AU PARLEMENT DE PROVENCE
,.Du 2 septembre 1607.
Monsieur ,.
Mes lettres ne sauroient avoir meilleure recommandation que les nouvelles : voilà pourquoi, quand je n'en ai point, je suis assez paresseux à vous écrii'e; car de vous prier de m'aimer, je sais bien que vous le faites , et sais bien aussi que vous me faites cette faveur de croire de mon affection tout ce que mes pcu-oles vous en sauroient représenter. J'écris à M. le premier président peut-être quelque chose qui ne sera pas ici; vous l'apprendrez de lui. Madame la comtesse de Saut s'en va en Provence , pleine de larmes ; elle ramène madame la marquise de Montlors à son marquisat. Il faut avouer qu'une bonne cause est bien entre ses mains. M. de Montespan a de rechef gagné sa cause contre MM. de Rosmefort. H y a dix à douze jours que l'on pendit un fils d'un médecin
de noisffenry, pour avoir voulu tuerie président Forgot. Cette nouvelle est vieille, voilà poiuquoi je ne vous en dis rien de particulier. J'ai encore de votre argent : mandez-moi si vous voulez encore de Tor ou des rabats. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains , et vous supplie que j'aie toujours en votre amitié le prix que mérite celui qui est à jamais votre très humble et affectionné serviteur.
Messeigneurs le dauphin et d'Orléans sont à Noisyf le roi les va voir demain. M. d'Orléans fut pris hier la nuit d'une petite fièvre ; Ton tient que ce ne sera rien. La femme qui bailloit le lait pour sa bouillie est morte de peste à Saint-Germain. Madame la marquise de Verneuii s'en est retournée à Verneuii : elle attendit le roi en cette ville ; il la fut voir une fois. Portant , cet Espagnol qui avoit été en peine avtj elle, a eu commandement de s'en aller dans dix jours hors du royaume , pourceque le roi a cru qu'il traitoit quelque chose avec l'ambassadeur d'Espagne. Il part aujourd'hui à deux heures, pourcequ'il n'a plus que huit jours; il m'a fait voir son passeport, qui est d'hier i"^» de ce mois. Madame la comtesse de Moret est bien avec le roi ; mais depuis trois jours on lui a ôté un jeune homme qui étoit son domestique , nommé Gillot; il avoit été au comte de Gramont. On a aussi défendu de la voir à un gentilhomme breton, qui la hantoit fort , nommé Grandbois ; il est proche parent de M. le Grand. Les inimitiés du sieur don Joan et du sieur Conchini ne se réconcilient point. Il y a un nommé Jean- Paul Guerre en prison , pour être soupçonné d'avoir voulu tuerie sieur Conchini. L'écuyer du sieur don Gio-
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nan , l'allant visiter en prison , y a été retenu sur ce qu'il offrit vin{>t écus au geôlier pour le laisser parler à lui. Il y a un jeune homme qui vint à Monceaux trouver le roi pour le supplier que par son moyen il fût rétabli en la société de Jésus , de laquelle, après y avoir été quatre ans, il a été banni pour avoir falsifié la signature de son général: tmt cela n'est rien , mais ce qui en a fait très grand bruit, c'est qu'il dit qu'il est fils du roi et d'une demoiselle de Bearn , qui le fit porter en la frontière d'Espagne tout aussitôt qu'il fut né ; le roi ne se souvient point d'avoir jamais vu cette demoiselle. Cet homme est fin, souple, âgé d'environ vingt-sept à vingt-huit ans, la barbe et les cheveux noirs, \e front fort délié; il fut dès l'heure mis entre les mains du grand prévôt. Je ne sais s'il y est encore , car on n'en parle plus. Les financiers ont fait leur paix. Le sieur don Joan fait parler du mariage de la comtesse de Chemilly;
AU MÊME, A AIX
Paris , ce 24 septembre 1 607.
Monsieur,
Je suis à demi en colère contre vous. Vous ne me sauriez mieux offenser que de me faire croire que vous m'avez oublié; par-dessus vous n'aurez point de nouvelles. Si vous en voulez savoir , M. de Caldagnons, qui est porteur de cette lettre , vous dira ce que nous en avons ; il n'y a rien de plus frais que la mort de M. de Meslé. Nous avons ici des dyssenteries , mais nous sommes pires que le mal.
DE MAI^IIERRIv 4f
La rj'inc a rii , durant iiiir semaine, \in flux de ventre , et ne s'est laissé voira (|iii (jne ( <• soit (jiiejusqu'à hier, que les princesses la virent. Je nie repens de vous en avoir tant (lit ; nuiisje ne suis pas si marri conunej'cn fais le semblant. Puisque vous ne lue voulez mander à quoi vous voulez que j'emploie le reste de votre argent, je vous enverrai des aiguillettes par le sergent Louis. M. du Perrier triomphe de gouverner le roi ; vous l'aurez bientôt en Provence, et moi, quand Dieu voudra; partant, monsieur, je suis votre très affectionné serviteur.
Paris, ce 12 novembre 1607.
Monsieur,
Si vous avez été quelque temps sans m'écrire , vous m'en avez bien payé l'usure. Je n'en ferai pas de même, non faute d'affection , mais pour n'avoir guère de matières dont vous prenez plaisir d'être entretenu. La cour est depuis un mois à Fontainebleau , et nous à Paris , Dieu merci. On parle diversement du retour du roi par-deçà; toutefois je pense qu'il ne reviendra pas que nous ne soyons près des fêtes : ses exercices sont le jeu et la chasse. M. le connétable y est arrivé, à ce que je viens d'apprendre. Il y a eu trois à quatre maisons fermées à Saint-Non, à cause de la peste , de sorte qu'on a fait déloger la musique du roi qui y étoit, et les maçons qui travaillent au canal ont été mis à la héronnière. Tout est sain en cette ville , hormis je ne sais quelle petite-
vérole qui nous a fait mourir trois ou quatre personnes seulement, dont Pardillon , autrement nommé Panjas, est un , et une belle jeune demoiselle nommée La Patrière est l'autre , le fils du capitaine Gasf;ny est le troisième. Il y en a eu tout plein de malades ; mais tout est guéri. Le flux de sang a eu aussi quelque cours , toutefois avec peu de dommages. M. de Bressure en a cuidé mourir, et est encore au lit, mais hors de danger, grâce à Dieu. Pour les affaires de Flandre , on y^tient la paix faite ; mais il n y a rien d'assuré. Madame la marquise de Verneuil est en cette ville , qui , depuis peu de jours, a reçu de notables gratifications du roi , et entre autres une pension pour M. de Gyé son frère , de dix mille écus , à ce que l'on dit : je le crois malaisément; mais quoi qu'il en soit, il faut qu'elle soit bonne , car il s'en est allé remercier le roi d'Angleterre de celle qu'il lui donnoit , et la lui remettre. M. de Sully est en faveur plus que jamais , et dit-on que si M. le connétable mouroit , il seroit pour avoir sa charge. J'ai été long-temps sans vouloir, non pas croire, mais ouïr cette nouvelle; mais quand je l'ai out dire à des personnes qui vont au cabinet , j'ai cru qu'il n'y avoit rien qui ne se pût faire. On parle de sa catholisation : les siens disent qu'il n'y pense pas ; mais s'il pense à l'un, je crois qu'il pense à l'autre. Vous ferez , s'il vous plaît , part de ces nouvelles à M. le premier président, et le prierez que pour ce coup il excuse ma paresse et des méditations que j'ai qui m'empêchent la liberté de l'esprit. J'ai reçu les vers de M. Barclay , dont je vous remercie d'autant plus, que vous avez si longtemps gardé la mémoire de la prière que je vous en avois faite. Devant que j'eusse reçu votre lettre , j'avois em-
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j)loy(' Ir reste de votre arjjeni ;"i deux douzaines d'aiguillettes; je les vous envoie, croyant qu'elles ne vous seront pas désa{jréables; je vous envoie aussi les Muses ralliées, et une douzaine de manchettes, comme vous m'avez écrit. J'embrasse toutes occasions de vous servir; mais je regrette qu'il ne s'en offre de plus importantes, pour vous donner meilleur témoignage de l'affection que j'en ai. Ce sera quand il vous plaira me commander; ce que j'attends comme votie plus humble et plus affectionné serviteur.
J'oubliois à vous dire que le sieur du Mousthier est si content de vous, qu'il n'est pas possible de plus : il vous eiU envoyé le portrait de M. le premier président , et à M. du Perrier celui de M. le cardinal du Perron ; mais il attend que le mien soit achevé , ce qui sera , Dieu aidant, cette semaine prochaine. Pour les deux autres, je vous réponds qu'ils sont faits , car il me les a apportés à voir ; mais , pourcequ'il dit qu'ils se gâteroient d'être roulés , et qu'il les veut envoyer étendus comme ils sont dans une cassette, il veut attendre qu'ils soient tous trois ensemble; je l'en solliciterai, en sorte que vous serez content. Adieu, monsieur, encore une fois, encore une fois je vous dis que je suis votre serviteur.
AU MÊME , A AIX
Paris, ce 20 janvier 1608.
J'étois affamé de vos nouvelles, je ne dirai pas que
vous m'en avez soûlé, car cela ne saura jamais être; mais vous avez fait cesser la plainte que je faisois de votre paresse. Le grand nombre de nouvelles dont vous avez rempli votre lettre me convie de vous en faire de même; mais je n aide quoi, parceque le froid a gelé tous les desseins qui se faisoient pour honorer notre carême-prenant. Nous avons laissé celui des lices , barrières et autres telles galanteries, et sommes réduits aux ballets. Nous en attendons un au premier Jour de la façon de M. de Vendôme, duquel sont tous les galants de la cour, au moins une grande partie. Si le froid n'avoit fait autre mal que cela, ce seroit peu de chose; mais il a tellement gelé notre rivière , que la charge de cotrets coûte trentecinq sols : voilà le principal grief. Il est vrai que encore avons-nous à nous contenter d'elle, au prix de la Loire, qui s'est arrêtée au pont d'Amboise, et ne passe plus par-dessous , à cause des glaces qui s'y sont amoncelées, si bien qu'il y a trois ou quatre lieues de pays noyé tout à l'entour; le mal continue tous les jours, et tout ce pays-là n'est aujourd'hui qu'un étang glacé , si ce que l'on a rapporté est véritable. Le roi passa vendredi la Seine sur les glaces, à l'endroit de l'arsenal; vous pouvez penser à quel jeu il jouoit : il y a beaucoup de marauds qui n'en feroient pas de même. J'ai baillé votre lettre à Beys, qui vous enverra les livres contenus en votre lettre mais qu'ils soient venus , ce qui ne peut être que la rivière ne soit dégelée. Je lui dis que quand il voudra écrire, qu'il m'envoyât ses lettres et que je les ferois tenir : il m'a dit qu'il le feroit; mais il n'en a encore rien fait. M. de Rey enfin est demeuré premier président de Rouen , M. de Jambeville n'ayant pas voulu l'être aux conditions que le
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roi vouloit. On dit que le roi ena refusé trente mille pistoles d'undesprésidentsdeRouen.Il y a des fous de robes lonjjuos aussi bien que do courtes, et en Normandie connue ailleurs, encore <ju'ou rappelle le pays de sapience. Je crains bien que , comme nous avons changé de premier président, nous n'en fassions de nienie de notre gouverneur; il est extrêmement mal, et le remède de lait, où il est depuis trois semaines, pour avoir été employé trop tard , ne fait pas Teffet que Ton desiroit en la guérison d'un si bon prince. Il y aura, ce me semble, demain huit jours que sa fille fut accordée à M. d'Orléans : si le mariage s'achèvera quand ils seront grands , c'est une question; ceux qui vivront verront ce qui en sera. Pour n'ôter pas toute espérance de vivre à M. deMontpensier, le roi lui a promis que, s'il a un fils, il lui donnera une de ses filles. Le sieur de Flonsac vous aura conté la mort de M. le marquis de Meslé. Il est fort regretté , et M. le comte son frère en porte la perte fort impatiemment. Toute la cour l'a visité en son affliction , même M. le comte de Soissons; M. de Montpensier y a envoyé, et lui a mandé que, si sa maladie le lui eût permis, il lui eût lui-même rendu cet office. Le sieur du Mousthier vous prie de l'excuser à cause du temps qui est si rigoureux qu'on ne peut travailler;je lui rends ces témoignages à sa prière et pour la vérité , car certainement il n'y avoit ordre de manier le pinceau. Je le presserai, aussitôt qu'il dégèlera, de satisfaire à votre désir. Je lui ai fait acheter une douzaine de coquilles d'argent moulu , que je vous envoie avec six onces de la cire plate de Chariot, Mandez-moi en quoi vous voulez que j'emploie le reste de votre argent , car je ne me souviens plus du passé. S'il me reste quelques
nouvelles à vous dire, le sieur de Flonsac les vous a))prendra, mais voilà tout ce que ma mémoire me fournit , sinon que , pour que ma lettre soit une vraie gazette, je vous dirai qu'il y eut vendredi huit jours que le roi défendit à M. le Grand et à M. du Bouillon de recevoir plus page de la chambre qu'il ne soit Taîné de sa maison. Cela sera observé comme Tordonnance qu'il fit dernièrement que tout le monde, en son absence même, fût tête nue en sa chambre et en son cabinet; et à une heure de là tout y étoit couvert, jusqu'aux garçons de la chambre. Je vous avois dit au commencement de cette lettre que je n'avois que vous écrire , et cependant, sans y penser, je vous ai presque fait un volume , pourceque ma mémoire, qui ne se souvient de rien au commencement , s'est échauffée sur la besogne ; encore me vient-il de souvenir d'une chose que je veux que vous sachiez, c'est que le marché d'enclore les faubourgs dans la ville est fait, et y commencera-t-on. A ce temps la besogne est que de deçà on continuera ce qui est commencé hors des Tuileries jusqu'à la porte Saint-Denys, et du coté de l'Université, depuis le bord de l'eau vis-à-vis des Tuileries jusqu'à la porte Saint-Victor vis-à-vis de l'arsenal. Le roi prête pour cet ouvrage cent mille francs, et on lui en rend deux cent mille d'ici à quatre ans. Il s'est retenu six places , dont il en donne une à M. le Grand , les autres à M. de Bassompierre , M. Despernon , M. de Rohan; il ne me souvient de la cinquième; la sixième, il la réserve pour lui, et s'appellera Bourbon, pourceque, débâtissant le Louvre, le Bourbon qui est devant la porte sera mis bas. Saint-Nicolas et Saint-Thomas du Louvre seront transportés là , pour raser cet espace d'entre le Louvre et
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les Tuileries (i). Adieu, monsieur; je ne me puis taire quand je parle à vous; aimez-moi , car je suis votre serviteur très humble et très affectionné.
A M. DECALAS, C. D. R..
AU PAllLEMEN'l DE PnOVENCE , A AIX.
Paris, ce 6 de mars 1608-