SAMUEL DE LA CHAPELLE
« Ce qui fut à Vannes, le 2 de juillet 161 4- "
AU MÊME
A Paris, ce 12 d'août 1614.
Monsieur,
Je ne fus jamais plus mal en nouvelles que je suis. Le roi et la reine sont fort loin ; si bien qu'il est malaisé d'être bien averti de ce qui se passe à la cour. Je viens, tout à cette heure, de voir un homme qui partit samedi d'Angers, qui dit que l'on y attendoit leurs majestés le lendemain ou lundi , qui étoit hier; l'on croit que ce fut plutôt hier que dimanche. De là elles s'en vont aux états à Nantes; et si, je doute que la reine n'aille jusqu'à Blavet, car elle a dit qu'elle le veut faire raser en sa présence. Je crois que ceux qui ont fait les mauvais en Bretagne sont bien empêchés de leur contenance. L'on tient qu'à ce coup M. de Vendôme désarmera. 11 se parle de
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bailler le {fonverneineni «le Poitou à M. le maréchal de Brissac, et récompi ii.S(>r M. de Sully, et bailler à M. le maréchal de Hois- Dauphin la lieutenance de iireta{{ue. L'on tient que la haine que Ton y porte à M. le maréchal de Brissac acquiert à M. de Vendôme ce qu'il y a d'amis. Ij'ou a parlé aussi de récompenser M. de Rochefort, et bailler sa charj'e, qui est la lieutenance de roi en Poitou, à M. de Saint-Luc. Nous avons encore ici des gens, qui veulent philosopher sur toutes choses , et veulent être estimés plus fins que le commim, qui tiennent que l'on ne reviendra point sans faire noce, et allé{;uent, pour fortifier leurs soupçons , qu'il y a trente brodeurs qui travaillent tous les jours aux habits de Madame. Il y a déjà plus d'un mois qnt^je sais que l'on avertit luie dame que, si elle vouloit voir l'ameublement de Madame, elle se dépêchât, et qu'on l'alloit emballer. Nonobstant tout cela : et autres conjectures, moquez-vous de tout cela : les rois de France et d'Espagne ne sont point gens à dérober des mariages; quand Ils voudront une chose, il n'y a que Dieu seul qui la puisse empêcher; et souvenezvous , monsieur , qu'il n'y a huguenot qui osât y avoir pensé, et que la Rochelle même ouvrira ses portes, et priei^a leurs majestés d'y entrer. La reine parla à M. Duplessis du bruit qu'on faisoit courir qu'elle alloit pour faire les mariages, et lui dit que, quand il seroit temps de les faire, elle ne les feroit point à la dérobée. Il lui répondit qu'elle savoit mieux que nul autre ce qui étoit bon pour le roi et pour le royaume, que personne ne s'opposeroit à sa volonté. Ce sont chimères que de penser à la guerre; ceux qui avoient donné quelque apparence de la faire sont si honteux de ce qu'ils ont fait, en-
core plus de ce qu'ils n'ont pu faire, qu'ils voudroient être morts. Ce voyage a fait des merveilles; et, pour le moins, a-t-il fait connoître que le roi n'est ni boiteux, ni bossu, ni nourri dans du coton, comme on l'avoit fait accroire aux provinces; il se porte très bien, Dieu merci, et mieux que ceux qui faisoient courir ces plaisants bruits. La cour ne fut jamais grande comme elle est, tant est grand le nombre de gentilshommes qui de tous côtés viennent trouver le roi. Madame de Vendôme est accouchée d'une fdle: ce sera, si madame de Mercœur est crue, pour M. le duc de Joyeuse; au moins lui ai-je ainsi ouï dire. Il y a du loisir d'y penser; devant que les personnes soient en âge, les choses ne seront pas comme elles sont. Vous avez su la mort de M. le prince de Conti , qui décéda il y eut dimanche huit jours. Madame la princesse, à ce que l'on tient, ne fera point de quarantaine , pourceque la reine la mène avec elle, et ne lui a pas voulu permettre de venir qu'elle ne vienne ellemême; et, de fait, on lui a dressé sa chambre de deuil à Angers : il ne s'y fera point d'effigie; l'exemple de M. le comte de Soissons sera suivi. Je ne lui ai point voulu envoyer la consolation que je lui avois faite pour la mort de feu M. le chevalier, attendant qu'elle vînt; à cette heure que ce nouveau deuil est survenu , je ne sais comme j'en dois faire : mais qu'elle l'ait vue, je la vous enverrai, car je n'oserois plus tôt. Pour celle de M. de Bourges, il s'en est allé sans me la donner: à son retour, je la lui demanderai, et la vous enverrai] Elles sont toutes fort bien; mais celle de M. Coeffeteau est fort à mon goût. Adieu, monsieur; voilà trois pages d'écriture, c'est assez. Je m'en vais finir par cette véiité, que je suis,
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monsieur , votre serviteur trt-s humble et très affectionné.
Monsieur, je n'écrirai point eette fois à M. le premier président; ce sera pour la première counnodité : je lui baise bien humblement les mains , et suis son serviteur très humble et très affectioimé. J'oserai dire, avec votre conj^jé, à M. de Cassagnes que je suis bien glorieux de vivre en la mémoire d'une personne que j'estime comme je fais lui, et je le supplie de m'y conserver comme son très humble serviteur. Je suis endormi, et ne sais ce que je fais ni ce que je dis; excusez-moi pour cette fois , s'il vous plaît.
AU MÊME
A Paris, ce 17 d'août 1614.
Monsieur ,
Cette lettre languira par les chemins; toutefois je la hasarderai, de peur d'être long-temps sans trouver d'autre commodité. N'exigez pas de moi grandes nouvelles, car nous sommes à cent lieues de la cour , ou peu s'en faut. Leurs majestés sont à Nantes, oii les états de la province sont assignés. Il a couru aujourd'hui un bruit qu'elles les alloient tenir à Rennes, mais je n'en crois rien. M. de Vendôme, à ce que l'on tient, s'est reculé à Lambale; il s'étoit approché à Ancenis, qui est une maison de madame sa femme , entre Angers et Nantes , et «royoit-on qu'il viendroit à Angers ; mais il a pris l'a-
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larme, à mon avis, d'une députation qu'a faite la province de Bretagne au roi , de lui en ôter le gouvernement. Ils allèguent leurs privilèges, aussi bien que Marseille, et, qui plus est, ils disent que s'il faut assiéger M. de Vendôme ils feront les frais du siège, s'il lui faut payer le gouvernement ils le lui paieront. Il sera malaisé de refuser leurs offres; leurs plaintes contre lui sont grandes , et sur-tout de la violence de ses soldats, à qui ils disent qu'il a donné toute impunité. Dans cinq ou six jours nous saurons à quoi aboutira cette affaire. Je vous ai toujours dit que vous vous gardiez bien de croire les bruits du mariage; je le vous dis encore. L'on m'a dit que Ton fait le procès au maïquis de Boniveaut, pour tout plein de mauvais actes qui se sont faits ou par lui ou par les siens. 11 y en a qui disent qu'il est condamné; je n'en sais rien, mais je crois que puisque l'on a commencé l'on achèvera. Un nommé Bermonaut , capitaine des Ponts-de-Cé , vint trouver le roi à Saimiur, et le supplia de lui faire l'honneur d'aller voir sa place. Le roi le regarda fixement, et sans lui répondre lui tourna le dos. Le pauvre homme s'adressa à M. de Souveray, et lui dit qu'il croyoit qu'on lui avoit fait quelque mauvais office auprès du roi. M. de Souveray lui dit qu'il n'en avoit rien su , et qu'il en parleroit au roi , ce qu'il fit. La réponse du roi fut qu'il ne vouloit point voir un homme qui avoit dit que si M. le prince prenoit le turban, il le prendroit avec lui. Pour le retour de leurs majestés, il est incertain; car il sera ou plus long ou plus court, selon le cours des affaires. Madame la maréchale d'Ancre écrivit, il y a quelques jours, à la reine qu'elle la supplioit de lui mander si elle seroit encore long-temps en
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Son voyii{jo, afin qn'ellc Tallàt trouver si clie ne reveimlt bientôt. La reine lui répondit qu'elle ne savoit que lui dire du temps de son retour, pourceque cela dépendoit des affaires, et qu'elle n'avoit que faire de venir. Madame la princesse de Conti ne fera point de quarantaine, car la reine ne lui a pas voulu permettre de s'en revenir. La pension de M. son mari lui est continuée pour cette année , à cause des funérailles; et après cette année elle aura trente mille livres par an, jusqu'à ce que quelques dettes où madame la princesse est oblijjée soient acquittées. Hier se fit Télection du prévôt des marchands : M. le président Myron l'emporta; il n'y eut que neuf voix pour la continuation de M. de Grieu. La reine avoit dit qu'elle vouloit que celui qui auroit le plus de voix l'emportât : ainsi voilà l'affaire jufjée. M. Myron s'en va demain la trouver. Je crois que voilà tout^e que je sais : c'est assez pour un homme qui est si loin du monde. Je vous supplie, si ceci est encore frais quand il arrivera ,^e que je ne crois pas, en faire part à M. le premier président, et l'assurer que je suis toujours son très humble et très affectionné, comme aussi je suis le vôtre de tout mon cœur. Adieu, iiionsieur; je vous baise très humblement les mains.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 27 de septembre i6i4-
Vous aurez au premier jour de plus longues lettres de
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moi, Dieu aidant; celle-ci est si inopinée que je n'ai loisir de vous rien écrire. Tout en gros, je vous dirai que les choses sont comme les gens de bien les souhaitent, et comme j'ai toujours cru et crois qu'elles iront d'ici à fort long-temps. Je n'écris point à M. le premier président, pourceque je suis trop hâté. Cette commodité, qui m'est baillée inopinément par M. de Gordes, ne me servira que pour vous adresser la consolation que j'ai faite pour madame la princesse de Conti. Soyez-lui moins rigoureux, pourcequ'elle est de votre très humble et très affectionné serviteur.
Depuis, je me suis ravisé, et ai écrit un mot à M. le premier président, mais sans nouvelles; car, comme je vous ai dit, je n'en ai point le loisir, et puis ce messager est à pied. La première commodité qui se présentera, je vous écrirai tout au long ce que nous aurons. On i"tend ici M. le prince; qui dit qu'il viendra, qui dit qu'il ne viendra point: mais cela est mis, à cette heure, inter à^iâ(popa( I ). M. de Valves fera tout ce qu'il pourra pour voir la cérémonie de la majorité; pour moi, je ne m'oserai plus commettre à cette presse; je me contenterai d'en savoir des nouvelles par ceux mêmes qui seront de la comédie. Madame de Guise la douairière y sera en qualité de pair de France; M. le premier président en eut hier le commandement de la reine.
(i) Parmi les choses indifférentes.
DE MALHERBE. 4o3,
AU MÊME
A-Paris, ce 5 d'octobre i6i4-
Monsieur,
Vous nravez défendu de bailler de Tarj^ent par-deçà que je ne le vous fasse savoir; voilà pourquoi je n'en ai osé bailler à M. de Valves. Je vous supplie me faire ce bien de bailler cent ou six-vinj^ts écus à ma femme, et je les rendrai par-deçà tout aussitôt, ou à M. de Valves, ou à celui que vous ordonnerez. Je crains qu'elle n'en ait à faire : cela m'ôte la honte que je devrois avoir de vous importuner si souvent. Je ne vous dis rien de la puissance qui; a'Ous avez sur moi , c'est trop de langage sans effet; tant y a que vous pouvez vous assurer que vous n'avez point de plus humble et plus affectionné serviteur.
Pour la majorité du roi, M. Ribiez vous aura écrit ce qui se passa dans la chambre, où sa robe rouge le fit entrer. Vous aurez aussi appris de lui les contentions qu'il y eut pour les rangs, et ce qui y fut résolu; je ne vous en dirai donc rien. Pour ce qui se fit en allant au Palais, M. de Valves vous l'écrit aussi. Je n'y vis rien d'extraordinaire qu'une dispute entre les pages de la grande écurie et les valets de pied , à qui seroit auprès du roi : les valets de pied allèguent que c'est leur droit et leur devoir, et les pages que cela est bon pour les chasses ou
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autres telles occasions ordinaires, mais qu'en une cérémonie d'importance comme celle-ci, cet honneur leur appartient. Le roi le jugea ainsi par trois fois , sans qu'ils obéissent, et tient-on que M. de Liancourt le fils, faisant la charge de M. le premier, son père, qui étoit absent, leur faisoit opiniâtrer cette dispute. Enfin le roi appela M. de Souveray, et lui commanda d'aller donner une douzaine de coups de bâton à un valet de pied nommé Janeston, que le roi avoit remarqué le plus séditieux; cela fut fait, et alors les valets de pied obéirent. M. le cardinal de Joyeuse ne fut point à la cérémonie; il s'en étoit allé aux champs, il y avoit trois ou quatre jours , pourcequ'il doutoit de n'avoir pas le rang qu'il desiroit, et que les cardinaux ne perdissent leur cause contre les pairs. M. l'évéque de Beauvais la débattit fort, jusqu'à dire qu'il savoit mieux que tout ce qu'il y avoit de cardinaux en la chrétienté ce que c'éto' qu'être cardinal; et s'adressant à M. le cardinal de La Rochefoucauld, lui dit: «Monsieur, je vous honore, j'honore votre personne et vos mérites; mais pour votre dignité, je n'en fais pas grand cas. » Tout cela fut fort débattu; mais enfin les cardinaux l'emportèrent. M. de Caudale s'en étoit aussi allé, par le commandement de M. sou père, pour la dispute qu'il prétendoit contre M. le duc de Montbazon pour le rang. Ce que je vous en dis, je l'ai ouï de la bouche de M. d'Espernon. 11 est aujourd'hui de retour.
Le soir de cette cérémonie , le roi se trouva las et soupa dans le lit. M. de Frontenac, qui le servoit comme premier maître d'hôtel, reçut dans un billet l'avis de l'abbaye de Charonne, six lieues près de Poitiers. Il fut
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fort en peine s'il la devoir demander an roi on h la reine, ponreeqn'il avoit pein'd'olïcnser la reine, en «'adressant an roi le même jom- qn'il étoit majeur. Il bailla le billet à M. deSonveray, qui tout aussitôt la demanda au roi pour M. de Frontenac. Le roi dit à M. de Souveray qu'il allât prier de sa part la reine sa mère de la donner à M. de Frontenac. M. de Souveray lui dit qu'il le verroit souper, et puis qu'il s'y en iroit. Le roi lui répliqua-: « Allez-y tout à cette lienie, de peur qu'un autre ne la demande. » M. de Souveray y alla donc à l'heure même. La reine lui répondit qu'elle l'avoit donnée dès le matin à M. de Brèves, toutefois que puisque c'étoit la première chose que le roi avoit donnée, elle vouloit que M. de Frontenac l'eût. M. de Frontenac étant allé la remercier, elle lui dit la même chose. M. de Frontenac lui répondit qu'il n'avoit jamai-s eu autre volonté que la sienne et celle du roi , et qu\'e ne vouloit avoir en tout que ce qu'elle vondroit. La reine lui répondit : « Vous m'obligez; vous en jouirez donc vous et M. de Brèves par moitié; et la première qui vaquera, vous l'aurez, et celle-ci demeurera entière à M. de Brèves. » Je vous ai conté cette histoire tout au long, pourceque, puisqu'on l'a contée ici diversement, on fera encore pis aux provinces; je l'ai voulu savoir de M. de Frontenac même. Vous aurez ouï un bruit que M. le maréchal d'Ancre fut appelé hier au soir de la part de M. de Longueville. Voici le fait et la vérité. Il y a quelques jours que ceux d'Amiens ayant remontré à M. de Longueville qu'un certain pont-levis qui est entre la citadelle et la ville, et que ceux de la citadelle levoient tous les soirs, leur est nuisant, à cause que, n'ayant autre passage pour aller à
la porte de Montreuil, cette porte, s'il venoit quelque alarme de nuit, demeureroit sans défense; M. de Longueville un matin s'en alla ouïr messe en une éjjlise voisine , et en même temps envoya des charpentiers et serrui'iers pour arracher les chaînes de ce pont. Ceux de la citadelle, au nombre de cinquante ou soixante mousquetaires, sortirent la mèche sur le serpentin, et poin- 0rent leurs canons vers la ville, disant qu'il falloit quitter le pont. M. de Lon^ueville y voulut aller; toutefois il fut conseillé de n'en rien faire, de peur de quelque mousquetade. Il se retira donc à son lo^^is. Toute la ville se mit en armes contre la citadelle; mais il fit tant en parlant aux uns et aux autres, que chacun se retira et demeura en paix. Il en écrivit donc à la reine par un gentilhomme nommé Montigny, qui arriva il y a cinq jours. Le même jour qu'il arriva, il fut voir M. le maréchal d'Ancre, et lui denentda, de la part de M. de Longueville, s'il avouoit ce qu'avoient fait ses soldats. Il répondit qu'il étoitletrès humble serviteur de M. de Longueville, mais que pour l'affaire dont il lui parloit, c'étoit chose dont il ne savoit du tout rien, et qu'il s'en informeroit pour lui en rendre réponse. La reine dit au gentilhomme qu'elle enverroit quelqu'un à Amiens savoir ce que c'étoit, pour, après en avoir su l'importance, en ordonner. Le gentilhomme fut La Feuillade, qui n'est parti que ce matin. Le gentilhomme de M. de Longueville hier au soir s'en aDa trouver M. le maréchal d Ancre , et lui dit qu'il pouvoit avoir une réponse de la citadelle, et qu il le prioit derechef de lui dire ce qu'il rapporteroit à son maître. Il lui dit que, pour l'intérêt du roi, c'étoit chose à quoi il ne vouloit pas toucher , et que si
ses soldats avoieiit i'ait <|ti(>l(|iic chose n)al à propos il \v. dësavoiioit coinmo (•taiil If ti rs luiiiii)lo serviteur de M. de Lonjjiieville. Cependant M. le maréchal d'Ancre étant sorti hii-r, sur les neuf heures, de sa maison, avec son valet de chandjre et Montha/on, qui est celui qui tua Prety et Condamine en deux duels, et ue se trouvant point encore à cette heure , Ton croit qu'il a été appelé. Le gentilhomme de M. de Longueville a été ce matin mené par M. du Maine au roi et à la reine , et leur a juré qu'il n'a fait aucvui appel, dont il se rapporte à ce qu'en dira M. le maréchal d'Ancre. Toute la cour a été de grand matin à le chercher ; mais on ne l'a point trouvé , tellement que tout le monde est revenu. La reine a envoyé M. de Ventadour vers M. le prince à Saint-Maur, pour lui conter cette affaire. Il s'est retiré là, pourceque la reine devoit se faire saigner ou prendre médecine, à quoi il faudra trois ou quatre jours. Ce matin elle a été saignée, qui est cause qu'on ne la peut voir. M. de Valves vous écrivit la venue de M. le prince , je n'y ajouterai rien, sinon qu'il y a une chose où il y a diverses leçons. L'on a dit à M. de Valves que lorsque M. le prince entra au carrosse du roi , MM. de Courtenvaux et de La Roche-Guyon, qui y étoient auparavant, montèrent à cheval sans rentrer en carrosse, et laissèrent M. le prince seul à la portière. Le valet de pied qui baissa la poi'tière et la haussa dit que M. de Courtenvaux rentra au carrosse , et demeura près de M. le prince. La reine étoit au devant du carrosse, et avoit M. d'Elbœuf d'un côté, et M. de Verneuil de l'autre. J'avois hier commencé à en demander des nouvelles à M. de Souvray; mais le roi l'appela, tellement que je n'en pus rien apprendi'e. Comme M. le
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prince eut salué la reine, c'est-à-dire baisé le bas de sa robe, ce qui fut au pied du grand degré, la reine monta soutenue par ses écuyers. M. le prince allant devant elle lui disoit quelque chose de fois à autre. Étant en haut dans la salle, et ayant ouï que Madame étoit derrière lui , il se retourna et lui alla baiser aussi la robe , puis s'en revint à madame la princesse de Conti , qu'il baisa, et lui dit qu'il desiroit lui rendre cet honneur chez elle ; de là il s'adressa à madame la princesse de Soissons , et, l'ayant baisée, lui dit qu'il s'en iroit souper avec elle, ce qu'il fit. De là ils entrèrent au cabinet du conseil, où ayant trouvé mesdames de Guise, d'Elbœuf , et de Montmorency, il les salua, en commençant, ou fortuitement ou exprès, par madame de Montmorency. Un peu après entrerentMM.de Guise, deJoinville, et de Retz, qui le saluèrent avec bonne mine de côté et d'autre. L'on a remarqué qu'allant au cabinet de la reine, M. le prince dit au roi qu'il le trouvoit extrêmement crû. Le roi lui répondit qu'il étoit crû de corps et encore plus de courage. M. de Vendôme se guérit de la petite-vérole : elle est fort crainte à présent par nos dames. Le jour devant la majorité, M. de Vendôme écrivit à la reine; elle ne voulut pas prendre la lettre , et commanda qu'on la baillât à M. Phelypeaux, son serviteur. Lundi on fit un conte à la reine à son dîner, que Monsieur avoit demandé quand on le déclareroit majeur. Le sieur de Marillac, à qui il faisoit cette demande, lui répondit que l'on ne faisoit cela qu'aux rois. Lors il demanda s'il n'y avoit point d'autre royaume que la France; on lui répondit que oui, mais qu'il y avoit des rois par-tout. Il demanda s'il n'y avoit pas un royaume de Turcs; on lui dit que oui; alors
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il dit: «C'est bien; mais que je sois grand, je vous en rendrai bon compte. »
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