MONSIEUR
Vous n'eûtes point de mes lettres par ce dernier messager qui est allé en Provence , parceque j'attendois toujours le paquet de M. Beys , qui n'arriva qu'après qu'il fut parti. J'ai déjà répondu à votre lettre que vous m'envoyâtes par M. Beys; mais de celle de ce capitaine Tass, dont vous me parlez, je ne sais que c'est : ce n'est pas que mon logis ne fût fort aisé à trouver; mais la fortune m'a voulu ôter cette occasion de vous servir. Je m'informai à tous les Provençaux de cet homme , et enfin je trouvai M. de Beys en la chambre de la reine, qui me donna des nouvelles de son pays; mais le lendemain, comme j'y envoyai, il étoit parti. J'ai reçu votre lettre de change , que j'ai baillée à M. Beys après l'avoir fait obliger, selon ce que vous mandiez. Son homme et moi fûmes trouver M. Vanier , qui demeure à la rue Saint- Honoré , environ Saint-Innocent ; nous ne le trouvâmes point; l'homme de M. Beys l'attendit, et depuis je sus qu'il avoit accepté la lettre. M. Beys vous écrit : je crois
(i) Henri IV avoit eu pour la place du Louvre, comme on le voit, le uiéme projet que Napoléon.
qu'il en fera mention. Je vous envoie sa lettre , mais non le rouleau dont il vous parle, parceque je le réserve au premier messager. Je vous ai mandé que vous me fissiez savoir où vous desirez que j'emploie le reste de votre double pistole; j'en attends votre réponse. M. du Mousthier est un peu paresseux; j'attends sa commodité pour vous envoyer les portraits dont il est question. Je ne m'amuse point à vous consoler de la mort de M. de Calas , votre oncle : je ferois tort à votre sagesse , qui dès longtemps avoit prévu, par les incommodités de sa vie, que sa mort ne pouvoit plus guère tarder. Pour moi , je tiens que le vivre parmi tous les délices n'est pas grand'chose : vous pouvez penser ce que ce peut être de vivre parmi des douleurs perpétuelles comme étoient les siennes. Mais j'ai peur que cette mention que je vous en fais ne refraîchisse la plaie que le temps sans doute peut justement avoir guérie. Je quitte donc ce discours , pour vous assurer toujours de ma très fidèle affection à vous sex'vir, et vous remercier des offres que vous me faites de votre amitié. Je vous baille du cuivre , et vous me rendez de l'or; je n'y saurois que faire : c'est la défaveur de ma fortune qui en est cause. Aimez-moi tel que je suis, et aimez encore Marc-Antoine , qui sera votre serviteur comme le père. Nous n'avons ici rien de nouveau , car la mort du comte de Montpensier est déjà vieille ; elle a empêché M. le dauphin de danser un ballet, combien qu'il fût venu exprès ici pour cela. Le roi en eut le plaisir à Saint-Germain le soir du premier jeudi de carême; et certainement, sans cajoleries , ceux qui y étoient présents disent que de bien grandes personnes eussent été fort empêchées de s'en acquitter si dignement. Les per-
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sonnn(^rs du Niillct ('toicrit M. h; dauphin, ^fl.idame , M. le clu'valicr de Vendôme , inademoiselle de Vendôme, M. et mademoiselle de Verneuil, et «(narre «»ii cinq autres petits j;areons d(; leur à{je. Le roi partit mardi pour s'en aller à (Chantilly; il porte le deuil et la reine aussi, f,vus deux de noir; le roi de Frise, et la reine de Montcdyal; toute la eour le porte, e'est-à-dire les grands, et avec eux grand nond>re de petits qui se veulent grandiHer par ce moyen. Sa majesté nie (it la grâce, c'est premier lundi au soir, de me renouveler la promesse de la pension sur la première abbaye , éveclié ou archevêché. Je ne sais quand j'en vtirai Teffet; jusque-là il se faut contenter de sa bonne volonté. Je ne sais plus de quoi vous entretenir; car il me semble que j'ai satisfait à tout ce que vous m'écrivez , et que je vous ai écrit tout ce que nous avons de nouveau. Adieu donc, monsieur; je vous assure encore une fois de m'aimer et de me tenir pour votre très humble et affectionné serviteur.
M. Beys m'a donné espérance de vous trouver un bon compagnon de relieur qui a été page de Jérôme, Mandez-m'en votre volonté.
AU MÊME
Paris, ce i4 de mai i6o8.
Monsieur ,
M. de Valves me vient d'avertir "de cette commodité de vous écrire; je n'ai de quoi, mais c'est assez que je
témoigne le désir que j'ai que vous me conserviez en vos bonnes grâces. Le roi s'en retourna vendredi dernier à Fontainebleau, après avoir resté ici sept ou huit jours. II parle toujours du voyage de Provence, mais je ne le crois pas. Adieu, monsieur; aimez toujours votre très humble et affectionné serviteur.
Monsieur ,