‹ Poésies et lettres de MalherbeChapitre 3 sur 25 · AU MÊME, CHEZ M. DE CALAS, A AIX · texte numérisé non relu

AU MÊME, CHEZ M. DE CALAS, A AIX

De Fontainebleau, ce 5 octobre 1606.

Monsieur ,

Depuis ma lettre écrite , M. de Tyron est mort et enterré; je suis marri de vOus avoir mal informé; Rhinberghe, comme vous avez su, est rendue. Il en est sorti huit cents blessés et trois inille deux cents hommes sains et gaillards. Les Espagnols, à qui l'on avoit promis double paye après que Rhinberghe seroit prise, se sont mutinés pourceque l'on ne la leur a pas baillée. Cela a empêché que le siège de Mons ne s'est pas encore fait. Hier le roi, dans sa galerie, bailla le bonnet à M. le nonce. Demain nous allons à Nemours, puis à Montargis, puis à Rriare, puis à Sully, et enfin en tant de lieux que je ne

(i) Il faudicit croie, la langue n'étant pas fixée. — (2) Est-ce le roi ?

DF: MAMIKIilii;. 7

sais où j'en suis, f^a peste; cl<' Paris scioit bien plus suppoitabk' (pie toutes ces ineoniuiodités. Ceux qui eu vieunent disent qu'il ne se voit pas un carrosse emniy(r) les rues, vous pouvez bien penser que le contenu n'y est non plus que le contenant. Souvenez-vous de ce que je vous écrivis dernièrement, et, pour l'honneur de Dieu, pardonnez à mon impudence; elle est étrange, mais une courtoisie connue la vôtre est bien capable d'excuser de plus grands crimes. Aimez-moi toujours , monsieur. Vous verrez bientôt près de quatre cents vers que j'ai faits sur le roi. Je suis fort enthousiasmé, parcequ'il m'a dit que je lui montre que je l'aime et qu'il me fera du bien, Vedremo quai che ne seguire.

Monsieur,

AU MÊMh;.

A Fontainebleau, ce nianli lo octobre lOoG.

Je vous écrivis, il y a quelques jours, par un messager de Toulon , nommé Michel Lyotaud ; le paquet s'adressoit à vous : je vous prie me mander si vous l'avez reçu. M. de Bagarus est ici depuis trois ou quatre jours, s'il ne s'en est retourné à Paris; mais je ne l'ai vu qu'une seule fois, à la chapelle basse où nous oyions messe; la compagnie où j'étois me le fit perdre. Je n'écrirai point à M. duPerrier jusqu'à ce que j'aie pensé à lui, ou que les Muses ralliées soient imprimées. Il verra ici que je suis son serviteur de cœur et d'ame. Souvenez-vous, s'il vous plaît, de ce que

(i) Au milieu des.

je vous écrivis par mon autre lettre, et adressez votre réponse à M. Ycart; car cette voie est la plus assurée, parceqiie nous sommes planètes et il est étoile fixe. Mais , poiu' rhonneur de Dieu, monsieur, excusez Timportunité, sinon pour Tamour de Timportunant, au moins pour le sujet par lequel vous êtes iujportuné. Nous n'avons ici rien de nouveau que Rhinbergue prise avec une composition fort avantageuse , jusques à avoir amené quatre pièces de canon. Il est vrai que les cavaliers tiennent ici que les plus honorables sont celles où Ton sort avec la baguette en la main, parceque c'est signe que les assiégeants ont tenu jusqu'à l'extrémité. Les sortants ont été conduits à Meurs, où aussitôt Spinola les a assiégés. Peu de nouvelles de cour et de Paris. Le roi se porte bien , Dieu merci; monseigneur le dauphin excellemment; la reine est grosse. Tout ne sauroit aller mieux. On tient que le roi s'en va demain faire la chasse àMontargis, et de là à Halliers, qui est à M. de Vitry, vers Orléans. Mais la reine ne bouge pas d'ici, ni beaucoup d'autres, desquels je ferai l'un. L'évêque de Rieux est à Paris , avec la peste à la gorge( i ). M. de Tyron n'est pas mort , mais il n'est guère niieirx; ses abbayes sont données à M. de Verneuil, sinon Josaphat, qu'a eue M. de Loménie. Le reste est comme vous l'avez laissé, sinon que nous avons nos coudées plus franches. Je suis oùj'étois, mais je ne couche plus sur les fagots. Adieu, monsieur, je vous prie et vous conjure de m'aimer; mais que ce soit d'aussi bon cœur comme de tout le mien je suis votre très affectionné serviteur à jamais. F. MALHERBE.

(i) C'étoit nue maladie semblable à celle de Barcelone. Voyez le Journal de l'Lstoile, tome III, pages 378, 385, et suivantes.

DE MALHERBE. y

Du l'S ociolirc i(j<iG.

Il y il (ruulios nouvelles (|iie j'écris à ma Ceiiune (ie vous faire voir, par paresse de vous taire une autre lettre; je vous plie, monsieur, de nrexciistîr.

J'ai rouvert cette lettre, cpie j'avois termée, pour y ajouter que M. le prince d'Oraii^je est depuis deux jours en cette cour. Le roi le mena hier voir sa maîtresse, qui esta Valéry, à huit lieues d'ici. Il y est encore; le mariage se fera dans peu de jours. Le roi est venu dîner ici-; on tient que lundi il s'en va à Montargis. M. d'Eperno 1 tomba , mardi matin , dans la chambre du roi , d'une grande défaillance; hier il se porta mieux, et s'alla promener, sur les cinq heures du soir, aux Landris; cejourd'hui il a pris médecine, et garde le lit. Il n'a point de fièvre, dieu merci. Il avoit été le jour précédent à l'assemblée, où il avoit bu de l'eau, où il avoit roui du chanvre ; c'est à quoi il impute son mal.

MOiNSIEUR,

AU MÊME

A Paris, ce samedi 9 de novembre.

Il y a aujourd'hui huit jours que je suis de retour en cette ville. Leurs majestés y arrivèrent le lendemain. J'avois tant d'envie de revoir Paris, et de me tirer de ces incommodités de Fontainebleau, que je n'eus pas patience d'attendre davantage.

Je suis bien marri du trait que vous a joué le Gascon.

,o LETTRES

Le nom de sa nation vous devoit faire peur, et sur-tout cette mine plus potentielle qu'actuelle. Je voudrois que vous m'eussiez envoyé une prise de corps, afin que, si je le rencontre, j'eusse moyen de le faire loger ailleurs qu'à l'hôtel de Guise. Croyez que s'il y a moyen d'en avoir nouvelle, je l'aurai. Puisque vous avez acheté les camisoles, vous ne deviez pas me renvoyer les pistoles. S'il vous plaît , vous nte manderez ce qu'elles vous ont coûté, pour vous en rembourser. Quand M. de Verrons ou M. Lombard s'en retourneront, je vous renverrai le diamant et peut-être les vers; je dis peut-être, pourceque M. de Bouillon ne prend pas plaisir de voir renouveler les choses passées; toutefois, votre amitié peut tout sur moi. Je me vante bien que vous verrez d'aussi bons vers que vous en ayez jamais vu de ma façon. J'ai baillé vos lettres à M. Beys, qui vous enverra l'imperfection que vous desirez , et je vous la ferai tenir, comme pai^-tout je serai glorieux de vous montrer que je suis votre très humble et très obéissant serviteur,

Je suis logé à la rue des Petits -Champs, devant la croix, à l'image Notre-Dame.

Nous n'avons ici rien de nouveau. M. de Rohan revint , il y a deux jours , de Flandre , qui ne rapporte autre chose sinon que Spinola a secouru Grosle , que le prince Maurice avoit assiégée, les États ont besoin ou de paix ou de secours. Vous aurez au premier jour M. le prince d'Orange avec madame sa femme; il y a douze ou quinze jours qu'ils furent espousés (i), à Va-

(i) Mol vieilli ; on dit mariés. Sic voluit usus.

DE MALiiFnnr:. n

lory, maison âc inons('ij;ii('iii- le |»iin('0 , ;1 six liciios de Fontaiiiohli'au, où ii la raineiia deux jours après. Le inaria^je est de doux cent mille francs, payables en quatre ans; le roi le doit faire jouir de tous ses biens qu'il a aux terres d'I^spaj^ne, et noMunéinent de vinfjt-(in(| mille francs de rente, sur certaines salines en la Francbe- Comté; sinon, il lui baillera, par représailles, les biens que les sujets d'Espagne ont en France.

Monsieur du Perrier ( i ), ainsi que votre ami , trouvera ici une très affectionnée prière que je luifaisdem'aimer toujours; mais que les Muses ralliées soient imprimées, je me souviendrai de ce que je lui ai promis, et lui écrirai. Cependant qu'il s'assure que je suis son très humble et affectionné serviteur.

AU MÊME

A Paris, ce dimanche 17 décembre 1606.

Monsieur ,

Vous aurez reçu une assez longue lettre de moi, par le messager (2). Il est vrai que je me doute que, selon sa coutume , elle sera hors de minorité quand vous la recevrez; voilà pourquoi je vous répéterai que j'ai reçu par la voie de M. Lombard les sept pistoles : je dis par sa

(1) C'est le même à qui Malherbe a adressé cette belle ode sur la mort de sa fille :

Ta douleur, du Perrier, sera donc éternelle !

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.

(2) On voit qu'en i6o6 la poste aux lettres n'étoit pas établie.

voie, pourceqiie ]e ne l'ai point vu, et me fut dit, par celui qui me bailla le paquet, qu'il étoit malade par les chemins, ouà Thôtellerie, je ne me souviens par bien lequel. Vous n'êtes point né pour devoir, mais pour oblifjer; il faut confesser que votre courtoisie est invincible, et que chercher de la combattre , c'est chercher sa honte et sa confusion. Je mets donc les armes bas, et, avec toute sorte de submission (i), vous prie d'accepter cette reconnoissance,pour la satisfaction de vos honnêtetés. Je suis marri qu'à vos dépens le Gascon ait vérifié mes prophéties. S'il vous plaît prendre la peine de m'envoyer une prise de corps contre lui, croyez qu'il sera bien caché si je ne le trouve, et si je ne vous fais avoir raison du mauvais tort qu'il vous a fait. Je suis marri que nous n'ayons ici quelques nouvelles, pour répondre à celles que vous avez pris la peine de m'écrire; mais nous sommes à sec, si la venue des députés des Etats ne nous apporte quelque chose. Ils sont attendus en cette cour d'un jour à l'autre. Le comte Henri n'a pas voulu être de leur nombre; mais il vient sous prétexte de voir son frère, et a promis aux députés qu'étant ici, il les assistera de tout ce qui dépendra de lui. Le roi s'en va, mardi ou mercredi, à Emie}', et y sera quinze jours; l'on croit que c'est pour se parer des étrennes. Mes vers sont faits, mais ils ne sont pas encore présentés : il y a deux pièces, Tune médiocre, et l'autre bonne, et si bonne que je ne fis jamais rien de si bien; vous les aurez par le premier. Je vous envoie un méchant petit livret (2) qui s'est traduit

(1) La langue étoit plus près du latin, comme l'est encore le patois normand. Submissio est plus altéré dans notre mot soumission,

(2) C'est ainsi qu'il parle du livre de Paolo Sarpi.

T)K MAMIllHhlv i3

p;ir-(l('và, |)oiir les Véiiitifiis, coiiirt; notre saint-père; M. Servin a aussi fait quelque rliose pour eux, dont ils l'ont remercié, et l'ont fait {jentilhonnne vénitien; mais ee (pTil a fait ne se trouve point. Il en a baillé qiu'lques <o|)ies à ses amis; si je le recouvre, vous le verrez. J'ai h.iilli' votre diamant à M. de Verjjons, qui m'a promis de le vous rendre. Je ne pouvais pas, à mon avis, avoir une nu'illeiu'e conunoflité (jue celle-là. Ce coquin de Claudon,le messa{ijer, me dit, il y a environ douze ou quinze jours, qu'il étoit prêt à partir, et me pressa tellement que bien ù peine j'eus loisir de vous écrire; mais je me doute qu'il ne soit encore ici, car il y a été vu plus de buit jours après. Je vous écrivis assez au long et vous renvoyois l'imperfection que le sieur Beys m'a fournie ; cela me met en peine; car depuis que cet autre maraud nous pipa ( i ) , toute cette manière de gens m'est suspecte ; je ne me soucie pas que vous la receviez tard, pourvu que vous la receviez. Je vous écrivois cette lettre quand le messager de Toulon est arrivé, qui m'a rendu une lettre de vous et les deux camisoles. Elles n'ont point encore été déployées, ce sera pour demain; car aujourd'hui ces dames seront au Louvre, et puis on s'ira réjouir avec madame de Longueville, qui, hier chez la reine Marguerite, se réconcilia avec le roi. Vous savez comme elle n'étoit point venue à Fontainebleau, et depuis notre retour elle n'étoit point venue au Louvre. A cette heure, cette brouillerie est débrouillée; mais il y en a une autre plus grande à sa place, que je n'écris point pour ne me brouiller moi-même (2). Tout cela ne

(i) De pipée ^ chasse où on prend les oiseaux à la glue. (2) Est-ce l'affaire de la marquise de Verneuil ?

i4 LETTRES

sera rien; mais cependant que je m'amuse à vous compter ces baguenauderies, j'oublie à vous remercier de la peine qu'il vous a plu prendre pour moi en cette occasion; elle m'oblige assez sans que votre courtoisie y ajoute autre chose.

Monsieur du Perrier, avec votre ami , verra ici que je suis toujours son très affectionné serviteur; et, comme tel, je me réjouis avec lui du doctorat de monsieur son fils. Je n'oublie pas les coutumes de Provence. Je lui éci'irai par le premier, et lui enverrai les Muses ralliées, là ou il verra les pièces qu'il désire. Cependant il m'aimera toujours, s'il lui plaît.

AU MEME

A Paris, ce 22 de décembre 1606.

Je vous écris bien au long par M. de Vergons; mais pour cela je ne laissei^ai pas aller le porteur sans ine donner ce nouveau contentement de m'entretenir avec vous. J'ai ce matin eu des nouvelles du Gascon, par un mien ami, à qui j'en avois donné charge. Il m'a dit que l'ayant rencontré hier, il lui demanda où il se tenoit, et qu'il lui avoit répondu qu'il demeuroit avec un avocat du privé conseil, qui demeuroit près la Croix-du-Tiroir. Incontinent que j'ai eu dîné, je m'en suis allé troaver M. Ycart; et, n'ayant trouvé que son frère, je lui ai dit que j'avois des nouvelles de l'homme, et qu'il falloit faire

i)K M A un: uni:. ir>

txi'ciitcr l:i |)iisc de corps. Il iii.i répuiuln <|n il ficiiieiiroit chez M. de Vergoiis, qui lavoil prie <lc m- lui ricii dire qu'il ne fût purti, pour ce qu'il faisoit compte de le laisser ici; mais je lui ai rtMuontrc que s'il attcndoit, il poiuToit trouver quehpie maître (|ui I euiuicueroit hors de cette ville, et que jamais ou n'eu ouiroit plus parler. 11 m'a répondu que demain il le feroit. Je suis allé ce soir voir sou frère, qui me l'a promis; et parceque j'ai cru qu'il portoit quelque respect à celui avec lequel il est, je lui ai offert que s'il me bailloit la prise de corps, je la ferois exécuter sans aucune considération; cela l'a fait résoudre, et m'a assuré que sans faute demain il le feroit faire. J'espère qu'il s'en acquittera, et que vous en aurez la satisfaction que vous desirez. J'ai baillé votre diamant et le mémoire que vous m'aviez laissé à M. de Verrons; il me semble que je n'eusse su chercher une plus sûre commodité. Les camisoles ont été déployées depuis ma dernière, et ont été des plus belles : c'est votre coutume de faire reluire votre jugement et votre courtoisie en toutes choses. Je vous prie me mander ce qu'elles coûtent, et à qui vous voidez que j'en baille l'argent. Vous aurez de mes vers par le sergent Louis, dieu aidant. Nous n'avons pas grandes nouvelles : on attend toujours les députés des Etats; M. de Busenval a eu un successeur, à sa requête , et est de retour à ce qu'on m'a dit; M. de Biennes est ici depuis trois ou quatre jours; M. de Termes doit aller en Flandre avec un régiment de cavalerie; il ne sait pas s'il sera de cinq cents ou de mille chevaux; la nouvelle brouillerie arrivée depuis huit ou dix jours pour jalousie d'amoi^r est apaisée ; madame la marquise s'en va à Verneuil ; le

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roi et la reine se portent très bien, dieu merci, comme fait monseigneur le dauphin. Je ne me souviens, pour cette heure, d'autre chose; j'oubliois à vous dire que la pompe a déjà couru : elle commença dimanche dernier; mais elle ne continue pas toujours, jusqu'à ce que les canaux soient faits. M. du Mousthier ne me voit jamais qu'il ne me prie de vous le ramentevoir. Adieu, monsieur; je vous prie de croire que, de tous ceux qui me font l'honneur de m'aimer, vous êtes celui dont je tiens les bonnes grâces plus chères , et que pour m'y conserver je me tiendrai très heureux que vous m'honoriez de quelque commandement où je m'en puisse rendre . digne. Je vous baise bien humblement les mains , et . >rie Dieu , monsieur , qu'il vous ait en sa très sainte et .' rès digne garde.

Le roi s'en alla hier à Saint -Germain , où il fait compte de passer ces fêtes. La reine est encore ici, et on tient qu'elle n'en bougera. Ces deux lignes sont du 24, veille de Noël. Votre plus humble et plus obligé serviteur,

La lieutenante-civile, depuis trois ou quatre jours, est en prison. J'étois au Palais quand elle y fut menée. Son crime est d'avoir voulu empoisonner son mari , pour épouser un sieur Georges, de Limousin. Un cuisinier , qui avoit été surpris voulant empoisonner la femme de sieur Georges , étant près d'aller au supplice , jeudi dernier, dit que la lieutenante l'avoit mis au service de sieur Georges, et lui avoit baillé le poison, et que sieur Georges l'avoit envoyé à sa femme , avec charge d'exécuter. On trouva, à ce que Ton dit, tout plein

I)K MALlIERIiK. 17

de papiers chez la lieutenantcî, et même on dit qjc Ton y trouva la promesse de maria{je avec sieur Geor^jes.

Je vous supplie, monsieur, uie faire cet honneur de montrer à M. (hi l'errier qtie je suis toujours son très affectionné serviteur. Le ser{jent Louis lui portera de mes nouvjjlles, Dieu aidant.

AU MÊME

2 jaavier 1607.

Monsieur,

Je vous ai si amplement écrit par M. de Vergons , qu'il ne me reste que vous dire, pourceque depuis il n'est rien survenu. Il ne vient point de députés de Hollande; il y en a qui croient qu'ils traitent avec TEspagnol. Il y a trois ou quatre jours que le roi dit tout haut qu'il bailleroit un régiment au baron de Sainte-Suzanne pour y mener. Il avoit aussi promis de la cavalerie à M. de Termes; mais en tout cela il n'y a rien d'assuré. M. de Buzenval est ici, par lequel les états ont fait entendre leurs nécessités au roi. Je ne sais ce qui s'y résoudra. Le mal de M. de Sully dure encore; il étoit sorti pour aller au conseil, ce qui lui augmenta sa défluxion. Le roi revient demain. Ses voyages de Vigny et Ennet sont rompus, de quoi nous louons Dieu. Votre Gascon est en prison et fait fort l'innocent. M. Ycart m'en a parlé; je lui ai dit que je suis d'avis de le laisser là jusqu'à ce que la rigueur de la prison lui fasse force de dire la vérité : mandez-nousen votre volonté. Je vous envoie demi-douzaine de copies

i8 LETTRES

de me^ vers; il y en aura, s'il vous plaît, une pour M. le comte de La Cépéde , Tautre pour M, de Saint-Canat , et la troisième pour M. du Perrier. Je ne doute pas que vous n'aimiez Touvrage, car je sais trop que vous aimez Touvrier: aussi est-il et sera toujours votre très affectionné et très humble serviteur. ,

Monsieur, depuis ma lettre écrite, je me suis avisé de publier davantage mes folies et les faire voir à plus grand nombre de mes amis; vous en verrez les noms écrits au dos de chaque copie. Je ne les ai point fait relier, afin que le port en fut plus aisé. Excusez mon indiscrétion et vous y accoutumez.

AU MÊME

16 janvie

Monsieur,

Je n'ai que vous écrire; mais il n'est pas raisonnable que j'envoie un paquet en Provence sans qu'il y ait quelques lignes pour vous témoigner ce que je vous suis, et l'envie que j'ai que vous continuiez de m'aimer. N'attendez nulles nouvelles , car il n'y en a point. Il n'y a rien de résolu pour les affaires de Hollande , et ne s'y résoudra rien que M. Darsans, qui y est depuis huit ou dix jours, ne soit de retour. J'écrivois ce matin à M. le premier président qu'il y avoit sur le bureau un beau ballet de six hommes et six femmes; mais je viens d'apprendre qu'il est rompu. Le roi fut hier à la chasse; le cerf fut

i)i: maliii<:hbiv 19

prisa une liriic de Marcoussy, où est iii;nliiiiic l;i iii.irqiiist; (ic Vcriiciiil , et iTy :ilhi |)(>iiit. Il < oiniiiaMda ù M. \c (ù'and de Je témoigner ù la reine; vous voyez bien à quelle Hn. Le roi voit tous les jours madame la comtesse de Moret; je la vois (jiM>l(|iieFois, et en recois tout riionneur (jue je saurois désirer. J'^lle ma promis des merveilles; mais c'est à savoir s'il en réussira quelque chose : je ne suis jamais (juère trompé, car je n'espère rien. Votre Gascon veut présenter requête pour sortir; on lui a refusé le pain du roi: avisez ce que vous voulez que l'on y fasse. M. le chevalier de Vaucluse m'en parla hier; je lui dis que je vous en avois écrit, et que je vous en écrirai: mais pour faire ce que vous ordonnerez, je voudrois qu'il fût en la conciergerie d'Aix, je m'assure qu'il parleroit; ici il ne veut rien dire, quelques menaces et promesses qu'on lui fasse. Mandez ce que vous desirez qui soit fait, puis aimez-moi toujours et me tenez pour ^1 )tre ami. Votre très humble et très affectionné serviteur,

AU MÊME

Monsieur,

J'ai reçu deux de vos lettres tout en un jour; mais pour cela je ne louerai pas votre diligence, car j'avois été près d'un mois sans en recevoir: je vous y répondrai par un messager qui doit partir au premier jour; celle-ci sera une recommandation pour M. Morent, premier commis

du trésorier de Tépargne. Imaginez -vous tout ce qui se peut dire et écrire pour vous prier de vouloir assister un mien ami, et pensez que je le vous dis et le vous écris. Ne regardez point à celui qui vous prie , mais à celui pour qui vous êtes prié. Il n'y a rien au monde de si courtois, ni de si officieux; et je m'assure que, quand par-deçà il s'offriroit quelque sujet de serevandier en notre endroit, vous penseriez que je vous aurois fait un plaisir bien grand et bien particulier, de vous avoir fait intercéder pour un homme de son mérite. Après vous avoir dit cela, ce seroit chose superflue de vous dire que j'estimerai ce que vous recevrez pour lui, comme fait à moimême; car ce seroit vous bailler une mauvaise dette pom* une bonne ; mais puisque vous m'aimez, je me<lispenserai de croire que ma prière ne lui sera poim inutile. Je vous la fais donc très affectueuse , monsieur, et de me tenir éternellement pour voCre très affectionné serviteur.

Monsieur ,

AU MEME

Paris, ce 8 février 1607.

Je vous écrivis dernièrement par l'homme de M. Morent, commis du trésorier de l'épargne; mais je ne vous écrivis point de nouvelles, attendant que ce messager pEU'tiroit, et vous porteroit ce qui seroit depuis survenu ; mais la saison est si stérile de toutes sortes d'acci-

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dents, f(uo je ne sais de (jiioi vous ciitrclciiir. Il se faii ici lorce bullets; nous en avons un pour mardi prochain, de la façon de M. \v Pi'incc, qui sera raceouelienicnt de la foire Sainl-ijciiuain. i-Mle y sera représentée comme une grande femme, qui accouchera de seize enfants, qui seront de quatre métiers, astrologues, charlatans, peintres, et coupeurs débourses; tous les galants de la cour, ou la plupart, seront de la partie. Samedi dernier, M. le Prince et M. de Nevers eurent quelque brouillerie , mais ils furent aussitôt appointés : j'en écris le sujet à M. le premier président; voyez-le, s'il vous plaît, en sa lettre, et ne me donnez point la peine de le vous écrire; encore crois-je que vous l'aurez su d'ailleurs. Je ne me souviens d'autre chose.

Monsieur Ycart vous envoie le livre que vous desirez. J'ai envoyé à M. Beys savoir s'il vous vouloit écrire, il a répondu non. Pour votre Gascon, M. Ycart vous en mande l'histoire. Ce coquin ne vaut pas la peine qu'il donne; j'ai été d'avis d'offrir de le nourrir en prison jusqu'à ce que l'on eût de vos nouvelles; je ne sais pas si on l'aura fait, mandez-nous-en votre volonté. M. du Mouthier vous prie de vous souvenir de lui. J'ai résolu de ne tourner point le feuillet; voilà pourquoi je ne vous dirai autre chose, sinon que je vous prie de m'aimer et de me tenir pour votre affectionné serviteur. Je le vous dirois volontiers avec de belles paroles, mais elles me défaillent ainsi que le papier. Je vous baise les mains et derechef suis votre serviteur.

Les Muses raf liées ne sont point encore achevées; il y aura deux grands tomes : dites-le, s'il vous plaît, à M. du

Perrier, car j'ai oublié de le lui écrire, et sa lettre est fermée.

Monsieur ,

AU MÊME

Paris, le 21 de mars 1607.

Je commençois de me plaindre et pensois en avoir occasion, quand je reçus, il y a huit ou dix jours, une lettre de vous du 24 du passé. Je vous absous du crime dont je vous accusois. Je suis paresseux, et par conséquent je m'imagine aisément que les autres sont touchés de la même maladie : mais je ne soupçonne rien de pis, je veux dii'e de Toubli; j'ai trop reconnu votre humeur et votre diligence à la conservîàcion des amitiés pour avoir quelque scrupule de ce côté-là. Je me réjouis de la belle acquisition que vous avez faite : elle n'est pas si sûre comme vous le desirez; mais je vous jure que le lendemain je Fouïs dire chez nous par un qui fréquente chez madame de Bression , et depuis chez monsieur le comte Saint-Paul. Je crois bien que tout cela venoit d'une source. Je prie Dieu qu'il vous en laisse longtemps jouir, et ajoute à ce contentement tous ceux que vous desirez. Je suis marri que votre carême-prenant ait été gâté , et que nous n'ayons vu le succès de votre ballet , pour en faire comparaison avec les nôtres. Il s'en est fait ici trois ou quatre, je veux dire à la cour; caries enfants de la ville en ont fait plusieurs. Il s'en fait un recueil et de la course à la quintaine, où le sieur Couchine

DF': MAiJii:niUv 23

avoit iicqiiis <\c I Iioiiikmii' ,i Iton iiiiin-lié, piirccriii'en telles choses les tenants oui toujours de ruvautu{{e. Mais par quelques réponses (pii lurent faites à son cartel, ou le (l(';lia au diuiauclie prochain à rompre en lice armé, à (pioi, pourcequ'il n'avoii point d'armes ou pour autres considérations tendantes à la conservation de Findividu, il ne voidut entendre. Cela fut f.'ouvert par une défense que le roi lit de rompre; et, pour la même raison, un cartel qu'avoient baillé M. de Guise et M. de Termes , pour ronjpre en lice, ne fut point disputé. Là-dessus le roi s'en alla à Chantilly, d'où il est revenu aujourd'hui sur les huit heures. Je crois qu'il est tout exprès venu si matin pour trouver la reine en lieu où il pût faire son appointement, car elle est un peu piquée de ce voyage. Mademoiselle des Essars a fait ce voyage, et a couru à la chasse fort bravement ,^^sous la garde de messieurs de Bouillon et de Souvray. L'on parle de sa faveur diversement. Quoi qu'il en soit, son train est dressé; le roi l'a meublée de tapisserie et vaisselle d'argent ; pour l'argent comptant et la pension, les uns disent deux mille livres. les autres trois. On dit que le roi, en ce voyage, a dit qu'il la vouloit marier avec Montauban , qui s'appelle autrement monsieur de Moisset; les autres tiennent que c'est une calomnie. Notre monde n'est revenu que ce matin de ce voyage, si bien que je n'ai eu loisir d'en savoir rien de plus particulier. Je crois qu'autrefois vous avez vu M. de La Liégue en Provence. Son fils se battit , il y a environ quinze jours, avec Bouchereau,écuyer de M. d'Epernon, et se tuèrent; Bouchereau demeura sur la place, et La Liégue vécut un jour ou deux. Ce jeune homme pouvoit avoir vingt ans et étoit un des agréables gentilshommes

de cette cour, si bien qu'en un siècle pire que celui-ci, c'est-à-dire comme celui du feu roi, il étoit capable de faire fortune. Il n'avoit qu'un mal, qu'il étoit fort vain et fort présomptueux. Je le voyois tous les jours et lui avois prédit que s'il ne changeoit d'humeur, il ne vivroit pas long-temps: ma prophétie n'a été que trop véritable; j'en ai été fort fâché pour les connoissances que j'avois faites à Aix avec son père. Bouchereau étoit celui que M. d'Epernon avoit pris pour son second il y a un an, quand il fut appelé par M. le prince de Joinville.

Votre Gascon est sorti il y a plus de trois semaines; toutefois , si vous avez quelques meilleures prisons, il y a toujours moyen de le rattraper; il me vint quand et quand trouver, et me fit beaucoup de protestations de sa fidélité et de l'affection qu'il avoit à votre service. J'ai baillé il y a long-temps les cinq écus aue vous avez employés pour moi à M. Ycart; je ne sais s'il le vous aura mandé. C'est assez, monsieur, il faut finir mes fâcheux discours, qui sont plutôt pois piles, c'est-à-dire une purée, un salmigondis, qu'une lettre. Excusez-moi , et m'aimez comme celui qui est de tout son cœur votre très humble et très obéissant serviteur.

Selon ma coutume, je vous importune ;je vous prie de me faire le bien de m'envoyer une bouteille d'huile de fleur d'orange ; vous savez que les dames s'en servent à frotter les cheveux pour y arrêter la poudre : mais il faudroit que ce fût de l'excellente et non sophistique; je sais bien qu'il n'y a personne qui ait meilleur moyen d'en recevoir que vous par vos connoissances d'Yères et de

DE MALIIERRE. 2r>

Bois-Gercy. Je vous supplie, uionsieur, in'ohiiger tant que de vous souvenir et que j'en aie par le premier porteur qui viendra par-deçà; je reuïhourserai en ce qu'il vous plaira ce que vous y aurez employé. On parle d'aller lundi à Fontainebleau.

Faites-moi cet honneur, monsieur, de faire mes humbles recommandations à M. Duperie; je lui écrirai par le sergent Louis , qui partira dans cinq ou six jours.

Monsieur,

AU MEME, A AIX

Paris, ce 26 avril 1607.

Vous aimez comme il faut , car vous n'oubliez point. J'ai honte de tant de témoignages d'affection pourceque je n'ai de quoi m'en revancher; mais je suis résolu de vous laisser faire et de me contenter, pourvu que je vous fasse connoître que vous obligez un homme que la seule mauvaise fortune empêche de vous servir.

Vous aurez bientôt M. Vaquette en Provence , pour vous rendre raison de ce que vous estimez qu'il ait acheté du Gascon. Quant à ce coquin , il n'est plus en cette ville, à mon avis, et crois que si vous en vouliez faire plus grandes poursuites vous auriez plus de peines qu'il ne vaut. Le sieur de Mousthier a eu votre lettre ; mais certainement il est si paresseux que quasi il pourroit être en compétence avec moi. Je le solliciterai d'assurer ce que vous desirez , estimant infiniment l'honneur que a ous me faites de me vouloir mettre en un lieu si digne comme

votre cabinet. Mais souvenez-vous de ces babioles que je vous demande; car il n'y a rien qui le puisse tant exciter au travail que si vous l'obligez par quelque chose de bizarre; et plus elle sera extravagante, plus elle sera selon son humeur. Nos nouvelles sont que M. d'Orléans ait cuidé n'être que Monsieur, et le roi ayant dit, aussitôt qu'il fut né , qu'il ne vouloit pas qu'il eût plus de dix mille livres de rentes en fonds de terre, et que, s'il servoit bien son frère, il lui donneroit des pensions. Toutefois, hier au matin, il dit qu'il voyoit bien que ce nom de M. d'Orléans étoit déjà tellement public dedans et dehors le royaume, par les dépêches qui y avoient été faites, qu'il n'y avoit plus d'ordre de le supprimer; si bien que ce sera M. d'Orléans, mais titulairement et non autrement. Il naquit le lundi , lendemain de Pâques , à dix heures du soir. Le roi est extraordinairement transporté de cette joie; je pense que ce qui la lui accroît, c'est qu'on dit qu'il lui ressemble entièrement en cette conformité : on remarque la grandeur du nez et l'éclair des yeux du père. Dieu lui en donne la valeur et la bonne fortune. La nuit d'entre le jeudi et le vendredi ensuivant il fut vu par les gardes un certain feu en forme d'oiseau, qui s'éleva du jardin des canaux, passa par-dessus la cour du cheval et par-dessus le château, alla crever en la cour du donjon, à l'endroit de l'horloge, avec un grandissime bruit ; on dit comme d'un pétard , mais s'il eût été aussi grand , il eût réveillé tout le monde , ce qu'il ne fit pas. Le roi, comme cela lui fut récité, s'en réjouit fort , et dit que souvent devant des batailles et en des sièges de villes et autres entreprises, il avoit vu semblables choses, mais toujours avec bonne issue, et qu'il

DR MAFJIRIUU: 77

espéroit que s'il ;iv(jii la {jiicnc il In oit bien ses affaires. Pour la liullaïuie, vous savc/ la liéve; rf antres nouvelles, il n'y (.'lia poiiil (|ii<> la rcclicnlic <lfs fliiatuicrs, à la(|ii(>lle les choses se préparent avec beaucoup de vébéinciice, le roi s'y étant résolu nial{jré qtielques uns de messieurs de son conseil, et nominéinent de celui que l'on croit y pouvoir le plus. J'envoie à M. le premier président un avis d un nonuné Bijet, qui promet d'accroître le revenu de la France de quatre millions d'or tous les ans et davantage; vous le verrez : c'est à la vérité une promesse émer^eillable , et dont l'effet le sera encore plus, s'il réussit. Voilà trop de choses sérieuses ; il faut venir à quelque chose de plus de goût. Madame la comtesse de Moret est à Moret prête d'accoucher ; le roi la fait visiter continuellement, et lui-même y est allé une fois. M. le prince de Joinville est à Nancy. M. de Lorraine est amoureux, mais éperdument, d'une demoiselle que vous avez vue ordinairement avec mademoiselle de Rohan , nommée mademoiselle de La Patride; elle est huguenote; et, avec tout cela, il l'alla dernièrement accompagner jusqu'au lieu de sa cène. Qiiid non mortalia pectora cogis j cunni sacra famés ? Il n'a guère moins de quatrevingts ans; je vous laisse à penser ce que cet exemple permet à ceux qui n'en ont que cinquante-trois ou cinquante-quatre. Mademoiselle des Essars a été malade quelques jours en cette ville. M. Laurent, parle commandement du roi, écrivit à M. Martin de la voir avec soin en sa maladie, ce qu'il a fait. Je lui ai ouï dire qu'il l'estime grosse. Elle est aujourd'hui à une lieue près de Fontainebleau , en un lieu nommé le Pressoir. Elle étoit assez bien auprès du roi; mais l'on doute de quelque

brouillerie, parceque M. de Beaumont, que sans occasion elle a voulu brouiller, et qu'en effet elle a brouillé en calomniant ses actions d'Angleterre, lui a rendu la pareille, par le moyen d'un grand nombre de lettres passionnées qu'il a fait voir au roi qu'elle lui avoit écrites. Ce ne seroit jamais fait de vous écrire les changements de la maison de la reine Marguerite, non seulement au commencement des quartiers, mais aussi au milieu ; c'est vous en dire assez que de Vous diiii que tout y va comme de coutume.

Aussi bien est-ce trop écrit; aimez-moi, mais de cœur et d'ame, comme de cœur et dame je suis toujours, etc.

Dans huit ou dix jours nous nous en allons à Fontainebleau; si vous prenez la peine de m'écrire, vous adresserez votre paquet à M. Ycart, qui loge à la rue des Vieilles-Étuves , à l'Ecu de France. Votre plus humble et plus affectionné serviteur.

AU MÊME

Paris, ce 23 mai 1607.

Monsieur,

Je reçus hier, chez M. le comte de Saut, votre lettre du 18 d'avril. Vous me mandez que mon neveu de Marguerite en seroit le porteur, mais je l'ai reçue de M. Gasqui, qui disoit l'avoir des mains d'un nommé Brangis. C'est un homme que je n'ai point vu , et que je ne connois point. Tant y a qu'elle m'a été rendue, et m'a infiniment réjoui de m'avoir assuré de votre bon portement, et de

DE MALHERHK. 29

riionncnr que vous me faites de m'aiiner toujours; c'est à la fortune à uio (lunner nioycii <Je vous montrer combien je le désire, en me fonrnissiint (jiu'lcpie occasion devons servir. Pour le linl dont vous nrécrivez, je m'en informerai ; et, s'il est possible, je vous enverrai l'arrêt. Cependant je vous dirai, pour le savoir fort bien, que la substitution est déchntu; ouverte à M, le comte de Saut, et que lu transaction fuite avec feu M. le comte son père tiendra. 8i cela est, vous pouvez mieux que moi ju{jer si vous pouvez être troublé , car ce sont matières de palais, auxquelles, comme en une infinité d'autres, je suis le plus ignorant bomme du ujonde. Ne doutez point que je ne fasse tout ce que je pourrai pour savoir ce que vous en devez ou craindre ou espérer. Le bruit de ce que je vous avois écrit touchant le premier président continue, et depuis quinze ou vingt jours s'est fort augmenté. Quelqu'un m'a dit avoir ouï de M. de Guise que le roi lui en avoit fait une dépêche. Ce prince est un peu suspect de n'être pas trop bon auteur; mais cela étant confirmé par beaucoup d'autres , il n'est pas hors d'apparence de le croire. Le roi a été ici quelque trois à quatre jours; il s'en alla vendredi. Madame de Nemours étoit décédée la nuit précédente; toute la cour sera pleine de deuil, je veux dire aux habits , car le long temps qu'elle a vécu semble dispenser ses plus proches de s'en affliger. Cependant que le roi a été ici, il n'a point vu madame la marquise (i), en quoi il a trompé beaucoup de gens , et peut-être elle la première. Le roi s'en alla dans le carrosse de mademoiselle de La Haye ; M. le Grand s'en alla avec lui et revint hier en poste, et s'en retourne demain. Il a eu comman- (i) De Verneuil.

3o LETTRES

dément du roi d'aller voir mademoiselle de La Haye de sa part. Nous nous en allons tous à cet infortuné Fontainebleau. Je vous jure que, sans une méchante affaire que j'ai, je me fusse passé de ce voyage, car Paris est une douce demeure ; et à propos de cela souvenez-vous de la fleur d'orange, je vous en supplie, monsieur, et que ce soit bientôt. Adressez désormais vos lettres à M. Ycart, à la rue des Vieilles-Etuves , à TEcu; car je ne sais oii je serai, et, en quelque part que je sois, il en aura des nouvelles, et me fera tenir ce que vous m'enverrez. Votre plus humble et plus affectionné serviteur.

AU MÊME, A AIX

Monsieur,

A Paris, ce i8 de juillet 1607.

J'ai fait un silence de cinq ou six semaines; mais ne l'imputez pas à ma paresse. Le séjour de ce meJplaisant lieu de Fontainebleau , ou l'absence de Paris , ou tous les deux m'avoient rendu stupide; et d'ailleurs vous savez que j'cii été logé si loin du château, que je ne voyois pas un de tous ceux qui partoient pour aller en Provence. J'ai reçu les deux pots d'huile d orange que vous m'avez fait cette faveur de m'envoyer ; ils arrivèrent les jours mêmes que je partis de cette ville : je les baillai à l'homme à qui ils étoient destinés , qui les eut extrêmement agréables , et le cas qu'il en fit me redouble l'obligation que je vous en ai. Je vous rends avec regret des paroles pour des effets; mais vous y devez être accoutumé : voilà

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pourquoi je ne vous en icrai point davantafje d'excuses. Nos nouvelles sont que la pers<''( ution des finances continue. Il t!st vrai que les choses vont assez lentement, pourcequ'ils ont de grands intéressants, et noniniénient la reine , qui s'emploie fort pour eux. Quoi que c'en soit, jusqu'à cette heure le roi a toujours tenu bon. Puyet , trésorier de Téparfjne , entra mardi en prison , après avoir fait tout ce qu'il put pour n'y aller point. Ce qui l'y fit entrer fut qu'il s'étoit accommodé avec Placin, qui est son heau-(rère, et qui devoit être son accusateur, et que par ce moyen il pensoit répondre aisément aux objections qu'on lui feroit. Mais cette réconciliation ne s'étant pu faire si secrètement que l on ne l'ait su , Placin fut mis en prison vendredi dernier à quatre heures du matin , et tient-on que l'un et l'autre courront fortune de la vie. M. le prince de Joinville est de retour de ses voyages d'Angleterre , et du pays des États , à Marchais , maison de M. de Guise, près de Notre-Dame de Liesse; il s'en va à Joinville achever sa quarantaine, et de là s'en reviendra à la cour. M. de Guise fait compte de partir à la fin de ce mois pour aller en Provence; je ne sais ce qu'il en sera. M. votre archevêque, l'autre jour, au sortir du prêche du père Cotton , m'entretint fort du regret qu'il avoit d'être hors d'avec son troupeau, et me dit qu'il s'étoit fié jusqu'à cette heure aux promesses que lui avoient faites quelques conseillers de votre parlement , étant par-deçà, que l'arrêt donné contre lui seroit arraché du registre ; mais puisqu'il n'en voyoit point d'effet, qu'il étoit résolu d'en voir la fin d'autre façon, ce que M. le garde-des-sceaux lui avoit promis; et que, cela étant , il faisoit compte d'être à la mi-septembre en Pro-

vence , et n'étant point, qu'il se déferoit de son archevêché : je ne sais ce qu'il en sera. M. de Montglas , premier maître d'hôtel chez le roi , mourut vendredi au soir. M. de Frontenai a eu sa charge. Madame de Moret est démariée; il ne reste que d'avoir les expéditions de Rome, où l'on a envoyé pour cet effet ; la capitulation est que M. de Sely aura vingt mille francs d'argent, et que sa pension de douze cents francs lui sera augmentée jusqu'à deux mille francs. Madame de Verneuil a été quelques jours à Vanvres , où l'on disoit qu'elle devoit prendre des eaux; toutefois, après y avoir été cinq à six jours, elle s'en est retournée à Marcoussy, maison de son père. Je la fus voir et reçus d'elle des caresses plus que je n'en pouvois espérer. Le roi s'en va cette semaine à Montereau pour prendre les eaux; de là il ira achever l'été à Villers-Cotterets, et puis nous nous en reviendrons à Fontainebleau. Il m'a promis une pension sur la première abbaye ou évêché qui vaquera : cela me tiendra encore ici quelque temps; car, sans cette espérance, j'aime trop la liberté pour m'en priver si long-temps. Voilà, monsieur, toutes nos nouvelles; mais je me plains qu'en m'écrivant les vôtres vous ne m'avez pas mandé que vous étiez reçu conseiller, comme si vos prospérités m'étoient chose indifférente : je ne laisserai pas de m'en réjouir avec vous , et de vous souhaiter que vous jouissiez long-temps de ce contentement. Quelque autre vous pourra faire ce compliment avec de plus belles paroles , mais nul avec plus d'affection , croyez-le.

Monsieur, pourceque vous avez été en Angleterre , je vous dirai cette particularité , que M. le prince de Joiuville a mangé à la chambre du lit, qu'ils tiennent étru

DE MAMii:inn:. 33

une oxtrrmc faveur. M. du INirie r est si content'des caresses qu'il a reçues du roi , (|iril iw. le fut jamais tant. A la V('*rit('; il lui a fait (\c {;i'audos déiuunstratiuus, par cinq à six fois qu'il a parlé à S. M.

Monsieur , s'il se peut recouvrer de cette huile de fleur d'ora<ige autrement qu'en beurre, faites-moi cette faveur de ni'eu envoyer, et dormez ordre qu'elle soit si bien acconunodée qu'elle se conserve; car un des petits pots s'est rompu dans la boîte,jenesais par quel malheur. Il est vrai que le beurre se conserve , et qu'il n'y a eu de perdu que ce que l'on ne peut séparer d'avec les morceaux de verre. Je rendrai ici à M. Ycart ce qu'il vous aura coûté , quand vous me l'aurez mandé. Si vous voulez quelque chose de moi, commandez en liberté. Votre plus humble et plus affectionné serviteur.

Monsieur , je suis lassé d'écrire; voilà pourquoi , voulant en^^jOyer deux sonnets à M. le premier président et à vous , je n'en ai fait qu'une copie : vous la lui baillerez, s'il vous plaît, ç^t en ferez faire une pour vous, si vous jugez qu'ils le vaillent. Adieu, monsieur; excusez ma poltronnerie.

AU MÊME

Paris, ce 28 de juillet 1607.

Monsieur ,

Je vous écrivis , il y a dix ou douze jours , par le save^ lier, et m'excusai d'avoir été si long-temps sans m'ac-

quitter de ce devoir, de sorte que je pensai avoir satisfait à la plainte que vous m'en faites par une de vos lettres que je reçus jeudi au soir. J'avois su par les lettres de M. le premier président votre réception à Tétat de conseiller, et m'en étois réjoui comme le me commandoit notre amitié ; mais, sans mentir, ce m'a été uPe bien plus grande joie de recevoir cette nouvelle de votre part. L'opinion que par là vous montrez avoir que vos prospérités me touchent, m'étant un argument très certain que vous m'aimez , et que vous vous assurez de mon affection , vous le devez faire, et imputer à mauvaise fortune si je ne suis capable de mentir l'un et de témoigner l'autre ; mais c'est assez pour une ame franche comme la vôtre , et ennemie de simulation comme la mienne. Je fus hier au palais trouver madame Choucart , à laquelle je baillai votre rabat pour vous en faire. M. du Perrier y étoit présent. Sans la fête de Sainte-Anne , qui est aujourd'hui , et dimanche qui sera demain , ils eussent été dépêchés promptement. Elle m'assure que ce sera pour mercredi prochain. Je revins de là r^iez M. du Mousthier pour avoir son avis sur le fait de l'or moulu que vous desirez. Il n'étoit pas au logis, j'y retournerai; et, par le premier messager qui partira, je vous ferai tenir tout ce que vous desirez. Nos nouvelles sont qu'on est toujours sur la composition des financiers. Quand le roi partit, ils offrirent six cent mille livres , le roi en vouloit un million; depuis, les uns tiennent la chose achevée, les autres non du tout : quoi qu'il en soit, l'affaire est en beau chemin. M. le prince de Conti a été fort malade de la gravelle ; il se porte mieux, et dès hier madame la princesse partit pour s'en aller à Monceaux , où le roi est avec la

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j^oiittc. Il .1 <M»vuy('' (jiK'iir MM. de Guise. d'Espcrnon, de BassoinpieiTi' , cl aiitrrs joueurs, poiu- lui fiiirc passer le temps : ce sont là toutes nos nouvelles. Je; liuis à re{;ret, pour le plaisir que je prends à vous entretenir; voilà pourcpioi | y ajouterai encore deux ou trois lijjnes, et vous assurerai du pouvoir absolu que vous avez sur moi. Je ne sais pas à quel parti nu; fera résoudre la fortune, e'est-à-dire si je deviendrai Normand ou si je deviendrai Provençal ;carje suis combattu de beaucoup de considérations de côté et d'autre : mais quoi que je sois , je serai toujours votre plus humble et plus affectionné serviteur.

MONsiluR ,

Paris, ce 3 août 1607.

Je suis au trônç^de ma paresse, c'est-à-dire au lit; voilà pourquoi vous n'aurez que ces trois à quatre lignes , encore Dieu sait avec quel ordre et quelle écriture. Premièrement, je vous dirai que nous n'avons point de nouvelles depuis ce peu que je vous en écrivis par le frand Claude il y a huit ou dix jours , si vous ne voulez prendre pour nouvelles que monseigneur le dauphin passa mardi par cette ville sans y séjourner. Il entra parla porte Saint- Antoine, et sortit par celle de Saint-Honoré, pour aller coucher à Saint-Cloud , et de là à Saint-Germain. Il étoit dans un carrosse tiré à six chevaux, et dix qui le suivoient. M. de Saint-Géran marchoit devant lui avec quelque

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soixanfe chevaux de sa compagnie, et derrière M. de Guise avec les galants de la cour; devant tout Téquipage marchoient cinq litières. M. et mademoiselle de Verneuil s'arrêtèrent chez madame leur mère , qui est ici depuis quatre ou cinq jours. On attend d'heure à autre M. le prince de Joinville. Les joueurs , comnte je vous avois écrit , étoient allés à Monceaux , par le commandement du roi, pour lui faire passer le temps; mais il les a renvoyés et va à la chasse dans une chaise portée par des Suisses. On ne parle point encore de son retour. Je vous envoie une douzaine et demie de coquilles d'or moulu, que M. du Mousthier a achetées et accommodées lui-même. Vos rabats ne sont pas encore finis; Valentin partira lundi prochain , à ce qu'il dit , et les vous portera, et encore d'autres coquilles. Je ne sais que c'est cette marchandise; mais je me suis adressé à l'homme que vous m'avez recommandé : il est fort content de votre petit lézard , il l'appelle un crocodile. Pour le portr"it que vous daignez désirer , il m'a dit qu'il faut que je lui donne une après-dînée pour le réformer; laissez-moi le soin de l'en solliciter. Je n'écris point par cette occasion à M. le premier président , ni à M. le président de Camolix, mon beau-frère; vous leur ferez, s'il vous plaît, mon excuse, qui est le peu de loisir que me donne ce messager. H m'avoit averti il y a trois ou quatre jours; mais il n'a pas laissé de me surprendre, pourceque je pensois qu'il mentiroit de trois ou quatre autres , suivant la coutume des messagers. J'ai reçu vingt et deux quarts d'écus que vous m'avez envoyés; je vous manderai par Valentin comme je les aurai employés. Je vous prie , quand vous pesirerez quelque chose de par-deçà, vous remettre à

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moi de le fournir, et vous Je rendre/, de par-delà à ma feiiune. Adieu, monsieur; je; suis un babillard, car je n'avois rien à vous dire, et cependant je vous ai rempli deux pa{jes : accusez-en le plaisir que je prends de parler à vous; et puisque je ne puis autrement rendre ténioigna{je de mon affection, recevez celui-ci pour vous persuader que je suis toujours votre plus bumble et plus affectionné serviteur.

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