‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 18 sur 25 · ID · texte numérisé non relu

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AU MÊME

A Paris, ce 3i mai 1614.

Monsieur,

Pour vous conserver la bonne opinion de ma diligence, je vous envoie ce peu de nouvelles; autrement elles ne valoient pas à être écrites ni lues. Vous y en verrez une de quoi sans doute l'on fera grand cas aux provinces , et qui ne diminuera pas entre les mains de ceux qui la portent; mais ceux qui la vous conteront autre-

ïiiont qiio moi, no les croyez pas, rar j'ai voulu savoir Tattaire de ceux qui Font maniée. Adieu, monsieur; aimez toujours votre très hmnble et très obéissant serviteur. Je viens d'envoyer chez notre compère, qui a dit ((iTil n'y avoit plus qu'à faire les boîtes, et qu'il les vouloit faire faire lui-même. Je vous promets que je le solliciterai de si près que si Jacques le messa{jer ne vous porte tout, au moins en aurez-vous une bonne partie.

*•* * A dix heures du soir.

Mercredi au soir la reine fut à la Bastille, d'où elle en lit tirer un million de livres. Deux ou trois jours auparavant cela avoit été résolu, comme je crois que je le vous avois écrit, et pensois qu'il eût été fait dès-lors, mais il ne fut fait que mercredi. L'on m'a dit que la reine a trouvé qu'il en falloit encore tirer cinq cent mille livres, et que là-dessus messieurs des comptes sont aujourd'hui venus faire quelques remontrances; mais je n'en ai rien ouï de plus particulier. M. de Longueville est arrivé aujourd'hui sur les cinq ou six heures du soir; il est allé descendre chez M. le comte de Saint- Pol, et de là s'en sont venus sur les sept heures chez le roi. Sa majesté étoit sur le perron qui est au bout de la galerie dorée , où vous vîtes recevoir les ambassadeurs d'Espagne pour le mariage. Comme M. de Longueville est entré dans la galerie, il n'y a pas eu fait une douzaine de pas, que le roi est sorti du perron et est venu au-devant de lui, et l'a rencontré plus près de la porte que de là où il étoit parti. Je m'étois mis tout auprès du roi, mais sur le point de la révérence, il s'est fait un mouvement qui m'a porté à trois ou quatre pas de là.

M. de Longueville a fait quelque petite harangue, et le roi une réponse encore plus courte; mais il n'a été possible que j'en aie rien entendu. Demain, Dieu aidant, j'irai voir M, de Lon{i[ueville, de qui je saurai le tout. Le roi alors s'en alloit souper; M. de Longueville a été à la moitié de son souper, où il ne s'est parlé que de propos communs. De là M. dé Longueville s'en est allé aux Tuileries voir la reine; cela m'a trompé, car je m'étois imaginé qu'il seroit avec le'roi jusqu'au retour de la reine, et que de là le roi, allant chez la reine, «omme il fait tous les soirs après souper, le méneroit avec lui. J'y suis allé attendre cette action , mais j'ai perdu ma peine ; je saurai de lui et de ceux qui y étoient présents comme s'est passée l'affaire.

M. le maréchal d'Ancre arriva hier dans une litière, à ce que l'on m'a dit, à cause de sasciatique; ceux qui le virent alors, et qui le sont allés voir aujourd hui, m'ont dit qu'il avoit fort mauvais visage. Madame la maréchale d'Ancre étoit à sa fenêtre à le voir arriver, et cria à ceux qui le descendirent de la litière : « Gardez de le blesser ! » M. de Valves le vit passer, qui vous écrira l'équipage. M. du Maine vient lundi prochain, et ainsi peu à peu nous ramasserons tous nos gens. M. le prince est à Valéry; l'on dit qu'il s'en va prendre possession d'Amboise, et y mettra un nommé Lagrange, son écuyer, qui est Tun de ceux qui l'avoient suivi en Flandre, du temps du feu roi. M. le marquis de Cœuvres est allé vers M. de Vendôme faire désarmer et ruiner les fortifications de Blavet.

Hier au soir, entre huit et neuf heures du soir, un homme inconnu fut pris en la cour du Louvre, près du

petit degré qui va droit à la chambre de la reine. L'ar- « her, voyant cet homme do mauvaise mine, et qui s'ahouchoit, hii demanda ce qu'il demandoit; il dit qu'il cherchoit le roi : enquis ce qu'il lui vouloit, il dit qu'il le vouloit tuer. Là-dessus il fut saisi et mené en la chambre de M. de Vitry, capitaine des gardes-du-corps, qui est eu quartier; là oiÀ il dit qu'il vouloit tuer le roi , et sa raison étoit qu'il ne croyoit pas que la paix pût être en France autrement. 11 ^ut l'ouil|é exactement, et ne lui fut trouvé dague , couteau, ni fer quelconque; et là-dessus, comme on lui demanda comme il le pensoit tuer, il dit qu'il le vouloit tuer de son haleine. Ce mot haleine a tiéja été commenté, et a-t-on dit qu'il avoit été saisi d'une longue alêne dont il vouloit tuer le roi. M. de Vitry, qui le fouilla et le fit fouiller en sa présence, m'a dit qu'il n'avoit chose quelconque propre à tuer: seulement avoit-il force lettres dans ses poches, qui lui avoient été baillées à Metz, d'où il venoit, adressantes à plusieurs personnes de cette ville. Les uns disent qu'il est de Metz , les autres de Nancy. Quand il fut pris, il lui prit un grand tremblement et presque une défaillance. L'on dit qu'il avoit dit qu'avec le roi il vouloit tuer toute lu maison de Lorraine, pour la même raison; que sans cela il ne pouvoit pas y avoir de paix en France. Il fut à l'heure même mené au For-l'Évêque : l'on a assuré à niadame de Guise, à son diner, qu'il avoit été mis entre les mains de la cour; mais cela étoit faux, car il est encore au For-l'Evêque. Je crois qu'il soit fou , et ai cette opinion avec tout le monde; mais in magnis stultitia luenda est aussi bien que fortuna. L'on n'a rien dit de tout ce que dessus au roi , de peur de l'intimider sans sujet. Leurs

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majestés se portent fort bien, grâces à Dieu. Dieu les conserve en cet état !

AU MÊME

A Paris, ce lo de juin i6i4-

Monsieur,

A la fin, à la fin, j'ai rrraché Jp portrait du roi des mains de notre compère; M. de Valves le vous envoie par ce porteur. Je crois que si vous n'êtes content de la diligence, vous le serez du reste, car il me semble fort bien fait. Quant aux nouvelles , vous n'en aurez point en celle-ci, car le porteur est Pierre le savetier, qui ne partira possible d'ici à quinze jours, et en sera vingt par les chemins; de sorte que la marée ne sauroit être fraîche quand elle arrivera. M. de La Verdure, qui part tous les jours, ou le premier qui s'en ira en poste, vous portera ce que nous en aurons. Il me fut hier donné un petit livret par son auteur, qui est M. Le Maistre, premier médecin de Monseigneur et de Mesdames; je le vous envoie : vous y apprendrez des curiosités dont vous ne serez point marri. Le quelqu'un dont il fait assez souvent mention est M. Petit, qui fut, après M. Laurens, premier médecin du feu roi; puis s'en lassa, et aima mieux être ce qu'il est aujourd'hui, médecin ordinaire de la reine. Ces deux hommes, comme vous verrez, ont toujours été mal ensemble. Héliodore pouvoit dire -/at larpôç tarpw , aussi bien que àot^oç àotiîw ( I ). C'est une maladie

(i) C'est l'adage grec déjà cité, dont il fait ici l'application à son sujet, en disant que le médecin porte envie au médecin.

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