‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 19 sur 25 · DE M A LU EU HR · texte numérisé non relu

DE M A LU EU HR

commune à toutes personnes de même profession. J'ai reçu la petite boîte qu'il vous a plu m'envoyer, dont je vous remereie avec honte d'un si jjrand nombre d'obli- {jations. Je vous remercie aussi de Tlueption et de l'interprétation que vous lui donnez, qui est, à mon jugement, très véritable. J'avois toujours été en peine de ce mot Threption ; mais certainement, comme vous dites , ce n'est du tout rien que le nom de ce C. Veratius , et ne crois point qu'il y ait de mystère pour la relation de Paternus à Threption, que j'ai toujours pris pour a/«mraM5 passif ou actif, comme en latin alumnus est l'un et l'autre. Ce qui me mettoit en peine, c'est qne je ne savois pas , comme depuis je l'ai appris , et comme vous le dites fort bien , que Threption fût un surnom , n'ayant pu croire que ces noms grecs, qui se donnoient ordinairement aux affranchis , se communiquassent aux gentilshommes et citoyens romains. Monsieur, puisque j'ai renoncé à vous dire des nouvelles par cette voie, je n'ajoutei^ai plus rien ici que la continuation des prières que je vous fais toujours de m'aimer et me tenir pour votre très humble et très affectionné serviteur.

AU MÊME

A Paris, la veille de Saint-Jean i6i4-

Monsieur ,

Il est plus près d'onze heures que de dix, et tout présentement je viens d'être averti par M. de Valves que demain il s'en va un homme en poste en Provence. Jugez quelles nouvelles je vous puis écrire : la cour est

à Saint-Germain pour trois semaines, qni est le temps ordinaire que Ton donne à nettoyer le Louvre. J'ai affaire à Tcpargne; cela me retient ici pour quelques jours. Comme j'aurai mon expédition, je m'en irai faire huit ou dix jours de comparence, et de là vous aurez plus de particularités que je ne vous en puis mander pour cette heure. Contentez-vous pour cette fois de cette petite gazette, et m'excusez envers M. le premier président si je ne lui écris par cette voie; ce sera par la première qui s'offrira. J'aimerois mieux n'écrire jamais que de lui écrire au désordre où je suis; j use plus privément avec vous , pourceque je sais bien que vous le voulez. Je vous ai écrit le grand deuil de cette cour en la nouvelle de la mort de M. le chevalier, et comme madame la princesse sa sœur et MM. ses frères se sont inontrés sensibles en cet accident: à cette heure, je vous envoie quelques consolations qui leur ont été données; l'une est de M. l'évêque de Coutances, et l'autre de M. Coiffeteau; il y en a eu une autre de M. de Bourges, mais elle n'a point été imprimée. Madame la princesse a perdu la copie qu'il lui en avoit donnée , et m'avoit commandé de le prier de sa part de la faire imprimer; mais je ne l'ai point encore vu , ce sera peut-être pour demain. Vous prendrez cependant celles-ci qui ont été jugées les meilleures de toutes celles que j'ai vues. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et vous prie de me tenir toujours pour votre serviteur très humble et très affectionné.

Le baptême de Monseigneur et de la petite Madame se fit le dimanche i5 de juin i6i4, entre midi et une

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heure, au Louvre, ou la clia|)(;llc! do la reine. Monseifjnt'ur avoit ce jour- là six ans sept semaines et deux jours; Madaujc, (jiiatre ans six mois et trois seuiaines. Il y avoit pour drap de pied un tapis velu , étendu euuni la place, et dessus un escabeau d'environ deux pieds de hauteur, couvert d'une tavaïolle de toile d'argent, et sur icelui un bassin vermeil doré. A la main droite, près de Tautel, il y avoit une table sur laquelle étoient deux carreaux de drap d'or et deux chrêmeaux , l'un de fine toile , et l'autre de satin blanc, avec un grand vase d'eau d'ange. De l'autre côté, à l'opposite, étoit une autre petite table où étoient les huiles, la mitre, et autres ornements. Sur l'autel il y avoit six cierges de cire blanche, et la croix au miheu, et de plus deux flambeaux sur deux fenêtres au-dessus de l'autel. Monseigneur et Madame étoient vêtus de satin blanc. Monseigneur étoit à genoux et tête nue devant l'escabeau , sur un carreau ; son aumônier près de lui, tenant un cierge en la main, lui fît dire tout haut le Pater et Vu4ve: l'ayant dit, il se leva. Le cardinal de Bersy , qui célébroit, assisté de trois aumôniers et du curé de Saint-Germain , lui demanda s'il se souviendroit bien de cette cérémonie; à quoi, en souriant, il répondit qu'il n'avoit garde de l'oublier, et qu'il se souviendroit bien d'autres choses. La reine Marguerite, marraine, et le cardinal de Joyeuse, parrain, étoient derrière lui. Derrière la petite Madame étoient Madame et le cardinal de La Rochefoucauld, elle marraine et lui parrain. Le nom de Monseigneur est Gaston- Jean- Baptiste, et de Madame, Henriette-Marie. On leur appliqua les saintes huiles sur la poitrine et entre les épaules , avec les cérémonies accoutumées selon l'usage

de Paris, et sans eau, ayant le baptême été célébré incontinent après leur naissance. Cette description n'est pas de moi; elle est de M. Le Maistre, médecin de Monseigneur. J'étois allé cherclier M. de Valves pour l'avertir d'y venir, je ne le trouvai point, et perdis l'occasion de la voir. Vendredi dernier, Monseigneur vint voir la reine à son dîner, et lui montra une chaîne de diamants que la reine Marguerite, sa marraine, lui avoit envoyée : elle n'est que de douze ou quinze cents écus; mais je crois que c'est tout le crédit qu'elle a pu trouver , car cette pauvre princesse est volontiers excessive en ses libéralités : elle donna par même moyen une montre de cinq à six cents écus à madame de Montglas; elle donna aussi je ne sais quelle hesoigne à madame d'Aumale, sous^gouvernante, et à madame la nourrice de Monseigneur. La place de chevalier d'honneur n'est point encore donnée; l'on dit que l'on a envoyé vers le frère aîné de M. le maréchal d'Ancre pour cet effet, et qu'il ne veut pas venir. L'on dit qu'il a plus de dix mille livres de rentes; si cela est, il a raison, et même étant vieux, comme l'on dit qu'il est. L'on dit que M. le maréchal d'Ancre ôte le sieur de Riberpré de la citadelle d'Amiens , et y met un nommé Hocquincourt, fils du sieur de Montcauré , gouverneur d'Ardres. On baille à M. de Riberpré, pour récompense , le gouvernement de Corbie et une abbaye qui y est, de la valeur de six mille livres de rentes. Monseigneur de Ventadour revint hier au matin d'Amboise , d'oîi Ton me dit qu'il avoit rapporté toutes bonnes nouvelles; je me suis toujours moqué de ceux qui en discouroient autrement. La cour partit aussitôt qu'il fut arrivé; voilà pourquoi je ne m'in-

forme point plus pîirticnlièrcincnt de ce qiril ;i rapporté; c'est assez que Ton dit que la reine en est contente. Madame la comtesse de Mailli , (pic vous conuoissez peutêtre mieux parle nom de madame de(îivry, est décédéc depuis douze ou quinze jours. M. le comte du fjude est lieutenànt-{i;énéral pour le roi en Auvergne • cette nouvelle est vieille, mais je Tavois oubliée en mes précédentes. La reine a porté le deuil de M. le prince de Toscane, et Mesdames; mais le roi non : il avoit été toutefois résolu qu'il le porteroit; mais depuis oîi chanj^ea d'avis. M, le marquis de Cœuvres est retourné vers M. de Vendôme, mais il n'est pas encore revenu. N'espérez que paix et obéissance de ce côté-là, quoi que l'on vous die. Il l'a ainsi écrit par un gentilliomme exprès au roi et à la reine, qui s'appelle Vimay; il arriva samedi au matin : le sujet de son voyage étoit pour rendre raison à leuit) majestés de ce qu'il étoit entré dans Vannes. L'on est toujours résolu à la tenue des états, mais toujours irrésolu du lieu où l'on les tiendra : Sens se trouve trop petit pour loger tant de monde; l'on a parlé de Troyes et de Tours; la chose est encore incertaine. Madame de Longueville est de retour à Coulommiers , qui est une belle maison qu'elle a en Brie, à douze lieues d'ici. Je crois que nous aurons bientôt et elle et monsieur son fds à Paris. M. le maréchal d'Ancre est toujours fort mal de sa sciatique; l'os de sa cuisse est hors de la boîte, et s'y est fait un cal, de sorte que l'on doute qu'il ne demeure boiteux pour toute sa vie. On lui fait des casaques en broderie, je crois que c'est pour la compagnie de la reine, laquelle il commande; la devise est Tutus ab alto non thnel ima. Le brodeur qui me Ta dit avoit une des

casaques sous le bras, mais je fus paresseux de la vouloir voir; il me semble qu'il me dit que le corps étoit un aigle dans les nues, mais il ne me souvient pas du reste. M. d'Espernon s'en va en Guienne; en récompense, BOUS aurons M. de Bouillon , que Ton tient devoir être ici bientôt. Vous avez su que M. de Châtillon a été fait général de toutes les troupes de pied et de cheval que la reine entretient en Hollande. Le baron de Courtaumer, pour se consoler de cela, en a obtenu la lieutenance en son absence; et des deux régiments françois entretenus en Hollande, on en fait trois, dont de Hauterive, fils du maréchal de Chàteauneuf-r Aubépine, a le troisième; cette affaire pour les deux derniers, on tient qu'elle n'est pas encore résolue, mais si tient-on qu'elle se fera.

i55. ni

AU MÊME

A Paris, ce i^"" de juillet 1614.

Celui qui fut pris pour avoir dit qu'il vouloit tuer le roi s'appelle Isaac le Cardinal; il a dit être venu deux fois en la petite montée qui va à la chambre de la reine, en cette intention. C'est un homme noiraud, d'environ trente - quatre ou trente -cinq ans, de moyenne taille. Comme il fut mené en la chambre de M. de Vitry, il commença en ses réponses à faire le fou , mais d'une façon que l'on connoissoit qu'il y avoit de l'artifice. Il fut mis nu en chemise pour être fouillé, et alors il se mit à danser; tantôt il s'agenouilloit, tantôt il s'asseyoit. Il

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commença à s'<;t.<niiu'i- lorscjiKî le siour âc Fiifjncroles, enseigne des {jardes-du-corps, qui est à cette heure en exercice, lui attacha les bras par-derrière, et que l'on parla de Teuvoyer en prison; et alors il dit que c'étoit le diable qui Tavoi* tenté. Il a été envoyé à la liastille, du For-rÉvéque où il avoit été mis premièrement. 11 est de Nancy, et avoit tout plein d'affaires en cette ville pour des marchands de Lorraine, comme Ton a vu dans tout plein de lettres qu'il avoit dans un sac de cuir, lequel il avoit quand il fut pris. Tous ces marchands ne parlent point de lui autrcn)ent que d'un honune safje. Il étoit logé à la Truanderie, chez une madame Pasté, devant le Puits d'amour. Depuis qu'il est en prison, il a dit qu'il avoit un couteau, mais qu'il l'avoit laissé choir. J'ai su tout ceci de la bouche du sieur de Fugneroles, qui fut celui qui l'interrogea et tourmenta en la chandjre de M. de Vitry. Cette après-dînée M. de Praslin est arrivé sur les six heures, comme la reine sortoit pour aller aux Tuileries. M. du Maine arriva oue/credi, et apporta la promesse de tout ces messieurs de la société, par laquelle ils désavouent M. de Vendôme s'il n'obéit, et se départent de toute l'association qu'ils pouvoient avoir faite avec lui : je crois qu'on n'en viendra point là. Vous avez vu les articles de paix et les signatures, mais elles m se sont pas faites comme cela; il s'est fait autant de copies comme ils étoient de concurrents en qualités. Monseigneur leprince a signé en toutes, lui et M. de Longueville en une, et derechef lui et M. de Nevers, puis lui et M. du Maine, et chacun la sienne, pourceque nul n'a voulu céder à sou compagnon; M. de Bouillon a signé en celle de M. de Nevers , et M. de Luxembourg en celle de M. de Longue-

ville. L'on s'en va faire les baptêmes de Monseigneur et de la petite Madame : Monseigneur aura nom Gaston, et sera tenu par la reine Marguerite et M. le cardinal de Joyeuse; la petite Madame aura nom Henriette, et sera tenue par Madame et M. le cardinal de L'' Rochefoucauld, lequel on attend pour cet effet. Il y aura si peu de cérémonie que la reine même n'y sera pas; ce sera dans la chapelle du Louvre. L'on m'a dit que mercredi dernier l'on tira de la Bastille quinze cent mille livres, et que depuis on n'a point parlé iVen tirer davantage. Il y a trois ou quatre jours que Monseigneur étant au cabinet de la reine, plusieurs, en lui faisant la guerre, l'appeloient don Gaston; le roi même en fut l'un, M. de Bassompierre et quelques autres : et à tous il répondit une même chose, qu'il A-ouloit bien qu'on l'appelât Gaston, mais non pas tlon. Comme M. de Longueville eut vu le roi, et lui eut tenu compagnie jusqu'à la moitié de son souper, il s'en alla aux Tuileries trouver la reine : elle étoit au bout de la grande allée, où ' ^.le oyoit chanter Le Villars et un page que la reine Marguerite y avoit amené ; la reine étoit debout. M. de Longueville , après deux grandes révérences , lui baisa le bas de la robe. Elle lui fit signe avec la main qu'il se relevât, ce qu'il fit, et se retira deux^pas en arrière sans dire mot quelconque. Lors la reine lui dit : « D'oii êtes-vous parti aujourd'hui?» Il répondit quil étoit parti de Trie, à cinq postes d'ici. Puis elle lui dit que la barbe lui étoit venue, et qu'il la falloit couper: ce fut là tout le discours. La reine étoit masquée, qui fut cause que l'on ne put rien juger de sa passion par son visage.

MONSIF.UR,

\)K MArJIEIlBE. 3.S()

A Paris, ce 4 ''^ juillet i6i/|.

Anjourd'hui , sur les cinq heures du soir, je suis parti du Louvre, où les nouvelles étoient que la reine pai't domain et s'en va coucher à Dolinville , dimanche à Ëtampes, lundi à Toury, mardi à Orléans. M. du Maiïie s'en va de sa part trouver M. le prince pour Tamener; il part demain en poste. 11 a fort prié la reine de ne bou^ ger de Paris, et Fa assurée qu'il lui amènera M. le prince. La reine a répondu qu'il lui sera encore plus commode de venir à Orléans qu'à Paris, l^a reine, en toute façon ,^ quoi qu'il arrive, et quoi qj on lui die, est résolue à ce voyage. Je lui ai ouï dire qu'elle ne veut parler à personne qui vienne de la part de M. le prince , mais qu'elle veut que lui-m'^me vienne lui remontrer ce que bon lui semblera. Messieurs du parlement, aujourd'hui sur le midi, la sont venus voir. J'étois lors chez madame la princesse de Conti, de manière que je n'ai fait que les voir passer au travers de la cour. Un qui y étoit présent m'a dit que la reine ne leur a nullement parlé de M. le prince, mais bien de M. de Vendôme; qu'elle s'approchoit de lui pour le faire obéir, suivant les articles de Sainte-Menéhould. Je crois que cet acheminement fera un grand avancement aux affaires de Bretagne, et décidera celles du Poitou. Vous aurez vu, dans la lettre que M. le prince écrit à la reine, dont M. de Valves

vous envoie la copie, qu'il y est fait mention d'un nommé La Fraiselure; il est depuis trois ou quatre jours en cette cour. Je me trouvai hier devant la reine auprès de lui, où je m'informai de toute cette affaire, qui me la conta comme M. le président l'a contée , hormis quelques particularités qu'il y ajouta. Le duc de Rouannais, qui est gouverneur particulier de Poitiers, fut prié de sortir, pourcequ'ils eurent opinion qu'il étoit partisan de JNj". le prince, et comme tel avoit dîné chez M. de Sainte- Marthe , qui est du même parti , où il avoit dit qu'il falloit pendre ces séditieux. Ce Sainte-Marthe, qui est maire de la ville, le procureur du roi du siège présidial, et quelques autres, jusqu'au nombre de huit ou dix, qui étoient très suspects d'être pour M. le prince, sont aussi sortis volontairement. Vous ouïrez dire que M. le prince a cinq ou six mille hommes de pied et deux mille chevaux; vous réduirez tout cavi à trois cents chevaux, au dire de La Fraiselure, et à cent vingt, au dire d'un autre qui dit en être parti depuis deux jours et être venu en poste. De sa façon de vivre, on en parle diversement . qui dit qu'il paie, qui dit le contraire. M. le marquis de Cœuvres n'est point encore de retour, et, qui plus est, il n'a point écrit. Je crois que cet approchement ne plaira guère à M. de Vendôme. Si quelqu'un vous veut faire croire que la brouillerie de Poitiers soit quelque chose , moquez-vous-en. Je crois que vous avez su que madame de Remiremont, sœur du landgrave, qui étoit en cette ville il y avoit fort long-temps, fut, par la menée de ses parents, qui n'étoient pas contents de sa vie, enlevée dans un carrosse le i5 du passé; on l'a menée chez un sien beau-frère. Il se fit une galanterie , il y a sept ou

huit jours, de laquelle vous potivez avoir ouï parler, qui est que Ton voulut enlever la (ille d'un Barré, qui, pour la garder plus sûrement du comte de Montsoreau, qui la lui vouloit enlever, Tavoit euunenée de Tours , d'où il est, en cette ville. 11 y a prise de corps contre M. le marquis de Mauny, Lesigny, et un Fiesque, qui devoit être le marié; il y avoit quelques autres dans le carrosse, mais ils ne se sont point trouvés en Tinformation. Le père et la mère, avertis de l'entreprise, supposèrent pour leur fille une fille de chambre , qui , sortant de Téglise, fut tout aussitôt enlevée et jetée dans le carrosse, duquel on avoit subtilement arraché Tesse, tandis qu'il étoit devant l'église à attendre la demoiselle; si bien qu à cent pas de là le carrosse alla par terre; ils se sauvèrent, et la fille demeura. On a par arrêt défendu à M. Barré d'appointer ni transiger de cette affaire, à peine de dix mille liv,yes. La fille a huit cent mille livres en mariage. Le onzième du passé, il se fit en Bretagne un tour qui n'en doit rien à celui-là. Un nommé M. de Montbarrot , gentilhomme breton , qui peut avoir quatorze ou quinze mille livres de rentes, n'a qu'une seule fille, qui est son héritière. Il étoit allé voir M. de Rohan à Saint-Jean-d'Angely; un La Roche-Giffart, aussi gentilhomme breton, de huit ou dix mille livres de rentes, se servant de cette conunodité, assisté de cent chevaux, et peut-être se fiant de sa retraite aux troupes de M. de Vendôme, qui étoient à deux lieues de là, pourcequ'il est des grands amis de M. de Vendôme, s'en vint de nuit mettre le pétard devant la maison de M. de Montbarrot, et enleva cette héritière; laquelle il mena tout aussitôt chez sa mère, où l'on tâcha de lui persuader de

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le vouloir épouser. Elle n'en veut point ouïr parler, ni M. de Montbarrot; aussi M. de Vendôme Ta envoyé quérir pour accommoder l'affoire : on ne croit pas qu'il le puisse. M. le prince de Conti vouloit à toutes forces se faire porter à Orléans en brancard; mais madame la princesse, avec beaucoup de peine, Ta fait demeurer, à la char^^e que s'il y a {guerre il y viendra. L'un des siens m'a dit qu'il l'a ainsi accordé à madame sa femme, mais qu'il est résolu d'y aller. Nous verrons demain, Dieu aidant, ce qui en sei'a. Après dîner, j'ai vu l'audience du nonce et de l'ambassadeur d'Espagne, qui sont venus dire adieu à la reine : il ne s'y est rien passé d'extraordinaire; ils y ont tous deux été fort long-temps. Les états de Hollande ont fait de grandes offres à la reine , mais il n'en sera point de besoin , Dieu aidant.

AU MÊME

A Paris , ce 5 de juillet 161 4-

Monsieur ,

Ce n'est point ici pour vous donner des nouvelles; M. de La Yerdière les sait toutes , vous les apprendrez de lui : c'est seulement pour exercer ma diligence , et me garder de tomber en cette malheureuse paresse à laquelle je suis si porté de mon inclination. La cour s'en va demain à Orléans; pour moi, je ne bouge de Paris, à cause des années passées. Il est temps de me choyer ; encore je me doute qu'avec tout mon soin et toutes mes ctaies, le bâtiment ne sauroit être long-temps sans aller

DE MALUKRBi:. :V

p;ir terre. Je ne (rois pas cjue le v()y:if;e d'Orléans soit long; M. le prince, quand ces niessienrs de Poitiers lui refusèrent les portes, leur demanda leur réponse par écrit. Cette procédure nie fait croire que tout se passera par les voies de la justice. Ces méchantes gens de Poitiers lui dirent qu'ils ne savoient ni lire ni écrire, mais qu'ils savoient bien tirer; ils ajoutèrent à cela que M. le prince prît à témoin de ce refus quelques écoliers qui étoient là. Ne le croyez pas , mais croyez, s'il vous plaît , monsieiu', que je suis toujicin'S votie très humble et très affectionné serviteur.

Monsieur,

AU MÊME

A Paris, ce vendredi ii de juillet i6i4-

Je ne suis pas en lieu d'où vous puissiez attendre des nouvelles : la cour est hors de cette ville, et j'y suis demeuré pour conserver ce bâtiment ruineux , qui ne peut plus désormais souffrir de grandes secousses sans faire un mauvais tour à son hôte. Je viens de voir madame la marquise de Rambouillet , qui a eu sur le midi des nour velles de M. son mari, par un valet de garde-robe du roi. Il lui mande que le marquis de Cœuvres est à Orléans , de retour de Bretagne, et a rapporté à leurs majestés que M. de Vendôme est du tout disposé à l'obéissance; pour ce qui est de M. le prince, l'on attend le retour de M. du Maine; je ne sais ce qui en réussira: tant y a que ce valet de la garde-robe vient quérir les armes du roi.

et dit que lor<;qn'il partit la résolution étoit que demain leurs majestés paitoient d'Orléans pour continuer leur voya^je. Il faut nécessairement qu'elles passent par Amboise; ce sera là qu'on verra plus clair en ces ténèbres. Dieu nous donne sa sainte paix, et victoire au roi de tous ses ennemis! Adieu, monsieur; je suis votre serviteur très humble et très affectionné.

AU MÊME

A Paris, ce 27 juillet i6i4-

Monsieur ,

Vous n'aurez guère de nouvelles, mais c'est ce qu'en p^^ut savoir un homme qui est à quatre-vingts lieues de la cour; je les ai mises en un mémoire à part. Je vous ai écrit de l'enlèvement de la fille de M. de Montbarrot; je vous envoie la satisfaction qui a été faite au père. M. de Vendôme a stipulé trois mois durant lesquels M. de Montbarrot trouve bon qu'il recherche sa fille pour La Roche-Giffart. Hors ces nouvelles, que vous verrez au mémoire que je vous envoie, je n'en sais point d'autres. Le roi et la reine se portent fort bien; ils reçoivent des bénédictions du peuple par-tout où ils vont, et désabusent les peuples de l'opinion qu'on leur avoit doîinée que le roi étoit si fluet et si délicat qu'on le nourrissoit dans du coton, et qu'il ne vivoit que de médecines : quand il n'y arriveroit aucun autre profit de ce voyage, celui-là n'est pas petit. La reine est extrêmement aise de l'avoir fait ; aussi ne voulut-elle pas croire

DE MAIJIKRBE. .Sgf)

les ronscils qui lui riiicii» donnés de ne bouger de Paris, non |)as nic'inc les prières que lui fit la maréchale d'An- < 11*, encore (pTelIo se jetât à f;enoux pour la retenir. La reine loi lut dire adieu; ce (jui l'ut sans voir le ujaréchal d'Ancre. M. le prince faisoit fortifier Amboise : la reine a commandé au prévôt des maréchaux de courir sus à ceux qui y travailloient. De Poitiers, où elle est allée, Ton tient cprelle passera à Angers; mais je crois que la résolution de cette affaire dépend de ce que fera M. de Vendôme. Je cr'^is que l^pprochement du soleil fera fondre là dureté des cœurs. Je n'écris point à M. le premier président; je vous supplie l'assurer de mes services, et vous-même me croire votre serviteur plus humble et plus affectionné.

Vous avez su la mort de M. de Chapes; la reine a donné le régiment à son fils.

Satisfaction faite à M. de Montharrot par M. de La Roche- Giffart.

« Je demande pardon à M. de Montbarrot pour avoir témérairement et inconsidérément enlevé mademoiselle de Montbarrot , reconnoissant que si M. de Montbarrot eût été chez lui , je ne l'eusse osé entreprendre; que si M. de Montbarrot eiit été averti de mon dessein, je sais aussi qu'il l'eut empêché , à ma honte et confusion. Je supplie M. de Montbarrot de m'aimer comme son très humble serviteur; et, pour éviter les calomnies et faux bruits que l'on pourroit faire courir au déshonneur de mademoiselle de Montbarrot et à ma honte, je promets et proteste, quand cela arrivera, de prendre l'offense

comme faite directement à moi, et rechercherai par toute voie de fait, pour faire mentir et mourir tous ceux qui voudi'ont diminuer quelque chose de l'honneur de mademoiselle de Montbarrot , et obscurcir la vérité de mes comportements envers elle.

« Fait et prononcé par M. de La Roche-Giffart , en présence de grand nombre de noblesse qui assistoit M. de Montbarrot, auquel, en même temps, ledit sieur de La Roche bailla les mêmes paroles, écrites et signées de sa main et de son nom. (

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