours importun, mais je crois que cela doit être permis à votre seiviteur très humble et très affectionné.

Page 1