aer
AU MÊME
A Paris, ce 6 de mai i6i5.
Monsieur,
Je vous écris toujours en hâte, mais je n'en eus jamais de si pressée que celle-ci; contentez-vous donc du peu que vous trouverez en ce paquet, car aussi je suis fort troublé de n'avoir point de nouvelles de ma femme. Avec un plus grand loisir et un plus grand repos d'esprit, je vous écrirai de plus longues lettres, et ferai réponse à M. le premier président . cependant vous l'assurerez de mon affection à son très honoré service , et continuerez de me croire ce que je suis, votre très humble et très obligé serviteur.
Monsieur,
DE MALIIKRBE. 439
AU MÊME
A Paris , ce 17 mai 161 5.
Je vous écrivis, il y a huit ou dix jours, ce peu que je savois de nouvelles, et vous promis de vous en mander davantage par la première voie; mais certainement je suis si troublé de Tincertitude où je suis de la santé de ma femme, que je ne sais ni que je fais ni que je dis. Je remettrai, avec votre congé , ce discours à une autre fois : ceci ne sera que pour me recommander à vos bonnes grâces, et Marc-Antoine à votre protection. Tout ce que je vous saurois dire , c est que Ton s'en va dans six semaines ou deux mois faire le voyage de Bayonne pour aller quérir la reine et^mener Madame. Il y a trois ou quatre jours que M. le Grand eut commandement de faire hâter ce qui dépendoit de lui; il a assuré la reine que tout sera prêt dans un mois. Je ne crois pas que je fasse le voyage; je me résoudrai suivant les nouvelles que j'aurai de Provence : Dieu me les donne bonnes! mais, quelles qu'elles soient, je me veux retirer. Adieu, monsieur; aimez-moi toujours, s'il vous plaît, et me le témoignez en la personne de mon fils, qui vous sera un jour, Dieu aidant, ce qu'est son père, votre serviteur très humble et très affectionné.
Je baise bien humblement les mains à M. le premier président, et suis son très humble serviteur.
4fo LETTRES
AU MÊME
A Paris, ce 23 de mai 161 5.
Monsieur ,
Vous eûtes dernièrement une fort courte lettre de moi; celle-ci ne sera pas plus longue, pourceque le trouble où j'étois n'est point cessé. Je vous envoie un petit mémoire de ce dont il me souvient, mais il n'y a ordre qu'en l'humeur où je suis je vous puisse entretenir comme je voudrois : il me suffit que vous connoissiez que je désire que vous me conserviez en vos bonnes yraces 5 et certainement ce mot n'est à autre fin que pour vous en prier, comme je fais de tout mon cœur; faitesle, s'il vous plaît, monsieur, et o' tenez de M. le premier président qu'il me continue l'honneur de sa bienveillance. J'ai été ce matin au Palais, où j'ai vu la dame Langelar, qui in'a prié de savoir s'il n'a point reçu les plates peintures de Philostrate qu'elle lui a envoyées; elle dit lui en avoir écrit par deux fois sans avoir eu réponse : vous vous en informerez, s'il vous plaît, afin que s'il ne les a reçues elle lui en envoie d'autres, et m'en donnerez nouvelles par votre prochaine. Adieu, monsieur; aimez toujours votre serviteur très humble et très obligé.
L'on est résolu tout-à-fait au voyage ; ce sera , à mon avis, pour la première semaine de juillet.
DE MALHERBE. 4ii
La reino infante doit être sur la frontière de France le 22 d'aoïît |)ruchain.
Monseigneur demeure ici en pension chez M. de Brèves ou chez le sieur Barbin; l'un et Tautre se dit.
On avoit été sur le point de dresser sa maison; mais le roi ne Ta pas trouvé bon, et a dit qu'il ne vouloit pas qu'il fût mieux traité qu'il Tavoit été quand il étoit dauphin.
M. le Grand s'en va demain en Bourgogne, par le commandement de la renie, poi r empêcher les levées qui se font pour le duc de Savoie , à quoi la reine veut que là et ailleurs on procède avec toute rigueur.
Messieurs du parlement furent hier au Louvre , et firent lire leur mémoire si long-temps attendu; il leur fut fait des réponses auxquelles ils étoient mal préparés. Cette montagne a produit moins qu'une souris.
Aujourd'hui on a délibéré sur cette affaire, et a été fait arrêt au conseil, par lequel il est ordonné que leurs remontrances seront ôtées du registre et supprimées, conmie libelles diffamatoires.
M. le prince s'en alla, il y a quatre ou cinq jours, et commanda à madame sa femme de le suivre le lendemain; ce qu'elle fit avec madame sa belle-mère.
Elles vinrent au Louvre prendre congé de la reine; en sortant du cabinet, madame la princesse monta chez madame la princesse de Conti pour lui dire adieu, ce qu'elle fit sur la montée , où elles se rencontrèrent; madame la princesse la mère s'en alla droit à son carrosse. Elles disent qu'elles doivent revenir mardi ; je ne sais ce qui en sera; je ne crois pas que M. le prince revienne sitôt, puisqu'il a mené madame sa feuîme. Il ne se vit ja-
mais ni si beaux carrosses ni si belles litières que ceux de la reine infante et de Madame; ils sont chez Le Gaigneur ( i ) pour les monter.
Le lit du roi est chez le brodeur, que Ton dit être la plus belle chose que Ton puisse voir. Je Tirai voir, Dieu aidant, quand il sera achevé, et vous en enverrai la description.
Mais certes je suis si troublé de n'avoir point de nouvelles de ma femme, que je ne puis vous rien particulariser, f*
L'on dit que M. du Maine et madame d Ëlbœuf se vont marier; les autres tiennent qu'ils le sont, mais que pour quelque respect ils ne veulent pas publier le mariage.
Il y a ici deux femmes de Maragnan qu'y a amenées un nommé du Prat; elles seront mises en montre au premier jour. Il m'a promis un billet pour les voir demain; nous y devons aller , M. de Valves et moi. Elles sont toutes nues; ce qui empêche qu'on ne les voie point encore, c'est qu'il les fait peindre à la mode du pays. Il y a une femme , et une fille de neuf à dix ans. La femme peindra la fille, et sur ce patron un peintre peindra la femme , pourceque la fille ne le sauroit faire.
A Paris, ce i*"" de juin i6i5.
Monsieur ,
Je vois bien que ce que je n'ai point de vos lettres est
(i) Nom propre d'un fameux faiseur de litières.
DE MALIIKRBE. 443
la maladie de ma femme, dont vous n'avez pas voulu nraveitir; je Tai sue des lettres de mon fils, qui me mande qu'elle en est un peu revenue, et que toutefois (•'est avec une grande foiblesse, de laquelle, en l'âge où elle est, il faut craindre un mauvais événement : cela m'a fait lésoudre d'aller faire un voyage en Provence aussitôt que la cour sera partie pour celui de Bayonnc. Je ne vous écris point de nouvelles, pourceque je n'en sais point. L'on attend icicte retour»de M. le prince; madame sa mère arriva samedi au soir; pour madame sa fenmie, elle partit vendredi de Valéry, et s'en alla à Châteauroux: l'on tient que c'est pour y être quelque temps. M. d'Alencourt a eu la survivance du gouvernement de Lyon pour son fils, qui est la meilleure affaire qu'il pouvoit désirer; et de là l'on conjecture que M. de Villeroi est aussi bien qu'il a été. Je dois aujourd'hui avoir les remontrances du parlement écrites à la main; si vous ne les avez eues d'ailleurs , je les vous enverrai : mais celui qui les a dressées, que vous connoissez , n'aura pas manqué de les envoyer à M. le premier président. Je crois qu'elles sont très bien, venant d'un si bon auteur, et étant passées par la compagnie de tant d'honnêtes hommes; mais pour cela on n'en espère pas davantage de fruit, et tient-on qu'ils voudroient a'en avoir rien fait. Tout se porte bien d'ailleurs, et ne parle-t-on que de paix. Adieu, monsieur; tenez-moi en vos bonnes grâces et en celles de M. le premier président: je suis son serviteur et le vôtre très humble comme très obligé.
Monsieur ,
AU MEME
A Paris, ce 2^ de juin 161 5.
J'ai certainement Tesprit plus libre que je n'avois quand je vous écrivis ma dernière ' îttre, mais pour cela vous n'aurez pas plus de nouvelles de moi. Ces chaleurs , qui ne cèdent (^nère aux sirocs de Provence, font que l'on ne voit pas la reine si souvent que de coutume , et de là vient que je ne sais rien qui soit bien digne d'être écrit. L'on s'en va partir à ce huit ou dixième du mois qui vient ; les équipages ne sont pas encore du tout prêts , mais on les ira attendre à Fontainebleau. Le roi et la reine ont une impatience merveilleuse du voyage : tous les gens de bien ont les même désirs, pourceque jusque-là il y aura des brouilleries, ou l'on en craindra; pour moi, je me moque de tous les bruits, et m'assure que tout se passera au contentement de leurs majestés. On laissera ceux qui ne voudront venir, car nous n'avons pas plus de temps que ce qu'il en faut. Il y a tantôt un mois que M. le comte de Gramont est parti avec ordre, pour ce qui est de sa cheu-ge; il a deux mille écus pour ce bateau qui passera Madame en Espagne, mais il fait compte d'y en ajouter quatre mille du sien : il est vrai que l'ayant ainsi dit à la reine, elle lui dit qu'elle l'en avoueroit et le rembourseroit *de toute sa dépense , pourcequ'elle vouloit que rien n'y fût épargné. Cette cérémonie , par concours de leurs majestés et du roi d'Espagne, se doit faire
DE MALIlEUni'. j/i-i
le c|uinzi('ine de septembre, .le vous ai dit eu ^éiiéi-al que le roi attend son niaria(>,e avec impatience; je m'en vais, à cette heure, vous eu dire une particularité où vous verrez ce que vous en devez croire. Il y a quatre à cinq jours qu'il dit à madame la comtesse de Saint-Pol qu'il avoit acheté six-vingts moutons , et qu'à cette heure qu'il s'alloit marier il vouloit être bon ména^jer. Elle lui répondit : « Mais est-il possible, sire, que vous en ayez si grand désir que vous dites? » Sa ré[)Iique lut. « Oui, j'en ai si grande envie que, si je trouvois le diable en mon chemin qui m'en voulût empêcher, je lui passerois sur le ventre. » Voilà pour le n)ariage. Pour le fait de Savoie, M. de Pongny est retourné, quoique l'on die que M. de Savoie est assez mal satisfait de M. le marquis de Rambouillet, et qu'il a mandé qu'il ne desiroit point qu'il se mêle plus de ses affaires, pourcequ'il est plus Espagnol que les Espagnols mêmes. Je ne sais pas ce qui en est, mais je le tiens un des habiles hommes de France pour négocier, et qui., n'ignorant point l'intention de leurs majestés, ne fera rien que ce qu'il croira être de leur service. M. de Montigny est aujourd'hui auprès de M. de Savoie ; la reine en eut hier avis , et en est fort en colère; et notamment il me semble que quand autre chose ne l'auroit retenu , le cordon bleu étoit une considération assez forte pour ne s'engager point avec un prince étranger. Quelqu'un dit à la reine que M. de Montigny se plaignoit; elle répondit qu'il n'en avoit pas occasion, et là-dessus raconta ce que le feu roi et elle a voient fait pour lui, qui est qu'il avoit été fait capitaine de la porte, et l'avoit vendu; depuis premier maître d'hôtel, qu'il avoit vendu aussi; qu'après cela il avoit eu
le gouvernement du Blaisois, dont il avoit fait de même; qu'il avoit marié sa fille au comte de Saint-Aignan, de la charge de mestre-de-camp de la cavalerie légère , qui lui avoit été donnée; et enfin qu'il avoit eu la lieutenance de Metz et pays messin , dont depuis peu de jours elle lui avoit accordé la lieutenance pour son fils, lequel étant allé mettre en possession , il s'est servi de ce prétexte pour son voyage de Savoie. La reine dit qu elle ôtera la lieutenance à son fils; mais le temps l'adoucira, à mon avis. Bien vous dirai-je qu'un des amis du baron de Digoinelui a fait savoir, depuis deux jours, qu'il ne desiroit rien plus que de revenir, pourvu que la reine l'assurât de sa bonne grâce; elle ne l'a pas voulu faire. Je vous avois dit, monsieur, que je ne vous dirois point de nouvelles, et cependant, comme j'ai été entrain, ma paresse m'a quitté. J'oubliois à vous dire qu'un nommé Montereuil , ou Montereau , Normand , qui est celui même qui étoit mestre-de-camp des Wallons qu'avoient MM. les princes au tumulte de Mézières, lève un régiment vers Sedan pour mener en Piémont, Je vous le dis afin que vous ne vous imaginiez rien de pire là-dessus. Il s'est fait tout plein de petits livrets, mais je me remets à M. de Valves à les vous envoyer, et à vous dire la résolution du parlement sur l'arrêt du conseil. Il ne me reste plus qu'à vous remercier des cinquante écus que vous avez baillés à ma femme, je les rendrai au sieur Cramoisy quand il voudra; je vous en remercie un million de fois, qui est tout ce que je puis faire, car de bien servir, je vois bien que j'y serai aussi inutile à l'avenir que j'ai été par le passé. Je vous supplie de me tenir toujours aux boiînes grâces de M. le premier président et aux
DK MALllEUHK. 447
vôtres, comme votre serviteur et le sien très humble et très obli(;d.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 27 de juin i6i5.
Je vous écrivis il y a deux jours une lettre que vous trouverez en ce paquet ; mais , puisque la fortune m'a fait rencontrer sur le point que M. de Valves Talloit fermer, je vous y ajouterai ce que j'avois oublié de vous mander touchant ce que vous desirez savoir de Château-Renaud. Ce que j'en ai appris, c'est que cette principauté est une portion d'un partage baillée par un duc de Bourgogne à un puîné. Madame la princesse de Conti ne m'en a su dire davantage; mais lun de ses gens d'affaires m'a promis qu'il verra les documents , et m'en baillera un mémoire particulier. Je ne sais si je vous ai mandé l'accord de M. le prince avec M. le prince de Joinville; il y a déjà quelques jours qu'il est fait : M. le prince demeure possesseur de Saint-Martin, et baille à M. le prince de Joinville l'abbaye de Coulon en Beauce , de la valeur de dix mille livres de rente, et six mille écus d'argent comptant, outre le contentement qu'il donne à M. l'évêque de Boulogne. M. le prince partit de Saint-Maur hier, environ dix heures du soir; son train est parti ce matin entre deux et trois : l'on dit qu'il est allé à Craye , qui est un lieu près de Clermont en Picardie , voir ime fête célèbre qui s'y fait de tireurs au papegai; les autres
disent qu'il s'est allé aboucher avec M. de Bouillon. L'on attend ce soir ou demain M. de Nevers, qui vient de ces quartiers-là; par lui l'on aura toute sorte de nouvelles. Le voyage de Fontainebleau est rompu; le séjour qu'on y vouloit faire se fera ici, attendant que tout l'équipage soit prêt; mais je ne crois pas, quoi que vous oyez dire, que Yen diffère le partement pour tout cela ; au moins la reine l'a encore aujourd'hui ainsi assuré. Il se fait quelque bruit sourd que, sur ce qui se passa le jour de l'octave , à Saint-Germain , entre les pages de madame de Guise et ceux de madame de Longueville, M^ de Longueville veut l^ire appeler M. de Guise : staremo a veder. Hier une femme vint trouver madame la princesse de Conti, et lui dit quelque chose à l'oreille , à la ruelle de son lit, où nous étions, madame de Ragny et moi. Madame la princesse tout aussitôt nous le dit tout haut, et dit qu'il n'y avoit point de danger, et que nous étions l'un et l'autre affectionnés au service du roi : le secret étoit que M. le prince lui avoit dit qu'il ne l'estimât jamais ce qu'il étoit, si le voyage de Rayonne se faisoit. M. de Valves vous envoie un petit livret appelé Remontrances de la noblesse au chancelier : la reine ne l'avoit point encore vu; je l'ai baillé à madame la princesse de Conti pour le lui faire voir, hier, comme elle montoit en carrosse pour aller au sermon; madame de Guise étoit auprès d'elle à la portière , qui m'a dit qu'en le lisant tout du long du chemin, elle rougissoit à tout moment. Comme elle eut tout lu , elle lui demanda qui le lui avoit baillé; elle répondit que c'avoit été Malherbe; à quoi elle répliqua : « Je m'assure qu'il n'en a pas été moins piqué que moi. » Je ne sais plus que vous dire, et ma
DK MALIII'JUUv 44^
lucinuirt' est trop |)i<'ss('m' \\o\iv (aire un cxumen de ce que je sais; contentez-votis donc de ce peu , et me teneii toujours pour votre serviteiu' aussi humble qu'obligé.
Monsieur,
AU MÊME
A Paris, ce I7 de juillet i6i5.
Vous n'eûtes jamais une si courte lettre que sera celleci; tout ce que je sais de nouveau est en une feuille à part en ce même paquet. Je vous baise donc les mains, et à monsieur le premier président, à qui, s'il vous plaît, vous ferez part de cette gazetille, si vous croyez qu'il y ait chose qu'il n'ait point sue d'ailleurs. Je suis, monsieur, votre trto humble et très affectionné serviteur.
Le voyage ne se diffère point, quelque bruit que vous oyiez. La i-eine dit avant-hier qu'elle partiroit le premier jour d'août.
M. de Villeroi est arrivé ce matin sur les sept heures, et tout aussitôt s'est mis au lit. La reine s'est baignée, et ne l'a-t-on point vue. it
J'ai été au dîner de madame la princesse de Conti, qui ne croyoit pas que le dernier voyage de M. de Villeroi eût plus avancé que le premier.
Comme j'ai vu qu'elle ne descendoit point au cabinet, et qu'il n'y avoit point d'espérance de voir la reine, je suis sorti du Louvre, et ai trouvé à la porte le comte de Châteauroux, qui m'a dit qu'il avoit vu le sieur de Mi-
gnieux, qui avoit accompagné M. de Villeroi, et qu'il avoit appris de lui que M. le prince demandoit deux ou trois choses qui étoient faciles à accorder, et que , moyennant cela, il promettoit de venir au voyage.
Au premier voyage de M. de Villeroi, il desiroit que madame sa mère eût Thonneur de recevoir la reine : il nV a rien de changé en ce dessein. Elle est une des trois qui doivent porter la queue de la reine auxcéi^émonies; madame la princesse de Conti et madame la comtesse de Soissons sont les deux autres.
On fut mercredi, sur les cinq heures du soir, à la Bastille, prendre douze cent mille livres pour le voyage. Le roi et la reine y furent eux-mêmes, accompagnés des princes, maréchaux de France , officiers de la couronne, M. le chancelier, M. le président Jeannin, et tout plein de conseillers d'état. L'argent fut tiré dans quarante charrettes qui portoient chacune trente mille »!vres en quarts d'écu. La reine fut priée de ne partir point qu'elle n'eût vu sortir la dernière '"harrette. Ces cérémonies y furent apportées pour les difficultés qu'avoient faites messieurs des comptes, de vérifier les lettres expédiées pour tirer cette somme; à quoi ils demeurèrent opiniâtres, nonobstant trois jussions qui leur furent envoyées.
Cependant que leurs majestés furent à la Bastille, tout le monde fut voir M. le comte d'Auvergne, avec congé: il fit supplier la reine qu'il eût l'honneur de la voir, ce qu'elle lui permit; et lors on fit retirer le roi, qui s'alla cependant promener par la Bastille. Il vint se jeter à deux genoux aux pieds de la reine, qui tout aussitôt le fit relever; ce qu'il fit, et se mit, avec un transport de
DE MALIIEUHE. 45i
joie qui h; faisoit j)r<s(|ii(' béjjayer, à faire (l(;s protestations du (iéplaisir ruTil a vijit (Tavoir offense' le roi; <Je sa liberté, il ircii parla p»»iiil , pourcccpie cela avoit été ainsi convenu, delà fait, il se mit à parler à tous ceux qui étoient là; et les voyant tous avec du poil gris, il leur dit que c'éô»it une marque de leur sagesse, et à lui une marque de sa folie de n\'n avoir point. Il a fait couper cette longue barbe qu'il avoit long-temps laissée croître, pourceque, trois ou quatre jours auparavant, comme M. de Montmorency et le marquis de Portes dînoient avec lui, M. le président Jeannin fut, de la part de la reine, lui promettre sa délivrance au retour du vovage. Ce n'est pas pourtant qu'il n'y ait encore de ceux qui pensent voir plus clair que les autres qui disent qu'il ne sortira point; quant à moi, je tiens raffirmative, M. de Nevers et madame de Nevers doivent aller au voyage, et l'ont ainsi promis à leurs majestés. Mercredi au cabinet, madame la comtesse de Soissons dit à madame de Nevers tout haut devant la reine : « Comme ferez-vous de votre grossesse? » Madame de Nevers répondit qu'elle n'étoit point grosse, et dit à la compagnie que madame la comtesse disoit cela pour lui faire la guerre, selon sa coutume. Toutefois un peu après , comme une princesse qui mangeoit des confitures en donnoit à celles qui étoient présentes, et qu'elle lui dema^^da si elle en vouloit , elle répondit que oui , pourvu qu'elles fussent aigres. L'on tient que tout cela étoit concerté pour servir d'excuses à madame de Nevers de ne faire pas ce voyage, et joint-on à cela que M. de Nevers et elle ont retiré les étoffes qu'ils avoient baillées pour faire leurs habits.
L'on parloit dernièrement devant la reine d'un bruit qui couroit que madame de Nevers seroit intendante de la maison de la reine; elle dit qu'elle n'en avoit point eu, et que la reine sa fille n'en auroit non plus qu'elle; elle ajouta à cela que quand elle y en mettroit une, elle ne la prendroit jamais en la réformation.
Madame doit mener, outre madame de La Boissière, qui s'en va finir ses jours en Espaj^ne avec elle, trois autres dames, douze femmes de chambre, et six filles. Je ne sais qui seront les dames; mais pour les filles, il y aura de la peine à en trouver, et ne sais point encore qu'une seule, qui est fille de Inadame de Hélin. Cette madame de Hélin est une des sœurs de M. de Gondy , qui étoit mariée à un gentilhomme de Picardie nommé M, de Hélin. Toute la difficulté n'est pas que nos filles ne veuillent bien aller en Espagne , mais c'est qu'il faut que leurs parents leur baillent quatre mille écus à chacune pour leurs équipages, et douze cents écusde pension annuelle, jusqu'à ce qu'elles soient mariées; et à ce prix-là nos filles ne veulent point a'^er si loin.
Il y a quelques jours que madame Henriette a la rougeole; sitôt que cela fut découvert, qui fut, ce me semble, lundi ou mardi, on mena Monsiem- et madame Chrétienne coucher aux Tuileries , et le même jour Monsieur fut ôté aux f mmes et remis au gouvernement des hommes.
On l'avoit mis depuis au logis de M. Zamet; mais je ne sais quelle inconnnodité Ton y a reconnue. On les a depuis mis en l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, où ils seront jusqu'à ce que l'on parte, et alors ils iront à Saint-Germain-en-Laye.
Il y a dix ou douze jours qu'il y eut doute do quelqut's broiiillcrit's entre M. de Montmorency et M. de lletz pour qiu'l(jue clu)se qui s'étoit passé chez mademoiselle Choisy, mais cela iTéclata point; la reine les fit tout aussitôt embrasser en sa présence. La véritable occasion étoit que M. de Montmorency, parlant du duc de itetz, Tavoit appelé duc de ficsic, et quelque autre chose sur le même sujet, voulant dire qu'il avoit eu sor. reste.
Pour petites nouvelles, il a couru bruit, mais qui s'est trouvé faux, qu'un catholique, fei^^nant se convertira la religion protestante, avoit voulu tuer M. de Bouillon.
Un Simon, soldat de la citadelle d'Amiens, fut pendu il y a douze ou quinze jours à Amiens même pour avoir donné trois coups de poignard à un apothicaii'e qui lui avoit refusé de l'arsenic ; il fit ce coup - là de la peur qu'il eut qu'il ne le décs>uvrît.
Madame de La Boissiepe prend le nom de comtesse de Lannoy, qui est le nom d'une grande maison d'Artois de laquelle elle est, et de laquelle étoit un Charles de Lannoy qui se trouva à la prise du feu roi François.
Le roi ne vit point M. le comte d'Auvergne , il n'y eut que la reine : comme il fut fait venir, ou fit trouver bon au roi de s'aller promener; comme il revint, on avertit le prisonnier de se retirer.
Le roi, étant hier après dîner aux Tuileries, dit qu'il boiroit volontiers du cidre; on en alla tout aussitôt quérir chez le comte de Thorigny : cependant il continua de jouer dans les allées. M. de Souveray et M. le Prince demeurèrent à se reposer, attendant que le cidre fût venu. L'on apporta deux bouteilles et deux verres ; M. de Souveray et M. le Prince bureixt de l'une de ces bouteilles.
Le roi, arrivant incontinent après , demanda s'il y avoit du cidre; on lui dit que oui, et qu'il étoit fort excellent. Il demanda pourquoi Ton avoit bu devant lui; M. de Souveray lui dit qu'on lui avoit laissé une bouteille à laquelle on n'avoit point toucbé: il fit mine de se contenter, puis demanda en quel verre ils avoient bu; on le lui montra. La fortune voulut que celui qui fit Tessai le fit en Talitre verre ; de sorte que le l'oi , quelque remontrance que lui fit M. de Souveray que le feu roi son père buvoit même avec les moindres soldats, ne voulut jamais boire. Il y eut bien de la contestation ; enfin il ne but point, et s'en plaignit à la reine. M. de Souveray fit aussi sa plainte : les conclusions furent au désavantage du roi, mais elles ne furent pas exécutées.
Mardi au soir, le roi se voulant coucher, M. le marquis d'Ancre commença à le d/o^acher. M. de Souveray dit à un valet de chambre : .('Détachez le roi. » Il s'approcha, et se mit en devoir de le faire. M. le marquis, sans rien dire, le repoussa tout doucement de la main, et continua de vouloir détacher. Le valet de chambre se reculant, M. de Souveray lui dit derechef; « Faites ce que je vous commande, détachez le roi; « ce qu'il fit, et M. le marquis se retira.
Je ne vous puis rien écrire du fait de M. de Châteauneuf, pourcequ'il n'y a encore lien d'avancé. Il lui a été rapporté que quelqu'un parlant à M. le chancelier de cette affaire, lui proposa qu'il seroit l)on qu'il baillât son état à son fils; et que là-dessus M. le chancelier répondit qu'il n'y avoit pas d'appai'cnce à cela, et qu'il étoit trop honnête homme. Je ne sais ce qui en est; tant y a que je ne le vois p?.s disposé à s'en défaire. Je crois
DE MAUIKUnE. 455
que dans quelques jours il saura la résolution de iM. le thancelier. Jusqu'ici il s'est contenté de le voir sans lui parler de rien, depuis la première fois qu'il le salua à son arrivée.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 5 août 161 5.
Je vous ai déjà protesté que je n'étois plus ni de la cour ni du monde , et que par conséquent vous ne deviez plus attendre des nouvelles de moi. D'ailleurs nous n'avons ici que de faux bruits des affaires de Picardie : voilà pourquoi je ferois conscience de vous en écrire; vous oyez assez de mensonfijes d'ailleurs, sans que j'y ajoute les miens. On dit qi«e M. le Prince a fait quelques recrues de ses troupes à Montcornet ; mais de leur nombre c'est de quoi l'on n'est pas d'accord : ceux qui disent le moins lui donnent deux mille hommes de pied , et sept ou huit cents chevaux; ceux qui disent le plus lui baillent cinq à six mille hommes de pied, et de mille à douze cents chevaux. Un nommé Fresque , qui est au maréchal d'Ancre, passant par ici, il y a trois jours, pour s'en aller à la cour, dit que M. de Longueville pouvoit avoir à Corbie cinq cents arquebusiers, et cent ou six-vingts chevaux; et M. le Prince mille ou douze cents hommes de pied , et de cinq à six cents chevaux : certainement ils ne peuvent avoir grand'cliose. Je vis hier entre les mains d'une dame une lettre d'un
de ses amis qui leur mandoit qu'il levoit un réfjiment pour eux, et quil purgeroit ses terres de tout ce qu'il y avoit de gens inutiles et mauvais garçons , et que dans peu de jours il les méneroit en un lieu où il feroit bien chaud. Je ne puis deviner ce qu'il veut dire, si ce n'est à la citadelle d'Amiens; mais si c'est là, je ne crois pas que ce soit avec effet. H y a trois jours qu'un homme, que madame la maréchale d'Ancre envoyoit à son mari pour lui donner de ses nouvelles et avoir des siennes, fut pris par les chemins et mené à M. de Longueville , qui lui fit faire fort bonne chère , et aussitôt le renvoya à M. le maréchal d'Ancre , et lui manda qu'en leur parti ils étoient plus courtois que nous n'étions au nôtre. Du côté de Pertuis, j'ai vu une lettre que M. le marquis de Rambouillet écrit à madame sa femme, et lui mande que leurs majestés étoient arrivées à Poitiers le jour précédent qui devoit être dimanche ou lundi dernier, et qu'ils y feroient quelque séjbur, tant pour laisser reposer les soldats du régiment et autres, que pour laisser remettre les chevaux des carrosses et chariots, qui étoient merveilleusement travaillés. A cette cause il est ajouté une autre, que Madame se trouvoit indisposée d'un petit dévoiement, et que la reine prendroit ce temps pour se purger, d'autant qu'elle étoit plus galeuse que lorsqu'elle partit. Il y a eu quelques brouilleries entre M. de Sully et M. le comte de La Rochefoucauld pour un logis; mais je crois que M. de Sully s'est trouvé n'avoir point de raison, d'autant que M. le comte de La Rochefoucauld l'avoit loué il y avoit long -temps, comme lieutenant du roi de la province, et que par conséquent il n'v falloit point de craie. Voilà tout ce que je
DE MALIIRRRE. 457
sais. Vous trouverez ou te paquet trois livrets qui sont sortis au jour depuis Iv p;u tcnient de leiu's majestés: ils ne valent pas mieux que les autres. J'oubliois à vous dire que M. de Luynesa eu Tabbaye de Fécampde la dépouille du cardinal de Joyeuse. îj'on tient M. le prince de Joinville marié avec madame la maréchale de Fervaques. Je me trouvois hier en une compagnie où qiudqu'im dit que, quand elle parloit de lui , elle disoit monsieur mon mari. Je faisois compte d'avoir Thonneur de la voir aujourd'hui pour le savoirpde sa bouche; mais un petit dévoiement d'estomac m'a fait garder le logis, et m'a gardé de recouvrer un petit livret nommé Martin VAne^ qui est d'hier ou d'aujourd'hui seulement, dont je vous eusse fait part comme des autres. Adieu, monsieur ; je suis de tout mon cœur votre serviteur très humble et très affectionné.
Si sans vous incommoder vous pouvez bailler cent écus à ma femme, vous m'obligeiez extrêmement, et je les laisserai avant que de partir à M. Cramoisy ou à tel autre que vous me manderez.
Monsieur,
AU MÊME
A Paris, ce lo d'août i6i5.
Nous sommes en un temps où il est malaisé de vous rien écrire de certain: voilà pourquoi je me remets à ce porteur de vous dire ce qu'il en sait, et crois que quand
vousTaurez ouï, et lu tout ce qu'on vous mande, vous n'aurez pas de quoi être mieux informé que vous êtes. Il a toujours été des saisons fertiles en toutes sortes de bruits; mais il n'en fut jamais où les changements fussent si fréquents comme ils sont en celle-ci. Au matin on tremble au bruit d'une nouvelle, au soir on s'en moque; et les mensonges , qui sont ordinairement logés à la basse cour, osent monter jusqu'au cabinet : toute la fin que j'y vois, c'est le parlement de leurs majestés; car jusque-là chacun s'imaginoit des^grotesq'^s. Ceux qui sont de la cour savent bien que la sécheresse qui a épuisé toutes les mares de Beauce, et la mort de deux soldats qui moururent samedi en marchant, outre la perte de près de deux cents chevaux de la compagnie de monseigneur, que le chaud a tués , sont les causes véritables du dernier retardement; mais je m'assure qu'aux provinces on le contera de toute autre façon, et que du sens littéral, qui est très recevable, on passera à des allégories les plus sottes et les plus impertinentes qui furent jamais.Quand il y aura sujet de craindre, je ne suis ni si vaillant ni si stupide que je ne craigne comme les autres; mais jusqu'ici je n'en vois point d'occasion : huit ou dix jours nous mettront hors de tous ces doutes; Dieu, s'il lui plaît, les fera résoudre selon le désir des gens de bien. Je fais compte de m'en aller passer l'hiver avec vous. Adieu, monsieur; je suis votre serviteur très affectionné à jamais .
DE MAT.ÎIERBE. 45g
AU MÊME
A Paris, ce lo d'aoùl iGij.
MoNsiEun,
Depuis mon autre lettre écrite, je suis allé au Louvre, où jai trou\K que le voyage n'étoit pas si reculé comme Ton pensoit. La première chambre a conmiaudement de partir demain, et tient-on que mercredi leurs majestés ne coucheront point à Paris. M. le maréchal de Bois- Dauphin demeure ici pour garder Monseigneur, et monsieur de Piaslin avec lui. L'on fait compte de douze mille hommes de pied, et de quelque cavalerie dont je n'ai point ouï dire le nombre. J'ai fort grande opinion que la colère de M. le Prince se sera toute évaporée en son manifeste. Voilà tout ce que j'avois à ajouter à ce que vous verrez en mon autre lettre. Je vous pense avoir écrit que M. l'évêque d'Orléans avoit eu le brevet de premier aumônier de la reine, et il étoit vrai; mais depuis la chose est changée , et M. de Loménie, qui avoit eu commandement de le lui porter, le lui est allé redemander. Le discours de cette affaire seroit trop long pour cette page; je pense l'avoir fait devant ce porteur, qui vous dira ce qui en est: aussi vous dira-t-il la brouillerie de madame la maréchale d'Ancre avec le père Cotton; elle se conte si diversement que je ne saurois que vous en dire. Adieu donc, monsieur. Votre serviteur très obligé.
nier au matin la reine alla à Saint-Germain taire son bonjour, où il lui prit en oyant messe une défaillance dont elle revint tout aussitôt, et se porte fort bien, grâce à Dieu.
Ce même matin, les avis qui lui furent donnés que toutes les mares de la Bcauce, d'Etampes, et Orléans, étoient tellement asséchées qu'il n'y avoit pas une goutte d'eau, la mort de deux soldats de la compagnie du capitaine de La Salle, qui est du nombre des six du régiment qui sont parties, lesquelî^, samedi^ernier, crevèrent de chaud au chemin de Long-Bovau , et le même accident arrivé à plus de cent cinquante chevaux de la compagnie de Monseigneur, tirent remettre le voyage à jeudi prochain, comme croient la plupart, mais véritablement jusqu'à la première pluie.
Monseigneur est encore à l'abbaye de Saint-Germain avec mesdames ses sœurs, et y sera jusqu'à ce que Ton soit parti, et que le Louvre ait été nettoyé. Madame la princesse de Conti offrit à la reine de faire curer les fosses , mais elle ne le voulut pas. Il y a trois jours qu'elle envoya quérir la cour de parlement, et dit qu'elle, leur vouloit laisser la garde des deux choses qui lui étoient les plus chères, Paris et Monseigneur. Ils y vinrent, et reçurent cette recommandation de la part de la reine pour une singulière faveur.
Hier un peu devant midi, vint un courrier au roi de la part de M. le Prince; il lui rendit un fort gros paquet, dans lequel il y avoit un manifeste qui a fait bien du bruit , pourceque l'on dit qu'il y a que , si par les prières il ne peut obtenir que l'on fasse justice, il sera contraint de recourir aux armes. Ceux qui nous veulent faire peur
DR MALIIKHHK. 461
font {Trand foiKlcincnt hVclessiis, et déjà imputent îi cela le l'etardeineiit du V(>y;i{;e; iiiiiis je ne |)ense pas (pie la semaine jjrocliaiiie se passe (jiie leurs majestés ne soient en chemin.
Hier, sur les six heures du soir, la reine, entrant en carrosse pour s'aller promener, dittout haut, en s'adressant à ceux qui étoient devant la portière, des([uels il se rencontra (pie jV'tois Tun : » (Qu'ils cheminent tant qu'ils voudront, autant en emporte le vent; » et répéta ces derniers mots par deux fois.
A riieure même il courut un bruit que M. de Lonffueville avoit été blessé d'un coup de couteau qui lui couloit le long de la mamelle droite, et entroit dans le bras droit; mais, {jraceà Dieu, cela s'est trouvé une pure invention.
Il s'est dit déjà par plusieurs personnes queMM. de La Marck avoient vendu leurs droits de Sedan au marquis de Spinola. J'en ai voulu savoir la vérité, et le demandai premièrement à madame la marquise deMauny, qui me dit : « Nous ne l'avons pas fait , mais nous le ferons. » A deux heures de là, je trouvai madame de Bouillon La Marck, et lui fis la même demande; elle me répondit que cela n'étoit point, et qu'ils ne feroient jamais rien contre le service du roi. Samedi je retrouvai madame la marquise de Mauny, et lui dis la réponse que m'avoit faite madame de Bouillon; elle me dit: « Qu'elle die ce qu'elle voudra, nous le ferons ; le roi ne nous peut pas empêcher de vendre ce qui est à nous : je ferai faire cette affaire-là. »
Un gentilhomme qualifié de cette cour, et qui est fort ami de M. de Neveis, m'a dit qu'il ne tiendroit qu'à la
reine que M. de Nevers ne vînt au voyage , et que ce qu'il demandoit étoit si peu de chose et si raisonnable , qu'il ne croyoit pas que la reine le lui refusât; c étoit que des deux honneurs qu'il y auroit en cette cérémonie, l'un de mener Madame, et l'autre de ramener la reine, M. de Guise en eût l'un, et lui l'autre; que cela n'étant point, il supplioit la reine de lui permettre de demeurer à Nevers. J'ai demandé ce qui en seroit à des personnes qui le pensent bien savoir, qui m'ont dit que M. de Guise auroit l'un et l'autre : starenio a vedcr.
M. de Mayenne , qui a eu peur que les habitants de Soissons ne le missent dehors , s'en est assuré par quelques hommes qu'il a mis dedans.
Le jour ixiême que les députés de Provence furent ouïs, qui fut, ce me semble, jeudi ou vendredi, l'ambassadeur d'Espagne prit congé du roi, qui l'embrassa par plusieurs fois, avec grand témoignage d'affection. Le roi étoit botté : l'ambassadeur lui dit que sa majesté s'en alloit à la chasse , et que pour cette occasion il ne la vouloit pas importuner plus long-temps; le roi lui répondit qu'il n'y avoit point de plaisir qu'il ne quittât pour s'entretenir avec lui. Comme il eut achevé,- il se tourna vers la reine, et, ayant pris congé d'elle, fit de nouveau la révérence au roi, qui l'embrassa encore deux ou trois fois.
Monsieur,
l)i: MALUKRRF. 463
iHG.
AU MKME.
A Paris, ce i8 août i6i5.
Nous voici à la fin des tiouvclles : lours majestés partirent hier. Il y eut quelque cérémonie au partement de Madame, mais bien petite. Telle qu'elle fut, M. de Valves la vit avec le soin dont il est coutumier de remarquer toutes choses; il la vous écrit, et vous écrit aussi comme M. le président Le Jay est du voyage. Chacun parle de cette affaire selon son sens; le mien est que Ton ne lui veut point faire de mal , mais Tenipécher d'en faire. Quel sera l'état des choses par-deçà, je ne le puis deviner. Deux ou trois jours de temps nous y donneront quelques lumières; pour moi, je crois ce que j'ai toujours cru, qu'il y auroit de la j)eur, et point de mal: tant y a que l'on y a apporté force prévoyance. M. le maréchal de Bois-Dauphin est demeuré, avec environ dix mille hommes de pied françois , et quinze cents Suisses, quatorze cents chevaux, et six cents carabins; on lui a aussi laissé du canon, des balles, et des poudres, et de l'argent pour ce qui sera nécessaire. M. de Praslin demeure avec lui : il y eut quelques contestations avant que l'y faire résoudre , mais enfin il a fait ce que leurs majestés ont voulu. Madame de Guise accoucha d'une fille le jour de la mi-août; la reine en sera la marraine, s'en étant priée elle-même, combien que ce fût l'intention du père et de la mère. Sa majesté dit qu'elle avoit apporté
son nom en naissant; que, puisqu'elle étoit née en utt jour dédié à la Vierge , il falloit qu'elle s'appelât Marie. Je fus lundi voir madame la princesse de Conti, et fus lon{j-temps seul à la ruelle, parceque l'heure des visites n'étoit pas encore Avenue. Nous tombâmes sur le discours des affaires du temps , et particulièrement sur les plaintes que font les princes absents; je lui dis que tout le monde donnoit sa voix à M. du Vair, et que M. de Guise et elle dévoient prendre cette occasion pour obliger une personne qui auroit un jour moyen de les servir, et que le faisant elle obligeroit toute la France, pour le mérite et la probité du personnage. Elle me répondit : « Est-il bien homme de bien'' » Jugez ce que je lui répliquai; et lors elle me dit : « Mais je crois qu'il seroit bien difficile. » Je lui répondis qu'aux choses injustes il ne faudroit rien espérer de lui, mais que sans faire injustice il se présenteroit des occasions oii l'on se pouvoit prévaloir de son amitié; j'y ajoutai qu'être facile à un homme qui est en cette charge n'est autre chose qu'être ignorant ou méchant. Elle me dit qu'il étoit vrai, et qu'elle seroit très aise que cela fût, et que de son côté elle y apporteroit ce qu'elle pourroit. Nous mîmes alors sur le tapis ceux qui y pouvoient prétendre , qui ne se trouvent point à son goût. On croit que le maréchal d'Ancre baillera volontiers cette victime à l'accommodement des affaires. Je sais bien que vous avez en ceci le même dessein que j'ai, et peut-être vous pourrez-vous résoudre à prendre une charge de maître des requêtes, pour ne vous séparer point d'une personne qui vous est si chère. Dieu inspire la reine à faire une bonne élection ! elle est sage en toutes choses , il faut cioire qu'elle le sera encore en ceUe-ci.
DI-: MArJIKlJBK. , 4G5
Adieu, moiisiciii-; si c:<; nV'st ici lu dornièic; lettre que je vous écrirai cette aiituM', je pense qu'elle sera la pciiulticme, et (jue vous verrez Inciitot votre serviteur très humble et très affectionné.
Madame de Nevers va au voyage, avec charge d'aller recevoir la reine qui vient, dont Ton m'a dit qu'elle a brevet. M. de Nevers, à mon avis, ne bougera de INevers; je crois vous en avoir dit l'occasion par ma dernière. Madame la comtesse de Soissons, à ce que m'a dit un qui le croit bien savoir, fait compte de s'en alleràMontferrat, et de là prendre le chemin de Bayonne, pour être auprès de la reine, et l'accompagner à Bordeaux, où, pour sa qualité, elle se trouvera indubitablement la première , et ainsi rendra à madame de Nevers sa commission inutile. Le même m'a dit que madame de Longueville ?ra de la partie.
AU MÊME
A Paris, ce 19 d'août 161 5.
Monsieur,
Ce petit mot est seulement pour garder la coutume que j'ai de ne voir partir personne sans vous écrire, et pour vous faire tenir une harangue de M. de Saint- Victor qu'il m'a fait cette faveur de me donner. Je ne vous en dirai rien : vous y voyez assez clair. Le jeune séculier présenté par un hérétique dont il parle est un nommé M. Malamy ; par l'hérétique il veut dire M. Lesdiguières , qui écrivit fort chaudement en sa recommandation. Il
me semble bien qu'un grand personnage ne méritoit point une marque si odieuse. Toutefois je n'oserois mettre ma censure à ce qui part de mon archevêque futur, de peur qu'à son tour il ne me fît quelque jour sentir la sienne. Adieu, monsieur; tenez-moi en vos bonnes grâces et en celles de monsieur notre premier président. Si les choses continuent au train qu'elles prennent, comme elles feront à mon avis, vous le verrez au lieu où il est désiré de tout ce qu'il y a de gens de bien. M. de Valves chiffre mieux que moi , ce sera à lui à vous en dire davantage. Votre serviteur aussi affectionné qu'obligé.
AU MÊME
A Paris, ce 23 d'août i6i5.
MONSIEUK , ^g
Je fus hier dire adieu à M. de Valves, qui devoit partir ce matin avec M. de La Forêt. Le roi va si vite qu'il est temps de partir à qui a envie de l'atteindre par les chemins. Jusqu'ici leurs majestés n'ont trouvé qu'obéissance en leur voyage : il n'en faut pas espérer autre chose. Au reste tout est calme par-tout; en Picardie seulement il y a quelque bruit : je dis bruit, car de dire guerre , je n'y vois rien qui mérite un nom si relevé. L'armée du roi sera dans dix ou douze jours aux champs; elle sera de dix mille hommes de pied françois, quinze cents Suisses, quatorze cents chevaux, et six cents carabiniers : sitôt que cela sera ensemble on marchera vers eux. Pour moi, je vois bien que cette brouillerie sera encore plus ridicule que celle de Mézières. M, le Prince, à ce que
DE MAL II KR HE. 4fi7
Ton dit , est allé ii Sedan ; je ciois «lu'il ne voit guerre de sûreté jiillcurs (jne li\ , et encore Spinola est aux teiTes de liUxenibourjj, avee dix on donze mille hommes de pied, autant de eanons, et douze cents chevaux, ce qui n'est pas santfaire penser à soi M. de Bouillon. Le roi va aujourd'hui à Amboise, et la reine à Chenoncean,où M. deVendônie la traite. Je vous envoie une lettre d u père Fronton , et cinq copies de la harangue de vos députés: tout cela m'a été baillé par M. de Valves. Adieu, monsieur; je ne suis pas en lieu de nouvelles pour vous en pouvoir dire davantage. Je suis votre plus humble et plus affectionné seiviteur.
AU MÊME
A Paris, ce 6 d'octobre 161 5.
Monsieur ,
Cène seroit jamais faîi de vous remercier. Vous avez, parles obligations précédentes, épuisé tout ce que je savois d'honnêtetés, tellement que je ne saurois plus vous rien dire de nouveau ; et de vous répéter des choses que si souvent je vous ai dites, ce seroit trop indiscrètement abuser de votre patience. J'attends le succès de l'affaire de la pension , qui dépend entièrement de M. de Valves. Il me mande que la reine m'a accordé ce que madame la princesse de Conti lui demanda pour moi , et qu'elle en avoit demandé un mémoire pour s'en souvenir. La lettre étoit du jour du mariage, en laquelle il remettoit la poursuite de l'affaire après la cérémonie : depuis je n'en ai point ouï parler. Je lui écris présente-
ment pour le prier de me mander librement ce que j^en dois espérer. Je ne suis pas bien prompt à me promettre du bien; voilà pourquoi je décrois fort aisément Topinion des bons succès, quelque apparence qu'ils aient. M. de Vulves est au lieu des nouvelles, «.ous les devez espérer de lui : pour moi, je ne vous puis rien dire de deçà, que la prise d'un petit lieu qui s'appelle Clermont, qui tenoit pour M. le Prince. M. le marécbal d'Ancre a fait ce siège, et, samedi dernier, s'en vint en cette ville, accompagné de M. le marquis de Portes , qui lui a aidé à faire cet exploit; il y a été jusqu'à liier. Le sujet de son voyage étoit de venir voir Monseigneur, et d'offrir, comme il a fait, à messieurs de Paris sa nouvelle conquête ; ce qu'il fit en la personne de M. de Liancourt, leur gouverneur, avec force belles paroles , remerciant Dieu d'avoir béni ses armes en une occasion où il y eût moyen de les servir. Mais M. de Liancourt lui répondit que c'étoit au roi que les places prises par ses lieutenants avoient accoutumé d'être remises , et qu'il en falloit attendre l'intention de sa majesté. Vous aurez peut-être su qu'un maître des comptes, nommé Lesforges, avoit été pris avec quelques autres, il y a environ trois semaines, en allant à Piquepeau, et mené à Soissons. Je viens d'apprendre de la sœur du pi'ésident de Soissons que lui et cinq autres prisonniers étoicnt revenus hier au soir, et que son frère avoit prêté son carrosse pour les ramener, sans avoir payé aucune rançon , avec cette condition, qui , si elle est véritable, est ridicule, que si le roi à son retour les jugeoit de bonne prise, ils paieroient rançon. Cet exemple fera que les chemins seront plus libres qu'ils ne sont depuis cinq ou six semaines;
DE MAIJIKRIJM. 4<^!)
rnr piiiscin'on ne piiic point de imik-oii, il n'y a plus d'upparc'iice «le [)i<'ii(lrc<l('s pi isomiidis. Tout le (litu;;(r qu'il y a, ce sera la rencontre des voleurs. J'ai bien un j)asseport fort l'avorable; mais la sûreté n'en est pas si grande qu'avec tout cela il ne reste occasion d'avoir peur. Il se faudra remettre à la garde de Dieu. Adieu, monsieur; Dieu vous tienne en sa sainte garde; et vous, s'il vous plaît, aimez-moi connue de coutume. Votre serviteur très humble et très obligé.
A Paris, ce 6 de novembre i6i5.
Monsieur ,
M. Gaillart est parti depuis deux ù trois jours, à ce que l'on m'a dit. Il y a -environ ti'ois semaines que je le fus prier de prendre de n/jideux cents écus, et les faire rendre en Provence à ma femme; mais il me dit qu'il ne le pouvoit faire. J'aurai donc recours à M. Roux, sur la confiance que vous me donnez qu'il me fera cette courtoisie. Si j'eusse su le partement de M. Gaillart, je vous eusse écrit par lui. Ce paquet ira à Bordeaux pour aller à Aix; le chemin est long, mais c'est aujourd'hui la seule commodité que j'aie. Adieu, encore un coup, monsieur; je vous baise très humblement les mains, et à M. le premier président.
J'oubliois à vous dire la mort du marquis de Resnel. Il étoit allé pour lever quelques logis aux reîtres de M. le Prince, qui étoient demeurés derrière ; mais ayant
fait donner son lieutenant en un village un peu devant qu'il donnât à Tautre, ceux qui fuyoient de ce premier lieu donnèrent Talarme aux autres, de sorte que le marquis de Kesnelles trouva à cheval , et fut tué lui et un autre des siens. Il est vrai que le corps de cet autre ne se trouve point, tellement que l'on ne sait ce qu'il est devenu. Madame la marquise de Resnel est ici, fort affligée: aussi est-ce un grand malheur que, n'y ayant eu
qu'un homme tué, le sort soit tombé sur son mari. Je
vous remercie de votre arrêt; il est comme je les aime ,
aussi est-il fait par des gens de bien.
A Paris, ce i5 de uovembre i6i5.
Monsieur ,
Vous n'avez pas souvent ,^c mes lettres, pourceque nous avons faute de commodité. J'attendois toujours la réponse de M. de Valves sur l'affaire de la pension , dont vous avez pris la peine de lui écrire, pour m'en aller en Provence ; mais je crois qu'il soit allé à Bayonne avec M. de Guise, ou que, s'il est demeuré, il n'a rien pu avancer. Quoi qu'il en soit, il faut vouloir ce que Dieu veut. Ce qui me gêne de partir est la petite affaire que j'achèverai. Dieu aidant, au premier jour; et cela fait, quelque danger qu'il y ait sur les chemins , j'en courrai la fortune , et me remettrai à ce qu'il plaira à Dieu en ordonner; car c'est un voyage à quoi je suis du tout résolu, et dont j'attends l'heure avec impatience. Puisque je n'ai point de nouvelles à vous écrire, je vous enverrai
DR maliii:rur. 471
en récompense deux ou trois pièces que vous serez bien aise de voir, encore que véritablement ce ne soit rien; mais je connois votre curiosité, et n'ayant autre moyen de vous servir, je suis bien aise de la pouvoir contenter en quelque ciiose. Je vous baise bien buniblement les mains, et suis, monsieur, votre très humble serviteur.
Monsieur,
AU MÊME
A Paris, ce 28 tle uovcmljre 161 5.
Je n'ai point été trompé de l'affaire de la pension: là où il y a un coadjuteur, il n'y a point de lieu de rien espérer. J'espère vous voir bientôt : cela et la faute de nouvelles me g^'rderont de vous entretenir plus long-temps. Je viens de voir un homme de mes amis qui a été à la poste exprès pour apprendre quelque chose; mais le maître-du-logis lui a dit que depuis le 1 4 de ce mois il n'étoit venu personne. M. le maréchal de Bois-Dauphin avoit écrit du 22 a M. le premier président que dans trois jours il contraindroit M. le Prince ou de tourner le dos ou de donner bataille; mais nous n'osons jusqu'ici dire ni l'un ni l'autre. Il y a huit ou dix jours que le sieur de Riberpré a été chassé de Corbie par un nommé Hélincourt, qui y étoit en garnison avec quatre compagnies. La raison, on ne la sait point: le bruit est qu'il avoit intelligence avec le parti contraire; je n'y vois guère d'apparence par beaucoup d'occasions, et même ce qu'il s'est retiré à Soissons l'en semble as-
sez justifier. J'ai reffardé les Centuries sur le fait du quatrain; à la seconde ligne il y a , 7nais la fin malheureuse : en la quatrième il y a bien le Phyle, comme au vôtre; mais je crois qu'il y a faute à Tun et à l'autre, et qu'il faut lire Lejihèhe. Le prince d'Espagne a nom, comme je < rois vous avoir écrit par ci-devant, Philippe-Domingue- Victor. Pour moi , depuis que j'ai vu la fausseté de la centurie qui promettoit morgue à la France , je n'ai plus cru le centuriateur : tant y a, qu'en ce quatrain il ne dit rien qui ne puisse être rejeté à une autre saison plus convenablement qu'à la nôtre. Dieu garde nos rois, et fasse tomber les malheurs du siècle sur autres têtes que sur celles qui nous sont si chères! Je vous supplie, monsieur, me tenir toujours aux bonnes grâces de M. le premier président, comme son serviteur très affectionné. Je ne doute point des vôtres, comme aussi ne crois-je pas que vous doutiez de mon affection, "ai suivi l'avi-s que vous m'avez donné de M. Gaillart, et ai baillé ce matin trois cents livres à M. Roux pour rendre à ma femme en Provence. Adieu, monsieur; j'espère que les premières nouvelles que vous aurez de moi , j'en serai moi-même le porteur. Votre serviteur tiès humble et très obligé.
A Cacn, ce 8 Je juin 1621.
Monsieur,
Il y a cinq à six jours que je reçus par votre moyen une lettre de M. d'Agitt , dont je vous remercie, et vous
m-: MAiJirjiHK. 47.'^
supplie trt'S liiiiiibleiiieiit que, me continu.int cette niéine affection , vous preniez le soin de uw faire tenir les lettres qui me viendront de Provence. Je suis honteux et fâché tout ensend)le de vous donner cette peitie; mais je vous ai déjà tant d'autres ohlijjations, que je ne [)uis douter (K- votre houue volonté. Si, après l'avoir si souvent essayée, je pou vois être assez heureux pour vous donner quelque témoiynajje de la mienne , ce me seroit une satisfaction que je tiendrois pour Tune des plus {grandes grâces que la f jrtune n;e sauroit faire. Il me souviendra de la commission que vous m'avez donnée; et croyez que s'il s'y peut rien faire, que je ferai que vous en serez content. Je n'ose vous demander des nouvelles, pourceque je suis en lieu où je ne vous saurois rendre la pareille; «nais ce seroit bien à cette heure une des principales faveurs que je saurois recevoir de vous: nous en sommes ici foit affamés, principalement en l'absence de M. le marquis de Mauny. Ne craignez point, s'il vous plaît, quand vous prendrez la peine de m'écrire, de charger les lettres de port, afai que les porteurs soient plus curieux de les rendre. Adieu, monsieur; aimez-moi toujours comme celui qui toujours est et sera votre serviteur très humble et très affectionné.
AU MÊME
A Caen, ce 17 de juin 1621.
MONSIEUH ,
Je reçus, il y a trois ou quatre jours, vos lettres, et
avec elles un paquet de Provence , que vous avez pris la peine de m'adresser; je vous en remercie très humblement, mais avec un regret extrême que je n'en puisse prendre aucune revanche : ce sera quand il plaira à Dieu m'en donner le moyen. M. le marquis de Mauny, qui est notre gouverneur , comme vous savez , m'a dit qu'il se souvient qu'en travaillant aux fossés de la citadelle d'Amiens, il s'y trouva un tombeau où il y avoit des fioles de veiTc encore toutes pleines d'eau , desquelles il croit que M. de Riberpré pourroit (^onner des nouvelles. Je vous donne cet avis pour l'opinion que j'ai que ce soit chose digne de votre curiosité. Pour ce qui se trouvera de deçà, ne doutez point que je ne tâche de satisfaire à votre désir et à la promesse que je vous ai faite; en cela, monsieur, et en toute autre occasion , vous me trouverez toujours votre serviteur très humble et très obligé.
AU MÊME
A Caen, ce 8 juillet 1621.
Monsieur ,
J'ai reçu votre paquet , et connu en votre lettre , comme je fais en toutes, le soin que vous avez de me témoigner votre affection. La fortune ne me présente ici, non plus qu'ailleurs , ni l'occasion ni le moyen de vous servir, dont j'ai un déplaisir extrême; mais au moins crois-je que vous ne doutez pas que j'attende l'un et l'autre avec beaucoup de volonté. Je fus dîner, il y a quatre ou cinq jours, à l'abbaye de Saint-Étienne , où je vis la salle des
DE MALHERBE. /j?-»
armoiries, fjiii y paroissi'iir, encore assez; je iw. m'en irai pas sans vous im [)orter nn extrait. Je re^jardai de tous côtés si l'y verrois (juelqne chose di{^ne d'être remarqué; mais le temps et la ra{;e des premiers luiyiienots ont tellement délabré ce qu'il pouvoit y avoir, qu'il n'y est rien demeuré d'entier. M. le prieur , qui prit la peine de m'accompaf;ner par-tout, me montra en deux lieux le combat de Gris et Carrou>jes: en tous deux ils sont représentés à cheval , et en l'un la fenune y est présentée debout du côté de son mari; mais tout est si effacé que cola ne se sait seulement que par ce que les religieux de temps en temps en ont ouï de leurs prédécesseurs. Les armes qui étoient aux banderoles de leurs lances y paroissent aucunement ; celles de Carrouges sont d'une maison de Carrouges qui étoit alors en ce pays, et qui y est aujourd'hui éteinte. Pour la terre de Carrouges, elle est au comte de Tillières, dont le surnom est le f^eneur, qui est ambassadeur en Angleterre. Le même prieur m'a promis de me faire voir huit ou dix Chartres qui leur sont demeurées du ravage qui fut fait en leur maison en l'année 1 662 ; quand je les aurai vues , je vous avertirai de ce qu'elles contiennent, afin que vous me mandiez celles que vous désirerez. Je vous remercie bien humblement de vos nouvelles; j'en ai fait part à M. le marquis de Mauny, notre gouverneur, qui en a été très aise, car il n'est guère plus particulièrement averti que les autres. Je n'oserois vous prier de continuer, de peur de vous trop importuner; vous m'obligerez assez si vous continuez de m'aimer, et me conservez, monsieur, en vos bonnes grâces, comme votre serviteur plus humble et plus affectionné.
Monsieur ,
AU MÊME
A Caeii , ce 6 d'août 1 G2 1 .
J'ai été bien aise du récit que vous m'avez fait en votre dernière lettre de la disposition testamentaire de feu M. du Vair; il s'en vçnd ici un petit discours, duquel je ne vous dirai autre chose sinon que ije crois que Sauj^rain en soit l'auteur. Si tiens qu'à cette heure vous ferez achever l'impression de ses œuvres; si vous le faites, souvenez-vous, s'il vous plaît, d'y mettre cette lettre qu'il ayoit éci'ite à M. de Villeroi, sur le premier refus qu'il fit de la charge de garde-des-sceaux : le cas que j'en fais est sur le témoignage que vous m'en avez donné. J'ai ouï aussi bien estimer une harangue qu'il fit au parlement de Bordeaux, au voyage que fit le roi en Béarn. Je pense que vous la trouverez en ses papiers; je vous en donne avis , afin que vous y preniez garde. Il fit aussi une Inscj'iption des faits du feu roi, qu'il m'envoya pour la faire voir, comme je fis, à sa majesté; si vous desirez l'y mettre , comme il me semble qu'il sera fort à propos, vous la pourrez avoir de notre compère Dumousthier, à qui j'en baillai une copie. Pour l'autographe, madame de Rohan, qui étoit au cabinet quand je le fis voir, me le demanda, et je ne pus pas le lui refuser. Pour la traduction dont il est question, vous savez ce que vous pouvez sur moi; mais jusqu'à ce que j'aie vu ce que c'est, et si mon style s'accommodera bien au sien, je ne vous
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en veux l'ien promettre: )\mi l'tîrai l'essai sur un livre, et vous en ferai j'i(;e. J'ai parlé à messieurs de J aljbaye (le Suint-Ltienne de leiu's ehartres; ils en ont eneore tout plein (pTils m'ont promises : en exéention de quoi , y ayant hier envoyé mon homme, ils m'envoyèrent deux eopies de deux ehartres qu'ils m'avoient montrées un jour auparavant; mais je ne les trouve pas exactement faites, et vois bien que celui qui les a écrites n'entend aucunement le latin : je les irai corri{jer sur les ori{;inaux, aussitôt que je me serai tiré d'une lettre de consolation que je me suis cru obligé d'écrire à M. le Grand sur la mort de M. de Ternies. J'eusse été bien aise de faire quelque chose pour les victoires du roi, mais je crois que son retour ne me pressera pas beaucoup; j'apprendrai, s'il vous plaît, cela de vous, et tout ce que d'ailleurs vous aurez appris de nouveau. Nous n'avons point ici d'auteur dont on fasse cas comme de vous ; la plupart des autres écrivent sans jugement. Je m'assure que le roi se sera bien mi= en colère de la prise de Bourrelon et de la hardiesse des huguenots d'avoir arrêté ses paquets. Je ne pensois pas qu'il y eut plus rien au Poitou pour ces gens-là. Si M. de La Rochefoucauld est dans le pays, c'est de la besogne pour lui : je prie Dieu qu'il nous déhvre pour une bonne fois de tous ces persécuteurs. Si cette occasion s'en perdoit, je ne pense pas qu'elle se put jamais recouvrer. J'oubliois à vous dire qu'il y a à une lieue d'ici une abbaye où l'on m'a dit qu'il y a une bibliothèque de deux cents pas de long; celui de qui je le tiens n'est pas homme de lettres, mais l'abbé est de mes amis : quand il sera de retour de Rouen et de Paris, où il est à cette heure, je Tirai voir pour apprendre ce
qui en est. Ils ont aussi force chartres anciennes, dont les copies ont été produites en un procès qu'il a contre ses religieux; je crois qu'il ne me les refusera pas : si cela est, je les vous enverrai tout aussitôt pour en faire part à M.Duchesnes, et autrement en disposer comme il vous plaira. J'ai reçu celles que vous m'avez envoyées, et les ai déjà rendues, afin de rendre ces messieurs-là plus prompts ou moins difficiles à nous faire voir le reste , comme certainement je les y vois de fort bonne volonté. Monsieur, je me recommande de tout mon cœur en vos bonnes grâces, et prie Dieu qu'il vous ait en sa très sainte garde. Votre plus humble et plus affectionné serviteur.
AU MÊME
A Caen, ce 7 août 162 1.
Monsieur ,
Vous continuez à m'obliger, comme je continuée vous être importun. Votre honnêteté excusera, s'il vous plaît, mon malheur: si ma fortune étoit capable de revanche, je ne m'amuserois pas aux remerciements, mais c'est tout ce que je puis. Je suis marri , comme je le dois, de la mort de M. de Termes ; et ce qui m'en accroît le déplaisir, c'est que je dois là-dessus une lettre de consolation à M. le Grand, et que certainement je ne sais par quel bout la commencer, pourceque, sa douleur étant telle que je la connois, il est malaisé que le soulagement s'en trouve dans les paroles. Voilà que c'est de la vanité du monde, et les raisons qu'ont les plus heureux d'y
DE MALiiiaun:. 47(j
faire aucun fondonicut. Dieu vcMiillc (\uv (.'lairac fasse rire ccux([u'ila lait plLMuer: il est protecteur des hoiuies causes, et particulièrement de celle des rois, cela m'en fait espérer le succès que désirent les f|ens de bien. L'affaire (rAruaut n»'avoit été contée en plusieurs façons, dont Tune ('-toit celle que vous m'écrivez. Je ne crois pas que la mort de M. de Termes l'ait mis hors de peine , ni qu'il ait bien fait de se retirer au parti contraire; l'événement en jugera. Je vous envoie les chartrcs que vous desirez : c'est un cahier contenant huit feuillets en parchemin. J'ai été sur le point de le faire copier, mais j'ai cru qu'il vous seroit plus agréable de cette façon. S'il vous plaît, monsieur, vous en prendrez la copie, et me le renverrez; car ces messieurs les religieux ne croient pas qu'il doive sortir d'entre mes mains. Pour le roman dç M. Barclay, vous savez couune j'estime tout ce qui vient d'un si bon auteur; mais je me doute qu'à mesure qu'on a imprimé le latin , l'imprimeur n'ait fait travailler à la traduction, tellement que je ferois inutilement ce qui aui'oit déjà été fait. Il eût fallu, ce me semble, pour bien faire, que la traduction eût été faite devant que de rien imprimer. A tout hasard , vous m'obligerez extrêmement de m'en envoyer un exemplaire, que je chérirai pour celui qui l'aura fait et pour celui de qui je le tiendrai. Adieu, monsieur; je serai, tant que je vivrai , votre serviteur très humble et très affectionné.
Je vous supplie , monsieur , faire travailler à copier ce que je vous envoie; car, comme il me souvient que M. Cambdenus vous écrivoit, îabiosula suntferè istorum hominum ingénia.
Nous avons, à quatre lieues d'ici, près de Saint-Ai gnan-le-Malherbe , une cha|3e]le cjui s'appelle la chapelle du Corps nu. L'on dit que c'est pour la satisfaction d'un homme que le duc Guillaume fit écorcher; et là-dessus il se dit des choses fabuleuses. L'on m'a dit qu'en l'abbaye du Plessis, dont elle dépend, j'en pourrois savoir des nouvelles; je fais compte de m'y en aller dans un mois , Dieu aidant, et d'en savoir tout ce qui s'en pourra savoir, dont je vous donnerai avis tout aussitôt.
AU MEME , A PARIS
A Caen, ce 17 d'août 1621.
Monsieur ,
Je vous crie merci de vous avoir écrit sans date : ce n'est pas ma coutume; une autre fois je serai plus considéré. Je suis fort satisfait des raisons que vous m'avez apportées sur la difficulté que je vous avois faite. Aussitôt que je serai hors de la besogne que j'ai entreprise, j'y mettrai la main sans interraission -.je le vous ai promis, je le vous promets encore. Depuis ma dernière lettre, ces religieux de Saint-Étienne m'ont baillé une bulle du pape Ilonorius, que je vous envoie : vous jugerez si c'est chose qui vaille, j'ai bien peur que non; mais de quoi reconnoîtrois-je tant de peines que je vous donne ordinairement ? L'abbé dont je vous avois parlé est de retour de Paris; je me suis informé de la bibliothèque de son abbaye, dont un malhabile homme m'avoit tant fait de cas; mais il m'a dit que ce n'est du tout rien, qu'il n'y a
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pas un seul uiauuscrit, vi (juc ce sont tous livres achetés depuis quiu/(; ou viu{;t iuis. Je vous reuieii ie frès InunbliMueut (le vos uoiivelles. Je dîuui hier au cliâliiaii, oii je les Hs voir à M. le marquis de Mauny, qui eu etoit aussi affamé que moi. Je crus aisément, et lui aussi, cell' du nouveau superintendant des finances; remploi que Ton avoit fait de M. le couiK; de Schond)er{>, me Tavoit fait soupçonner il y a lou({-temps. Mais pour une autre que Ton nous a dite, et qui a été écrite de Paris à une dame de ce pays, qui est que M. de Mont, conseiller en votre parlement, étoit {jarde-des-sceaux, je ne le crois pas si aisément : c'est une charge oii la probité ne suffit pas; et d'ailleurs j'estime ce bon-homme si peu touché des vanités, qu'on lui feroit déplaisir de le tirer du repos où il est pour l'attacher au tumulte de la cour. Le passager et le pilote sont tous deux en même vais-!', seau, mais ce n'est pas pourtant une môme chose. Adieu, monsieur; je ne sais plus que vous dire, sinon vous prier de m'aimer toujours, et me tenir pour votre très hujnble et très affectic mé serviteur.
J'espère être dans quinze jours ou trois semaines jà Paris, où, suivant la disposition où j'y trouverai les affaires , je pourrai bien me résoudre à vous accompagner en Provence.
AU MÊME
Monsieur ,
Le même jour que je reçus votre lettre, mon'.eur notre {gouverneur en reçut tout plein de ses amis qui sont en Tarmée; mais et lui et tous ceux qui les ouïrent lire confessèrent que vous méritiez le prix à écrire des nouvelles judicieusement et véritablement. Ce qui nous les rendit plus agréables fut qu'on nous citoit ici des merveilles d'une armée imaginaire de M. de Bouillon , qui menaçoit toute la Normandie, et particulièrement Rouen, Caen, Dieppe et le Havre, Dieu veuille continuer au roi les prospérités qu'il lui a données jusqu'à cette lieure ! \":s brouillons , ni les brouilleries, de quelque part qu'ils viennent , ne nous feront pas grande peur. J'ai reçu , avec votre lettre, le livre de M. Barclay; je vous tiendrai la promesse que je vous ai faite : ce n'est pas que je l'aie encore vu, mais je défère assez à A^tre jugement pour en croire tout le bien que vous en dites. Il est vrai que j'ai dès le commencement cboppé à ce qu'il dit que lorsque ce jeune homme fut jeté sur le bord de la mer en Sicile, l'empire romain n'étoit pas encore en sa grandeur. Je ne vois jias que s'il a voulu désigner le temps où cela se fit , il n'en ait dû désigner un temps plus particulier. Je vous dis cela sommairement : vous l'examinerez tout à loisir, et lui ferez, si vous le trouvez bon, cette difficulté pour la lui faire expliquer, ou bien y remédier tout-à-fait, ce que je crois qui seroit le plus 3 propos; car je ne vois raison du monde capable d'ex-
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Ciisor i:(îtto t'iTriiroii |)liitôt iriadvertaïuo : le iiiiciix que j'y vois, c'est cm'il est hicii aisé (l(> la rliabillcr. (pliant aux viTs (jii(> vous uTavc/ envoyés, ceux de M. (Iiotiiis me plairoient bien, si les deux premiers étoient raccomujodés; mais ce sens-là n\>st pas en sa place, il le l'allfjit mettre après avoir parlé de M. du Vair ; et d'ailltMU's je ne trouve pas bien grande élégance à moderari arbitrium reyni: toutefois à vous, docte. Je fais encore quelque scrupule en sa conclusion, où le mot pour rire entfeny vilatn et ferre ;no/'fe/u; je sais bien ce que c\îst que ferre niorlem fortiter , ou œquo animo; imah ferre vilain , je confesse que je ne sais que c'est. Les vers de M. liertius me semblent d'un bon sens et bien raisonnes; je ne puis parler que de cela : en ce qui est du style poétique, je m'en remets aux gens du métier. Quant aux vers françois, l'auteur est mon ami parfaitement, mais certainement il n'y a rien de poétique, ni aux conceptions, ni aux paroles. Lu bon ami, qui eût mieux aimé la vérité que la complaisance, lui eilt beaucoup servi, pourvu qu'il l'eût voulu croire. Je trouve la barangue de M. Molinier bien bonne, au moins en ce que j'en ai lu; je la lirai toute avec plus de loisir, et vous en dirai mon opinion. Pour la lettre de consolation , son auteur est galant liomme; mais , tnter strepitiis a7inorum,les pauvres muses ne sont pas en leur élément : il faut considérer les circonstances pour excuser les défauts, s'il y en a; de quoi je me rapporte à vous. Je suis ici sur le point de quelque acheminement à mes affaires, de sorte que, si vous ne partez bien précipitamment, je pourrai bien avoir l'honneur de m'en retourner avec vous, car on nie promet que dans un mois la chose sera résolue. Pour les chai-
très, je vous ai promis d'y vaquer aussitôt que je serai hors de ma consolation; mais vous savez ma paresse et mon humeur hhertine, je tiens qu'assez tôt c'est assez Lien. Je fus hier ouïr messe aux Jacobins, où je vis l'inscription que je vous envoie : je ne sais si elle pourra être utile à quelque chose; mais si je, ne vous sers, au moins vcux-je que vous connoissiez que j'ai envie de vous servir. Je prie Dieu, monsieur, qu'il m'en donne le moyen et l'occasion, atin que vous ayez sujet de continuer à m'aimer et à me tenir pour votre serviteur très humble et très affectionné.
On m'a parlé ici d'une inscription que feu M. du Vair s'est faite lui-même : si cela est, je vous supplie, monsieur, que je l'aie de votre main. Si j'eusse eu un chiffre avec vous, je vous eusse écrit quelque chose qui n'est pas de grande importance, mais que vous serez bien aise de savoir: ce sera pour notre première vue. Dieu aidant. Monsieur, sur la nouvelle que vous m'avez donnée, j'ai écrit ce mot à M. df^.Dardamé; je vous supplie très humblement le lui faire tenir.
AU MÊME
A Caen, ce i*"" d'octobre 162 1.
Monsieur ,
Devant la réception de votre lettre du 22 du passé , nous avions la malheureuse nouvelle de la mort de M. du Maine; mais on différoit de la croire jusqu'à ce
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que vous roussiez é< riti-. INmr moi, <|ni voyois tous les sujets du nioucletlerappit'IuMid» r, pour les hasards où il se pré<i[)itoit, il i.iut que je dise iiii ousidcréuieut , je la crus tout aussitôt qu'elle jue lut dite. Voici ccrt(;s une très mauvaise année : Dieu veuille que celle qui vient nous soit meilleure ! Si M. d'Angouleme a le gouvernement de Guienne, je crois que votre vertu ne trouvera pas moins de recommandation envers lui qu'envei î M. du Maine. L'intendant de sa maison , nommé M. de Crosilles, est parent d'un gentilhomme qui est le mien, et peut-être seroit-il le mien si j'avois fouillé bien avant dans nos généalogies : les prières qui lui seront faites de cette part-là pourront encore ajouter quelque chose à la faveur que votre maître aura de lui-même. Je plains le pauvre M. Barclay, et encore plus que lui le siècle qui a perdu un si galant hommt Nous ne manquons point d'exemples de la fragilité humame; mais je ne mets pas celui-ci entre les ordinaires : tant y a que nous sommes tous mortels; ce qui échappe cette année est réservé pour quelqu'une de celles qui viennent après. Il faut , tant que nous pouvons , détacher nos affections du monde , pour avoir moins de regret d'en partir quand nous serons appelés; je n'y vois point d'autre remède. Je pensois être à Paris dans huit ou dix jours; mais je suis encore accroché ici, à mon avis, jusqu'au 20 ou 26. J'écris encore un petit mot à ma femme, que vous lui ferez tenir s'il vous plaît. Je ne doute point que vous n'ayez été étonné de lire ce que je vous écrivis : mais qu'y . feriez-vous? qui ne sait dissimuler ne sait pas régner ou plutôt ne sait pas vivre. C'est un art bien fâcheux à ceux qui ont du courage, mais nécessaiie à tout le
monde, .raltends ici le retour du prieur de l'abbaye de Saint-Etienne pour faire prendre les armoiries de son abbaye; je crois que ce sera dans sept ou huit jours : cela fait, je les ferai extraire, et les vous porterai moi-même, Dieu aidant, avec quelque autre pièce si je la recouvre. Adieu, monsieur; je me reconnnande de tout mon cœur à vos bonnes grâces , et vous supplie de me continuer loujours le même honneur de votre bienveillance , comme je continuerai la même affection de votre très humble et très affectionné serviteur.
AU MÊME
A f len, ce jeudi i4 d'octobre 1621.
Monsieur ,
Si vous avez été quelque temps sans avoir de mes lettres, n en imaginez point, s'il vous plaît, d'autre cause que la faute des messagers. Je reçus hier vos dernières, du 9 de ce mois , et avec elles toutes les nouvelles dont vous avez pris la peine de me faire part; je les ai aujourd'hui fait voir à M. le marquis de Mauny, qui s'informoit tous les jours si j'en avois point reçu, et soupçonnoit ou que vous étiez hors de Paris ou que vous étiez malade, pourceque j'avois été quelque temps plus que de coutume sans en recevoir. Il avoit reçu des lettres , il y a deux jours, de M. Ruscellai; mais il lui en mandoit beaucoup moins que vous à moi. Il lui envoyoit aussi son livret; ce qui me fait croire "ce que vous m'avez écrit, qu'il en étoit l'auteur. Je vois bien que le siège de Mon-
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taubaii sera plus lonj; <|iu' Ton ne Tavoit pensé; car ni CM! st's Icttii's ni aux YÔtrt'S je ne vois point, qu'il se soit (ait aucun proj|rès de notre côté. Dieu continuera s'il lui plaît ses bénédictions sur le roi et sur se» armes, et nous donnera le même succès de cette entreprise qu'il a fait des autres. C(>la étant , il ne faut pas avoir peur de tiers parti ; mais, attendant que cela soit, je ne doute point que les brouillons ne vivent on quelque espérance de renouveler les desseins que tant de fois ils ont tentés inutilement. Nous n'avons point vu ici M. de ÎSevers. M. de Longueville est venu à Alençon pour y éteindre quelque feu qui sembloit s'y vouloir allumer. M. de Matignon y est venu aussi de son côté; mais, grâce à Dieu, ils ont trouvé la besogne bien avancée. Je ne doute point que vous n'ayez eu votre part des faux bruits que nous avons eus ici; j'en fais la conjecture par les bourdes que l'on nous a contées sur ce sujet, et crois qu'en étant plus éloignés que nous ne sommes, on a été plus hardi à vous dire des mensonges. On nous a tantôt dit qu'il y avoit deux mille hommes , tantôt huit cents ; cliacun se dépechoit d'en conter selon sa peur ou selon son désir. On y envoya de cette ville un espion, qui rapporta qu'ils pouvoient être cent cinquante ou environ , et que leur retraite étoit en une forêt nommée la forêt d'Andeine , assez près d'Alençon, et s'enalloient vivre par troupes dans les lieux circonvoisins ; mais qu'ils se promettoient bien d'être en peu de jours un beaucoup plus grand nombre, et qu'ils avoient dessein sur Falaise, Argentan, Domfront, et Alençon. Je ne sais certes à quelle fin , et ne vois point qu'ils puissent faire autre chose que voler et piller le plat pays. Le gouverneur d' Alençon fut le premier à eux, à ce que
Ton dit, en tua quelque dix ou douze, et en prit bien autant. Ce qui leur a donné échec et mat a été la mort d'un nommé Montchrétien, qui étoit le directeur de toute cette affaire, et alloit deçà delà par le moyen des huguenots , s'assurant d'hommes et d'argent pour dresser son armée imaginaire. Après qu'il eut bien rôdé par ces quartiers-là, enfin il vint , il y a aujourd'hui huit jours , sur les huit heures du soir, accompagné de six autres gens de même qualité, à une hôtellerie d'un lieu nommé les Tourailles, qui esta douze lieues d'ici. Aussitôt l'avis en fut donné au seigneur du lieu, auquel appartenoit l'hôtellerie; il s'y en vint à l'instant avec quinze ou vingt mousquetaires. Montchrétien et ses compagnons se défendirent si bien qu'ils tuèrent les trois premiers qui se présentèrent à la porte de sa chambre, entre lesquels étoit un gentilhomme nommé Lescarde, de cette ville, fils unique de la maison , et riche d»' cinq ou six mille livres de rente , qui fut apporté ici, où il fut inhumé hier au matin. Au pied de la montée il se trouva un vieux gentilhomme qui tira un coup de pistolet à Montchrétien, et le tua ; il y eut aussi un valet de Montchrétien blessé d'un coup de carabine au genou, dont il tomba et fut fait prisonnier : les autres cinq échappèrent par une fenêtre. On dit qu'on en a trouvé un mort à une lieue de là. Montchrétien a été ou sera mis sur la roue, tout mort qu'il est. lie mal de tout ceci est que celui qui avoit ses mémoires, nommé Rochefontaine , qui avoit été gendarme du comte Maurice, s'est sauvé , et n'a-t-on trouvé sur Montchrétien autre chose qu'un billet qui étoit dans son cordon , oiÀ il y avoit seulement écrit en chiffres sept mille sept cent soixante et dix-neuf; mais de savoir
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ce que cela vouloit dire, il n'y a moyen : son valet même ne le sait pas, ou ne Ta pas voulu dire. Voilà la fin de Montchrétien. Vous le pouvez avoir vu à la suite du conseil. Il y a, ce me semble, deux ou trois ans, il a foit un livre de tragédies en vers François; je crois que c'étoit ce qui lui avoit donné sujet de me venir voir deux ou trois fois. Il étoit homme d'esprit et de courajje , dont il avoit fait preuve en d'autres occasions qu'en celle-ci. Je me trompe ou il donna en ce même temps-là un livre in-4° de sa façon, asiez gros, à M. le garde-d es-sceaux, et me semble que le sujet de son livre étoit du commerce , ou de quelque chose pareille. Il étoit fils d'un apothicaire de Falaise, et dit-on que le nom de sa maison étoit Mauchrétien ; mais pourcequ'il ne lui plaisoit pas, il Favoit changé en Montchrétien. Les Tourailles s'appelle en son surnom Turgot, et est des ordinaires du roi, neveu d'un maître des requêtes, que vous pouvez avoir vu, nommé |Saint-Clair. Voilà l'histoire de Montchrétien, que je vous ai dite assez au long, pourceque je me doute bien que, selon la coutume, on vous aura conté des chimères là-dessus : tant y a que par sa mort nous croyons être en repos en Normandie. De toutes les apparences de brouilleries , la plus forte est, à mon avis, le déménagement de madame la Princesse; mais je vois si peu de circonstances pour fortifier le soupçon que l'on peut avoir de ce côté-là, que j'aime mieux croire que M. le Prince, voyant que le roi espère ne revenir pas de cet hiver à Paris, et n'y voulant pas demeurer en son absence, a mandé madame sa femme et ses enfants, pour vivre, ou à Châteauroux , ou ailleurs , en bon père de famille. Pour le retour de M. de Guise en Pro-
vence , je n'en sais que dire; et ce qui me trouble le plus , c'est qu'il me semble qu'on ne parle plus de l'armée navale, dont il devoit avoir la charge: Dieu donne aux bonnes intentions du roi de bons événements! Montauban pris, je ne crois pas que nous ayons plus rien à craindre. Bonsoir, monsieur; c'est trop d'importunités : excusez-m'en, s'il vous plaît, et me tenez pour votre très humble et très affectionné serviteur.
Monsieur ,
AU MÊME
A Caen , ce 2 de novembre 1 62 1 .
Il n'est pas de nos messagers comme de ceux des autres universités, qui ont leurs journées réglées : les nôtres n'ont ni gages ni privilèges, et par conséquent ils font leurs voyages quand bon leur semble; mais pour cela ils ne laissent pas d'être souvent à Paris, et sans un malheur extraordinaire il est malaisé qu'on aille diU fer à cheval, sans y en trouver quelqu'un. Je suis très marri de la peine que cela vous a donnée, comme je vous suis très obligé du soin que vous y avez apporté. Je n'ai rien à vous dire en revanche de vos nouvelles, sinon que lundi 35 du passé furent amenés en cette ville sept des camarades de Montchrétien , desquels son valet étoit l'un; le principal de tous étoit un nommé Lesventes, que Ton dit avoir evi quelque part en ses conseils; les autres étoient gens de peu, et presque tous parents de Montchrétien. Le lendemain ils furent menés parle pre-
DE MAIJIKUHE. /(f)'
Vot h Rouen, où, si les l'êtes ne leur ont alongé la vie, je crois qu'ils sont déjà pendus. On leur a trouvé, à ce que Ton dit , quelques commissions pour lever des hommes. Je vous en envoie une copie, que je crois que vous serez bien aise de voir, sinon (|ne vous Tayez déjà vue. Les médailles que vous donne M. de Saint-Clair sont entre mes mains; mais je n'ai pas voulu les mettre dans ce paquet, de peur que Topinion que Ton auroit que ce fût quel/^ue chos'; de meilleur leur fît courir fortune, j'e les vous porterai moi-même, Dieu aidant, dans dix ou douze jours; cependant je vous en ai voulu donner cet avis, afin que si vous le voyez, vous lui en fassiez le remerciement. Je n'oserois donner un hardi jugement en choses où je me connois si peu, mais certainement je ne crois pas que ce soit rien de bien rare. L'une est un Hadrian , qui a pour son revers une femme , avec ce mot Jîdes et un autre qui est effacé. Les deux autres sont de même grandeur et de même nature que nos doubles de cuivre ; il me semble que j'y ai lu Constantinus. Outre cela il y a une quatrième pièce , comme une tête de clou de cuivre, de la grandeur d'une médaille ordinaire, où il y a un aigle qui a les ailes ouvertes , que je n'estime du tout rien: mais à vous, docte. Je me suis informé de l'affaire du sieur de Heudreville; tout ce que j'ai pu apprendre, c'est qu'il y a en cette province deux gentilshommes qui portent ce nom , l'un auprès d'Argentan , et l'autre au quartier de Rouen. S'il vous plaît, vous m'avertirez lequel c'est ; et, devant que je parte , je donnerai ordre de trouver quelqu'un qui soit assez son ami pour obtenir quelque chose de lui, afin que vous connoissiez en cela, comme par-tout ailleurs, que si je ne me re-
vanche des obli{jation.s que je vous ai , je ne laisse pas de les ressentir (-onime je dois. J'ai reçu le paquet de Provence, dont je vous rends mille grâces, et vous offre toutes sortes de services pour tant de peines que je continue à vous donner. J'ai recouvré ici un manuscrit de quelques mémoires fort particuliers de l'état de la France après la bataille de Saint-Quentin, qui commence au siège de Calais, et finit à celui de Tbionville; mais ce n'est qu'un fragment :^e crois que vous le jugerez fait de la main d'un babile bomme , et qui éttit dans les affaires, et désirerez comme moi qu'il fut plus long et plus entier; tel qu'il est, vous le verrez et en disposerez comme bon vous semblera. Adieu, monsieur; je vous baise bien bumblement les mains, et vous prie de me tenir toujours en vos bonnes grâces, comme votre très bumble et très obligé serviteur.
Je n'ai rien des galères de Provence; cela me fait croire qu'elles sont encore à Marseille.
AU MÊME
A Caen , ce 5 de novembre 1621.
Monsieur
Il y a trois ou quatre jours que j'avois fermé ce paquet; mais le messager n'étant pas parti sitôt que j'espérois, et ayant aujourd'hui reçu une seconde lettre de vous, il me l'a fallu rouvrir pour retoucher la date de ma première , et vous faire une seconde réponse. Voici
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cerlaiiietiu'nt wuo aiiiM'c fum-ste t'ii tontos façons : je plains {jraudt'iiient la mort de tant d'honnêtes hommes; mais, comme nous sommes phis sensibles en ce qui est de notre intrrêt, j'ai en un déplaisir particulier de la mort du pauvre TNJ. (rAndilly. Dieu, qui nous envoie ces sujets de douleur, nous en donnera, s'il lui plaît, un de joie en la prise de ce malheureux Montauban. On nous en donne ici bonne espérance; mais jusqu'à ce que j'en voie quelque chose dans vos lettres, je suspendrai mon approbation a tout ce que j'en ouïs dire. J'ai prié un de mes amis de travailler à l'affaire de Heudreville; il m'a dit qu'il y a déjà envoyé, et que dans peu de jours il m'en saura dire des nouvelles. Ne doutez pas, s'il vous plaît, monsieur, qu'en cela et en toute autre occasion je ne cherche de vous faire paroître que je suis votre très humble et très affectionné serviteur.
AU MÊME
A Caen . ce 12 de novembre 1621.
Monsieur ,
Vous aurez vu , par la date de la dernière lettre que je vous ai écrite, que je n'ai pas été négligent, mais que celui qui la devoit porter n'est pas parti sitôt comme il me l'avoit promis. Je suis véritablement paresseux, mais non pas jusque-là que je me souvienne si mal de ce que je dois à mes amis, et à vous principalement, qui me donnez tous les jours quelque nouveau sujet de me reconnoître votre obligé. Je me suis réjoui de la venue de
la reine mère de sa majesté, mais je crois que les Parisiens s'en sont encore plus réjouis, pour le lon{^ chômage de leurs chambres, qui ne cessera pas en cette occasion, mais leur fera, par ce commencement, espérer le retour du reste de la cour. Pour les deux opinions que l'on a de ce que deviendra Tarchevêché de Sens, je suis pour M. de Ruscellai, et ne crois pas que M. le cardinal de Retz, s'il entreprenoit d'ôter à Sens le titre d'archevêché, et le transporter à Paris, il fût assez fort pour vaincre les oppositions qu'il y aura; cela seroit un ouvrage de favori, et je ne crois pas qu'il le soit assez pour cela, même ayant en tête un homme qui est très bien , et , s'il se peut dire, mieux que lui. Nous en verrons l'événement; ce n'est pas chose dont je sois beaucoup en peine, je la mets entre les indifférentes. Je suis bien plus travaillé du siège de Montauban, que je ne vois pas aller du pied que je voudrois. Je ne doute pas que l'on n'y fasse ce que l'on peut, mais il y faut du temps. Le meilleur que j'y voie pour le succès de cette affaire , c'est que le roi s'opiniâtre; et certainement s'il la laissoit imparfaite, ce seroit renoncer à être jamais absolu en son royaume : Dieu lui en donnera , s'il lui plaît , meilleure issue. Il vient d'arriver ici présentement un petit discours de la prise de Ville-Bourbon; mais, pourceque je ne le verrai jusqu'à demain au matin, après le partement de ce messager, je n'ai pas voulu différer à vous écrire pour une chose que je ne vois pas qui soit vraisemblable : quand cela sera vrai, la chose vaut bien que le roi envoie un courrier exprès; il l'a fait pour de moins importantes. On fait ici un bruit du comte de Suze , les autres disent de La Suze, qui a été arrêté en Dauphiné, allant faire
DE MALIIFRIŒ. ^g'-^
qiu'lf[iies levées pour les liii(|;iu'nots en All('ma{jr»e ; j'en suibi en peine, et d'une nouvelle qu'on m'a dite, qu'à Berjjerae les habitants ont fait entrer cinq à six cents soldats habillés en paysans, pour se révolter, et qu'il y en a eu un bon noinl)re de pendus. Je suspens ma créance jusqu'à ce que j'aie de vos nouvelles. A ce soir, quand cette nouvelle est venue de la prise de Ville- Bourbon, tout le monde a envoyé savoir si vous me l'aviez écrite; quand je leur ai dit que non, cette joie s'est refroidie, et ne prend-on cet avis que pour une billevesée. Il est allé un de mes amis vers Argentan , où se tient un des Heudreville; il m'a promis de s'en informer avec soin, et m'en rapporter la vérité. Si c'est le Heudreville de Rouen, il faudra trouver quelque autre voie. Il passa, il y a trois ou quatre jours, par cette ville un conseiller d'Église du parlement de Rouen , nommé Desroches, lequel, s'étant trouvé sur les lieux du temps de la prise de Montchrétien , en a informé. Il a laissé ici à quelqu'un de ses amis un mémoire dont je vous envoie la copie; mais je crois, ou qu'il n'a pas tout découvert, ou qu'il n'y a pas mis tout ce qu'il sait : mais les prisonniers qui sont entre les mains de la cour diront le reste. Voilà, monsieur, tout ce que je sais. Je pense être sur la fin de ce mois à Paris, où je vous délivrerai de ces importunités; mais jusqu'à ce temps-là je vous prie ne vous lasser point d'obliger avec moi une infinité d honnêtes gens, qui ne veulent rien croire si vous ne l'écrivez. Le premier qui partira vous portera deux chartres de l'abbaye de la Trinité de cette ville : peut-être les avez-vous déjà ; mais il vaut mieux les avoir deux fois que de ne les avoir point. Je vous supplie que je sache par votre première ce que
sont devenues nos galères , et ce qui est de la peste de Provence, et si le chemin du Dauphiné est toujours dangereux. Adieu, monsieur : voilà tiop de paroles; mais excusez la liberté de votre serviteur très humble et très affectionné.
Monsieur,
AU MÊME
ACaen, ce i3 de novembre 1621.
Le messager à qui j'avois baillé mon paquet n'étant pas parti sitôt comme il m'avoit promis, j'ai eu loisir d'y ajouter le discours dont je vous avois fait mention : c'est à mon goût une pièce fort impertinente, et qui me fait juger qu'à Toulouse les Colomier n'en savent pas davantage que les Saugrain à Paris. J'attends votre réponse pour en croire ce que vous m'en manderez; aussitôt que je l'aurai , je partirai pour m'en aller vous trouver. Vous me ferez , s'il vous plaît, l'honneur de recevoir ces deux malles que j'ai adressées chez vous, et les ferez retirer en quelque coin de votre garde-robe, jusqu'à ce que je sois à Paris. Je ne saurois jamais vous rendre tant de services que je vous fais d'importunités ; mais autant que cette considération me rend honteux, autant me donne de hardiesse la connoissance que j ai de votre courtoisie. S'il plaît à Dieu, je vous porterai des nouvelles de Heudreville ; un de mes amis , qui est allé en ces quartiers-là, m'a promis de s'en informer curieusement : c'est un homme capable de le faire; cela ui'en fait
DE MALllKltBE. >'^7
bien espérer. Adieu, monsieur; je vous baise très bumblenient les mains , attendant Fbonneur d'être avec vous : je le soubaite impatiemment, mais ce ne peut être que je ne sacbe Tarrivée de mes maUes à Paris. Si vous avez appris quelque cbose de te IJeaul'ort que vous m'aviez mandé avoir"*été condamné à mort par le conseil de guerre, vous me tirerez, s'il vous plaît, de la peur où j'en suis. Votre serviteur très bumble et très affectionné.