A M. DE PEIRESC
Paris, ce lundi 26 mai 1608.
Je vous ai dit que je me remettrois sur M. de Valves de vous écrire des nouvelles; c'est la meilleure excuse que je saurois trouvera ma paresse; toutefois je ne laisserai pas de vous dire le peu que j'en sais. Nous avons été jusqu'ici en doute du nom du dernier fils du roi ; mais hier sa majesté , dans les gcJeries, dit tout haut que certainement elle avoit douté comme elle le feroit appeler, et qu'elle avoit été de quelque opinion qu'on le nommât prince de Navarre, mais que, par l'avis de ceux à qui elle en avoit communiqué, elle s'étoit résolue qu'il fut appelé M. d'Anjou, et ajouta à cela que sa première considération étoit le bien de son royaume , et qu'il ne vouloit laisser aucun prétexte de troubler son aîné. On lui apporta en même temps un grand tableau où étoit peint l'artifice du moulinet pour le battement des monnoies et médailles; et, lui disant que la place de l'île du palais où il travaille étoit trop petite , il en promit une plus grande. Celui même qui lui présenta ce tableau
DE MALriERlil'. ^r
lui pn'scnta .lussi une virif[faino do j)iéros ^ror et d'arjjoiit; oiitio antres, il yavoit dcspiéc-es do quarante sous, d'autres de; quatre livres, des écus d'argent, des pièces d'or de" quatre éeus , d'autres de deux : celles qui pouvoient porter nue inscription en leur circuit en avoient une; mais j'oubliai à regarder que c'étoit. Les autres îivoientdes'dents comme une faucille pour empêcher la rognerie. Je vous envoie un méchant sonnet que je donnai au roi, lequel il estima plus que son mérite; vous le ferez voir, s'il vous plaît, à M. le premier président. Je suis trop pressé pour en faire plus d'une copie, ni pour vous écrire davantage ; ce sera pour la prochaine occasion. Adieu, monsieur; si vous ne m'aimez, vous n'aimez point l'homme du monde qui est le plus votre très humble et très affectionné serviteur.
AU MÊME
Paris, ce 17 juin 1608.
Monsieur ,
Je vous proteste que je n'ai point de nouvelles; s'il y en a quelques unes, elles sont si communes qu'elles ne valent pas la peine de les écrire. Le roi est ici depuis cinqàsixjoursavec(i) grand déplaisir des dames (2), qui ne vont jamais aux Tuileries tant qu'il est en cette ville. Dans trois à quatre jours, et peut-être dès demain, il les
(i) Pour au.
(2) Les maîtresses de Henri IV, la marquise de Verneuil, la prin - •»esse de Moret, etc., etc.
délivrera de cette peine. Le mariaf;e de M. de Vendôme et de mademoiselle de Mercœur est accordé. Madame de Mercœur paie le marché à la place de feue madame de Thernans, en la maison de la reine. Madame la comtesse de Soissons accoucha d'une fdle il y a deux jours ; elle croit que ce fut avant terme : toutefois c'est une fille, voilà pourquoi il ne s'en parle pas autrement. Mademoiselle de La Haye est encore à Fontainebleau , c'est-à-dire au Pressoir, qui est à deux ou trois lieues du château. Le roi lui a cassé son train qui étoit demeuré en cette ville. Il ne l'a point vue depuis cinq ou six semaines qu'il est par-delà. Je vous entretiens de ces nigeries , faute de quelque chose de meilleur; mais je ne voulois pas que ce porteur s'en allât sans vous porter quelque chose de ma part , afin que vous ayez toujours quelque objet qui vous ramentoive que je suis votre très affectionné.
AU MÊME
De Fontainebleau, ce 3o juillet 1608.
Monsieur ,
Vous n'aurez que ces quatre ou cinq lignes de moi : ce n'est pas ce que mériteroit votre dernière lettre, aussi longue que pleine de toutes sortes de courtoisies; mais c'est ce que je puis parmi le tumulte où nous sommes. Le roi s'en va ce soir à Paris, et M. le Grand avec lui; pour nous, nous allons droit d'ici à Sens, oiji il nous reviendra trouver pour aller en Bourgogne. Ce sera un voyage de trois mois, ou plutôt de trois siècles; mais il
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faut avoir pationcc : ce qui m'y sera h* plus dur, ce sera d'être eu un lieu où il me sera malaisé d'avoir des nouvelles (le mes amis. Si vous prenez la peine de vous souvenir de me donner des vôtres, vous adresserez vos lettres à M. de La Mole, au Soleil d'or, rue de Grenelle, et il me les fera tenir, suivant Tordre dont uous sommes denu'urés d'accord. Je suis marri que je n'ai de loisir pour bouffomier avec vous de cet ambassadeur don Dié(jo (i) et de son carrosse tiré par six mules, de leurs mallettes sur les arçons de devant, et de la luiée que firent assez insolemment messieurs les laquais, à ce beau spectacle, dans la cour du donjon. Mais il faut penser à partir; le désordre où ce soin met toutes mes actions m'excusera de vous en écrire plus au long, et avec cette même raison vous m'excuserez, s'il vous plaît, à M. le premier président; si je ne lui écris, je ne laisse pas d'être son très humble serviteur et le vôtre. ^
AU MÊME
D'Auxerre, ce 20 août i6e8.
Monsieur ,
Il n'y a pas une de vos lettres où vous ne me donniez quelques témoignages de votre bonne volonté ; mais particulièrement vous m'avez infiniment obligé en la dernière , de m'avoir averti de ce qui s'est passé à mes dépens en l'affaire de M. de La Cépéde; je l'estime et l'honore trop
(i) Malherl)e se trompe de nom : cet ambassadeur de Philippe 11 s'appeloit don Pedxo de Tolède.
pour lui vouloir laisser une mauvaise impression de moi; c'est pourquoi je vous veux dire de fil en aiguille ce que je sais de cette histoire. Lorsque la nouvelle de la mort du président Keauville arriva, le roi étoit à Fontainebleau : la première chose qu'il dit, ce fut : « Voilà de quoi faire achever mon canal; » car par intermède il faut que vous sachiez que ce canal est aujourd'hui sa passion prédominante , et qu'avec ces chaleui's qui ont été excessives s'il en fut à jamais, il étoit ordinairement assis sur une pierre depuis cinq et six heures du matin jusqu'à midi, sans parasol ni ombre quelconque, à voir travailler ses maçons. J'étois lors à Paris , où, un jour entre autres, m'étant trouvé en une compagnie où , parmi les nouvelles du temps, celle-ci fut mise sur le tapis; il fut dit par un des plus huppés que l'avocat Laurens avoit l'état dont il étoit question. A quoi tout le monde , par complaisance ou autrement, s'étant accordé, je répondis, avec ma liberté accoutumée, que je croyois que le roi, ayant une fois désobligé M. de La Cépéde en faveur de M. le comte de Soissons , qui avoit intercédé en faveur du sieur Reauville , il étoit vraisemblable qu'à ce coup il le voudroit gratifier; que si la chose se décidoit par mérite, il y auroit de l'impudence en qui que ce fût de ses concurrents de lui débattre une charge qu'il entendoit mieux que nul autre , et où le long exercice qu'il en avoit fait sembloit lui avoir acquis quelques droits; et que si le plus offrant étoit préféré , comme la condition du siècle et les langages que le roi avoit tenus donnoient occasion de le penser, je croyois qu'il en bailleroit plus que nul autre , comme y étant le plus intéressé. Sur quoi ayant été répondu que les autres avoient les reins plus fémurs
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fine lui, jo répliquai que ce (|iii iirscroit en s;i Ixiiirsc se trotn cioil en ci'llfs de ses amis, et qne je ne |)ens<)i-, point qn'il y eût, non pas à Aix, mais en Provence, un honnête honnne qui ne lui ouvrît la sienne, et en cette occasion et en toutes; et là dessus Dieu sait ce que je dis de sa comtoisie et de sa jjracieuse l'aeon rrol)li{jcr tout le monde; de quoi, pour mon particulier, je mY-tois ressenti autant de fois que j'en avois eu besoin, 11 ne me souvient pas en quelle autre part j'ai ouï faire mention de cette affaire ; mais je sais bien (prautant de fois qu'il s'en est parlé en ma présence, j'en ai toujours tenu le même langage. Le roi étant venu à Paris, la chose fut résolue. J'étois allé d'aventure ce matin-là au Louvre, où , ayant rencontré un grand aux degrés, j'appris de lui connue touts'étoit passé de là. Je m'en revins dîner chez M. le comte de Sault. où il y avoit bonne compagnie. Cependant que nous étions à table, M. de LaCoste y arriva et se vint mettre derrière M. le comte, qui lui dit quelque chose à l'oreille , et j'y ajoutai : Ce que vous a dit M. le comte est véritable; de quoi je me réjouis de tout mon cœur. Il y avoit là un homme de madame la comtesse de Sault , par qui je faisois compte de mander cette nouvelle à M. de La Cépéde; mais il avoit les bottes aux jambes, de sorte qu'il ne me put donner le loisir qu'il m'eût fallu pour faire ce compliment avec soin. Le lendemain, si je ne me trompe, il partit un messager; mais puisque je n'avois pu être le premier à lui donner cet avis, je ne me souciai pas d'être le second , et me contentai de l'écrire à ma femme; ce que je fis avec des paroles qui témoignoient bien le contraire de ce que cette belle et bonne damoiselle, ou plutôt qui n'est ni l'un ni
raiitre,avoit dit à mademoiselle de La Coste. Je me puis donner cette vanité, que tout ce qu'il y a d'éininent en France, j'entends de ceux qui me connoissent, méfait cet honneur d'estimer et désirer mon amitié. Je crois que M. de La Cépède en fait de même; et pour moi, depuis que j'ai le Lien de le connojtre , j'ai toujours fait un cas fort particulier de la sienne , non seulement par ses mérites , en quoi , sans cajoleries, je le préfère à de bien plus honnêtes joens qu'à ses compétiteurs , mais encore pour quelques inclinations qu'il m'a semblé avoir à me vouloir du bien. Je ne crois pas que cette calomnie si sotte et si lourde l'empêche de continuer; et voudrois que dès demain le roi me donnât quelque chose de bon en votre quartier, pour avoir occasion de recourir à lui. Je m'assure qu'il y a peu d'hommes à qui plus volontiers il fit un bon office qu'à moi ; comme, de ma part, je vous jure que je ne le pourrai jamais servir que je ne lui confirme mes paroles avec des effets qui ne lui laisseront aucune occasion de douter du pouvoir qu'il a de me commander. C'est là, monsieur, tout ce que je vous en puis dire; et encore qu'il y en ait assez pour vous ennuyer, si vous y ajouterai-je qu'autant de fois que je balance en moi-même qui aura mes os de la Normandie ou de la Provence , une des considérations principales qui me tire vers la Provence , c'est la douceur de sa conversation. Je ne puis quitter ce discours, par où vous connoîtrez combien cette imposture m'a touché au cœur. Je me suis bien moins troublé de ce que vous m'écrivez qu'il a plu du sang à Aix et en quelques autres endroits circonvoisins. Les histoires sont pleines de semblables accidents, mais avec tout cela il est malaisé de me le persuader; s'ilétoit
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arrivé si souvent, il ne seroit pas possible que de tant de fois une il ne se fût fait à la vue du inonde, et qu'il n'y eût eu quelque eollet d'iionnnc ou couvre-chef de femme qui n'en eût reçu quelques gouttes (i). Ces esprits que Ton tient être ordinairement parmi nous ne font pas toujours des actions sérieuses; ils s'amusent parfois à des niyeries : je pense que ceci en est aussi bien une comme ce que je vis il y a quinze ou seize ans en nos quartiers de la Basse-Normandie. Il s'y coula un bruit parmi le peuple que dans les couettes des lits il y avoit des pelotons de plumes que les sorciers y avoient mis pour travailler ceux qui couchoient dessus, et encore, y ajoutoit-on, pour les faire mourir dans le bout de l'an. Quelques uns, ou par un scrupule de religion , ou par une grande philosophie, négligèrent cet avis; les autres furent curieux et voulurent voir ce qui en étoit; ce nombre fut le plus grand. Voilà pourquoi , croyant que ce qui se fait avec la multitude se fait , sinon avec raison , au nioinsavec excuse, je fis visiter deux couettes, où il fut trouvé on chacune une pelotte de plumes de gorge de chapon, le tuyau vers le centre, mais tissues si ferme et avec tant d'artifice , que manifestement on y remarquoit une autre main que celle des hommes. Ces pelottes étoient justement de la grosseur et de la forme ronde et plate de ces grands oignons que vous avez à Bourg. Tous ceux qui firent la même recherche trouvèrent la même chose : là-dessus chacun faisoit des discours à perte de vue, comme c'est la coutume; mais enfin ce ne fut rien. Quelquefois, quand les rois sont au cabinet, les peu-
(i) Ce fait, ainsi que les pluies de pierres, a été constaté et expliqué positivement par la physique moderne.
pies croient qu'ils parlent de changer le pôle arctique à l'antarctique , et le plus souvent ils prennent des mouches. Les démons en font de môme, ils se plaisent à nous en hailler à deviner. Pour moi , il faut que les préjugés soient bien extra^^gants pour me brouiller Fesprit. Je me réserve à la venue des maux, sans les prévenir en les attendant. Il y a eu quarante ans de guerres continuelles en France , où il s'^st répandu cent mille muids de sang , et cependant il n'en a jamais plu une goutte. Résolvez-vousen avec M. de Cassagne; je m'assure qu'il ne s'en émeut non plus que moi, et même, à cette heure, qu'il a un autre écheveau à démêler. Je sais bien que vous autres jeunes gens vous moquez des passions des pauvres quinquagénaires, et pensez qu'en cet âge-là on ne se doit plus mêler que de dire son chapelet; quand vous y serez arrivés, vous en parlerez d'autre façon. Une bien grande et belle princesse, au commencement que je vins dans cette cour, me Aoulant persuader que je fisse l'amour, afin que j'eusse un sujet de faire des vers , je m'en excusai le mieux que je pus ; mais elle me ferma la bouche par l'exemple du maître , et me dit que tant que leroi s'en mêleroit je ne m'enpouvois dédire. Cette raison, que je pris en paiement, doit servir pour M. de Cassagne; et puis, ayant été si heureux que de faire garder la mule à MM. les cardinaux, et dans Rome, c'est-à-dire sur leur fumier, du temps qu'ils se mettoient au balcon, habillés des besognes de nuit (i) de la signora Sperancilla, il a quelque sujet de tenter encore ce qui lui a si bien réussi. Il me reste trop peu de papier pour en parler selon la
(i) Ce mot a passé; mais nous disons des affaires de nuit, pour des vêtements de nuit, ce qui est aussi bizarre.
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di{;nitô du fait; ce sera, s'il plaît;"! Dieu , pour notre pr(!niièrc^ vue. J'oul>liai, |);ir ma |)réc(kleiJtc, à vous reiricrtier tic la copie cpic vous uiavez envoyée de la lettre que M. le premier président du Vair a écrite à madame la marquise de Montlor; je le fais par celle-ci de tout mon cœur; elle est di{jnedu lieu d'où ell<' est partie. C'est en peu de paroles dire tout ce qu'une feuille entière d'autres louanges ne seroit pas capable de comprendre. Je ne lui écris point , pourceqne , n'ayant point d'autres nouvelles , je n'ai point de matière. L'offre de mon affection est trop ordinaire pour en faire cas; elle lui est pourtant extraordinairementacquise,età vous aussi, monsieur, je le vous jure, et vous baise bien bumblement les mains ; pardonnez à cette longueur, je ne me sépare pas volontiers d'une compagnie qui m'est agréable. Votre plus humble et plus affectionné serviteur.
Cette lettre auroit bien besoin d'être récrite, mais elle est trop longue, je vous en crie merci.
TMONSIEUR ,
AU MEME
De Dijon, ce 3 septembre i6og.
Voici une diligence extraordinaire,je me roidis contre les difficultés. A Paris, où j'avois des commodités à toute heure , j'ai laissé passer la plus grande partie ; à cette heure qu'elles me sont rares, je les recherche; et quand elles se présentent , je les prends avec soin. Tout ce que
6o LETTRES
je veux de vous, c'est que vous m'aimiez et que vous croyiez que je vous honore comme je dois, c'est-à-dire de tout mon cœur. Je vous écrivis d'Auxerre une fort longue lettre, où je satisfaisois à ce que vous écriviez qu'on avoit voulu , par un mauvais office , me faire perdre l'amitié de M. de La Cépède. Je vous prie me mander si vous l'avez renouée. M. de La Mole me fera tenir vos lettres; il est logé à Paris, au Soleil d'or, en la rue de Grenelle. Votre très humble et très affectionné serviteur.
AU MÊME
Dijon, ce 3 octobre 1608.
Une malheureuse sciatique qui m'a tenu au lit dix à douze jours a fait que vous n'avez pas eu si souvent de mes lettres comme je me l'étois proposé. A cette heure que je suis debout, grâce à Dieu, je m'en vais recommencer mes importunités ; je parle ainsi pourceque , n'étant point en cour, je ne vous puis écrire de nouvelles , et sans cela je ne crois pas que mes lettres puissent rien avoir d'agréable. Vous verrez ce que j'écris à M. le premier président, où vous ne trouverez rien qui ne vous soit déjà vieil ; mais la plupart sont choses tirées d'une lettre de la main du roi, voilà pourquoi leur auteur leur donnera le crédit qui leur pourroit défaillir d'ailleurs. Si voulez savoir quelque chose du même, je vous dirai que les coches pour aller à la traverse sont établis à
DE MALIIKHBi:. 6i
quatre écns par jour; iiuiis il Faut payer le retour, tellcineiil (jiic pour Foutainebleau il faudra huit éeus eu été, et douze en hiver, en raison d'un jour «t demi à l'aller, et autant au retour. ïl est vrai qu'ils font compte d'établir un bureau à Fontainebleau , de sorte qu'on ne paiera que quatre écus en été, qui est une journée, et six en hiver pour une journée et demie. Si vous revenez à Paris d'ici à deux ans , vous ne le connoîtrez plus : le pavillon du bout de la galerie est presque achevé ; la galerie du pavillon au bâtiment des Tuileries est fort avancée; les fenêtres de l'étage du bas sont faites; l'eau de la pompe du Pont-Neuf est aux Tuileries ; mais le plus grand changement est en l'île du Palais , où Ion fait un quai qui va du Pont-Neuf au pont aux Meuniers , comme l'autre va du Pont-Neuf au bout du pont Saint-Michel. On fait en cette même île une place que Ton appellera, à ce qu'on dit, la place Dauphine , qui sera très belle et bien plus fréquentée que la Royale. On refait le pont de Saint-Cloud , dont il y avoit plusieurs arches rompues. On va faire un pont de bois à Surêne , pour aller à Saint- Germain sans passer plus des bacs ; le bois en est presque tout amassé. M. de Sully a été à Rouen pour y faire un pont neuf, pourceque nul n'a voulu entreprendre de rebâtir le vieil. Il y a à cette heure un giand ordre à Paris pour les boues , pourceque les maisons sont taxées deux fois plus qu'elles ne Fétoient ; mais j'ai peur que cette grande furie ne durera pas , et qu'insensiblement nous retournerons au premier désordre , et qu'il y fera crotté comme devant. Adieu , monsieur; écrivez-moi si vous voulez que je croie que vous m'aimez. Si cela n'est, vous avez tort , car vous ne sauriez faire cette faveur à
personne qui plus que moi sera votre serviteur très affectionné.
AU MÊME
De Paris, ce soir de la Chandeleur, i6og.
Monsieur ,
J'avois renoncé à vous écrire , car si vous êtes paresseux, aussi suis-je; mais je suis prié de vous recommander madame de Pipelles. Cela me fait rompre mon serment, pourceque je ne puis rien refuser aux personnes par qui j'en suis prié ; elle ne doute point de sa bonne cause , mais elle craint la faveur de ses parties. Pour Famour de moi, monsieur, prenez-la en votre protection, et l'assistez contre l'oppression de ceux qui ont plus de faveur qu'elle. A cette condition, je serai hors de la colère où je suis contre vous il y a cinq ou six mois. Je ne vous mande rien du ballet de la reine, parceque je me connois fort peu aux descriptions de telles choses ; et sans le commandement que la reine me fit de le voir, je ne fusse pas sorti de mon logis. Tant y a que je suis extrêmement aise de l'avoir vu , parceque le désespoir de voir jamais rien de si beau ni de si magnifique me dégoûtera de me travailler plus en semblable occasion. Nous perdîmes hier le comte de Sault sur les neuf heures du matin; on l'a ouvert aujourd'hui , et on a trouvé qu'il i;voit les boyaux pourris; aussi en avoit-on reconnu plusieurs fois des pièces parmi ses excréments. Environ les quatre heures son corps a été porté à Sauvigny. Il n'est
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fias ]K)ssil)l(' <lr v(nis dire < oiiimc il rst rr{jrftl(' vi\ cette <()nr, et particiilièrcMnriif du roi. M. de Fresne est venu visiter, cette uprès-dîiiéc, inadaiiit; la comtesse, de la part de sa majesté, et sou allliction en plaintes de ses propres ennemis. Voilà, monsieur, des nouvelles de joie et de douleur. Je vous viens de dire qiu; la reine m'avoit commandé de voir sou hallct : h cette heure uuMue, leurs majestés m'ont envoyé quérir pour Ui'eu demander mon avis. Vous pouvez penser que je n'ai pas fait le froid à le louer, connue certainement cela fait perdre l'envie de faire des hallets , et y en avoit tout plein de couvés qui n'éclôront point. Le roi m'a entretenu de quelque autre galanterie dépendante du ballet (i), qui étoit la vraie occasion pourquoi il m'a envoyé quérir exprès par un garçon de la chambre, et le ballet n'a servi que de prétexte. Selon que je vous verrai diligent à m'écrire , je serai curieux de vous mander des nouvelles ; si vous continuez en votre fainéantise , vous pouvez bien vous con-
(i) Des vers à faire pour la princesse de Condé, H. Charlotte de Montmorency, dont il étoit e'perdument amoureux ; elle devoit épouser M. de Passonipierre. Le roi le Ht venir, et lui dit : « Bassompierre, Il je veux te parler en ami : je suis devenu non seulement amoureux, « mais furieux et outré , de mademoiselle de Montmorency. Si tu l'é- « pouses, et qu'elle t'aime, je te haïrai : si elle m'aimoit, tu me haï- « rois. Il vaut mieux que cela ne soit point cause de rompre notre « bonne intelligence : car je t'aime d'affection et d'inclination. Je suis « résolu de la marier à mon neveu le prince de Condé, et de la tenir « près de ma famille : ce sera l'entretien et la consolation de la vieilli lesse où je vais désormais entrer. Je donnerai à mon neveu, qui est «jeune et aime mieux la chasse cent mille fois que les dames, cent « mille francs par an pour passer son temps ; et je ne veux d'autre « grâce d'elle que son affection , sans rien prétendre davantage. » Méin, de Bassompierre^ tom. I, p. 224.
tenter de celles de la place des Jacobins ; car je vons réponds que vous n'en aurez plus de moi, et je sais bien que je suis la meilleure banque d'où vous en sauriez avoir. C'est trop parler pour une fois; je m'en vas fermer ma lettre après qu'encore une fois je vous aurai prié et conjuré de vous souvenir de la dame dont je vous ai fait mention au commencement de ma lettre. Je crois bien que vous n'êtes pas de ses j uges ; mais vous y avez des amis . La recommandation m'en est faite par les deux personnes du monde que j'aime le plus. Si par votre moyen je leur puis donner du contentement, ce me sera donner un des plus agréables témoignages que je saurois recevoir de la continuation de votre amitié ; je l'honore et l'estime autant que vous le sauriez désirer. Ne me la déniez point , et me tenez toujours pour votre plus humble et affectionné serviteur.
3e vous prie que M. de Calas trouve ici que je suis son très humble serviteur; il m'a trop obligé pour ne lui renouveler pas mon affection à toutes les occasions qui s'en offrent.
AU MÊME
A Paris, ce 31 de mars 1609.
Monsieur ,
J'ai reçu une lettre de vous il y a environ dix à douze jours ; c'est tout depuis six mois. Je veux bien que le messager de Toulon en ait perdu une autre ; mais quand
DE MAMIKIUn:. 6')
<'lle seroit venue jusqu'à moi , ce ne seroit pas gi'ande excuse à votre nonchiiliiticc. l{(M-cvez mes plaintes comme témoi{;iiii{;e de mou ullectiou. Si je ne desirois lu conti- Tuiiitiou de votre amitié , je m'en fusse tu comme de chose indifférente. J'aurai ma raison de votre paresse, quand M. <le Valves s'ira retourner vers vous; car alors si Vous voulez savoir des nouvelles , il faudra passer par mes mains , et Dieu sait comme je me saurai ven- {>er de votre silence. Marc-Antoine vous fera voir des vers que j'ai faits pour le ballet de Madame. Il se doit danser à Siaint-Germain de jeudi prochain en huit jours. La reine vient présentement de partir pour s'en aller, à Notre- Dame de Chartres. Le roi est à Chantilly depuis lundi ; ils se doivent trouver, vendredi qui vient, à Anet, et de là s'en revenir à iSaint-Germain , d'où ils viendront à Paris reprendre le chemin de Fontainebleau. Quand vous serez plus diligent, j'en ferai de même; pour cette heure vous ne saurez que cela, et que toute ma vie je serai votre très humble serviteur.
Monsieur ,
AU MÊME
A Paris, ce 25 mars 1609.
Je vous ai écrit assez au long par le passé pour me dispenser d'être bref à cette heure. Je vous envoie un rouleau de la part de M. Beys , duquel il vous faisoit mention par une sienne lettre que je vous ai fait tenir. Depuis il vous a écrit une autre lettre que vous reçûtes par ce
porteur, ^os nouvelles sont que le roi se porte fort bien , Dieu merci. Nous attendons raccouchement de la reine dans dix-huit ou vin^jt jours. Vous avez su la mort de M. de Montpensier, qui fut le dernier de mai; on lui dressa une effigie au logis oii il est décédé ; elle fut setvie durant trois jours, qui commencèrent le lundi, d après sa mort. M. le comte de Soissons fit difficulté de la garder, et dit que les princes du sang ne gardoient que les rois, et que Monsieur, frère du roi, n'avoit été gardé que par des gentilshommes. On tint conseil là-dessus , où il fut résolu d'en avoir la volonté du roi , qui étoit lors à Chantilly. Il ordonna que M. de Fervaques , maréchal de France , avec trois chevaliers du Saint-Esprit , le garderoient, ce qui fut fait. MM. de Sordeau, le marquis de Tresnal , et un autre dont il ne me souvient plus , y furent députés avec lui ( M. de Fervaques ). Le mercredi après dîner, sur les trois heures., la reine envoya madame la pi'incesse , de sa part , donner de Teau bénite au corps, qui étoit sous Teffigie. Comme elle fut revenue, elle y retourna de son chef, et quand et elle mesdames 1 es princesses de Conti et de Soissons , madame le Grand , et quelques autres dames , jusqu'au nombre de sept. Les princesses de retour, madame de Montpensier s'est retirée à Fhôtel du Bouchage, où Ton commença enfin à se consoler. Madame de Montpensier, par les exhortations de M. son père , et par les prières que le roi lui a faites de se réjouir, montre une merveilleuse constance. M. Fenouillet, vendredi, donna la harangue funèbre. Il cuida y avoir du bruit pour les séances; et si M. d'Espernon navoit été retenu, les choses fussent allées plus avant. Il aima mieux n'y être point que de céder au par-
DE MArjiKHijr:. (i^
îemcnt : c'est assez de ce sujet. Joiulî dornier se fit le baplciiic (riiiic fille du sieur Ooiichini : le roi y fut compère et uiadiuiu' la priu( • -.se commère. Elle eut nom Marie. La iciiie y l'ut, et se lit inie helle collation; don Juau s'y trouva, et au retour, tout d'un coup, sans avoir donné a, tenue démonstration de ujéeontentement , demanda conjjé au roi, mais avec protestation tpi'il y étoit résolu. Le roi lui offrit la continuation de sa pension hors du royaume, pour un gage, à ce qu'il dit, qu'il continueroit d'être son ami. Don Juan lui répondit qu'il nen bailloit d'autre gage que sa parole , et promit au roi que toutes fois et quantes il auroit besoin de ses services ille viendroit trouver , et que jamais il ne serviroit ses ennemis. Tl est parti aujourd'hui sur le midi. M. le Grand a eu son logis eu don du roi : c'est Thôtel de Châlons, qui est une des belles maisons de Paris. On ne sait point l'occasion d^ parlement du sieur don Juan; mais tous croient que c'est du déplaisir qu'il a de voir le sieur Conchini tant favorisé , et qu'il se fâcha que la reine fût allée à son baptême, et que, tant que le roi fut à Chantilly, elle n'allât jamais chez lui voir la comédie, comme elle lui avoit promis. Vous avez su comme M. le comte de Moret a été légitimé, il y a environ trois semaines ou un mois; aussi a été mademoiselle Jeanne de France, fille de mademoiselle de La Haye : la mère et la fille s'en vont à Fontevrauld attendre la vacation d'une abbaye que le roi leur a destinée. Elle s'est un peu piquée de ce que le roi est parti sans lui dire adieu : sa faveur a été de courte durée. Je sais bien qu'il y a d'autres nouvelles; mais il ne m'en souvient pas , et ce sont là les principales. Vous en ferez part , s'il vous plajt , à M. le premier
président, car je m'endors. Il n'y a moyen que je lui écrive, ni à M. du Perrier, pour accompagner son cabinet. Par la prochaine commodité je serai plus diligent. Vous ferez beaucoup si vous pouvez lire cette lettre, étant si mal écrite comme elle est; mais excusez-moi, une autre fois je ferai mieux peut-être et peut-êtri^pis; mais toujours je serai votre très humble et affectionné serviteur.
M. de Guise est à Fontainebleau depuis lundi , à ce qu'on m'a dit; il est très vrai qu'il est arrivé.
AU MÊME
Mai 161)9.
Monsieur , '^
Jusqu'ici je me suis plaint de votre paresse, pourcequ'elle me privoit de vos lettres; mais à ce sujet, M. le premier président en a ajouté un autre : c'est que^ comme si j'étois quelque archétype de poltronnerie, il croit que c'est une transpiration imperceptible , et je vous connus en cinq ou six mois que j'ai eu le bien que nous ayons vécu ensemble. Ayez soin de votre honneur et du mien, et ne pensez pas me faire croire que le palais soit une occupation qui n'ait point d'intervalles. Jusqu'ici vous n'avez eu que faire de moi, pourceque M. de Valves vous donnoit des nouvelles du monde, et par ce moyen vous rendoit mes services inutiles ; mais cetti^ heure, son absence vous fera par force recourir à moi.
DK MALURRBE. 69
qui lie serai (lili(;(>iit (jdc tout iiiiiiint que vous le savez, <'t lu; vous «'(lirai jauiais <lr si'coude lettre que je n'aie la réponse de la première, .le ne sais pour cette heure <pu; vous mander, poureequo lu cour est à Fontainebleau; et quand j'y serois, il y a aussi peu de nouvelles qu'à Paris. Le maria{je de M. le princ^e s'est fait avec peu <le frais, mais avec bien de la gaieté. M. le connétable et madame d'Angoulême y ont rertou<f ; jufjez par là comme la débauche y a été grande. Toutes les dames sont de retour depuis quatre ou cinq jours , je veux dire madame la princesse et mesdames les princesses de Condé et d'Orange ; elles s'en vont cette semaine prochaine à Fontainebleau. Les noces de M. de Vendôme se doivent faire dans trois semaines ou un mois. On croit qu'il s'y fera quelque galanterie; mais il n'y a rien de certain. L'on tient que la reine est grosse de trois mois ; toutefois elle veut en ore que l'on en doute. Nous ne saurions avoir trop d'enfants d'une si bonne race : Dieu la multiplie à l'infini' Je m'assure que vous le desirez aussi bien que moi. Je voudrois bien vous entretenir plus long-temps; mais au bout de l'aune faut le drap. Je n'ai plus de matière, et vous savez bien que de rien il ne se fait rien. Adieu donc, monsieur; continuez d'aimer votre serviteur très affectionné.
Je vous prie de faire voir à M. de La Cépéde que je suis son très humble serviteur.
AU MEME
Paris, le 16 avril 160^.
Depuis ma dernière lettre , j'en ai reçu deux de vous; tellement que j'ai peur qu'au lieu que je me plaignois de votre paresse, je vous aurai donne occasion de blâmer la mienne, et que, d'accusateur que j'étois, je serai devenu criminel. Vous justifiez votre silence par k's empêchements que le palais vous donne ; mais croyez qu'il n'y a point de lieu au monde où il y ait été divertissements semblables à ceux de la cour. Cela ne m'ôtera point le soin de me ramentevoir en vos bonnes grâces; je les estime trop précieuses pour les né^^ '.iger. Mais, sans mentir, votre diligence à me répondre excitera la mienne à vous écrire. L'absence de leurs majestés nous ôte presque toutes nouvelles , si bien que je ne vous en dirai que de vieilles et de bien communes. Après ces Pâques nous irons à la cour; ce sera de là que je vous manderai quelque chose de plus particulier. On attend les noces de M. de Vendôme et de mademoiselle de Mercœur : cela pourra produire quelque chose digne de vous. Celles de M. le prince se feront les premières. On ne sait encore si ce sera à Paris ou à Chantilly ; toutefois madame la princesse me dit hier qu'elle croyoit que ce seroit à Chantilly. Je crois bien que, pour n'y faire point de dépense, on aura jugé plus à propos de les faire hors de Paris et de la cour. Pour les autres , le roi eût bien voulu
Di: MALiii;i{in:. -r
fjnV)n ont fait «lo iiumiu' , iii;iis m;Ml«;m<)is('ll«' de iM(;r- (•(1,'ur, à (jiii sa majesté a voulu clomicr (juelque sorte do «ontenteiiient , a dosiré qu'elles se fassent en Géréinonie , et que repensée, comme prenant nu prince qui a riionneur (Tapparteuir au roi (\o. si près, porte le manteau royal. Je me suis informé que cY'toit; mais, eonuue en chose qui se pratique peu souvent, les opinions sont différentes. Madame la princesse m'a dit que lorsqu'elle épousa feu M. le prince, le roi lui envoya le sien, qui ctoit de velours cramoisi violet, avec un rang de fleurs de lis d'or tout à l'entour. Les fdles de France y en ont trois rangs , et les reines ont le manteau tout semé ; celui de madame de Vendôme sera comme celui de madame la princesse, et porté par trois princesses, qui pourront être mesdemoiselles du Maine, d'Elbœuf, et d'Aumale. Quand la chose era annoncée , j'en saurai plus de nouvelles , et vous eu écrirai quelque chose de plus certain. La mort du tluc de Cléves est vieille : il y a beaucoup de prétendants à sa succession ; il y en a qui se font accroire que le roi achètera leurs droits; pour moi, je ne le crois pas , et tiens qu'il nous conservera la paix qu'il nous a donnée. La trêve de Flandre est faite pour douze ans, et s'est publiée aujourd'hui à midi par tous les Pays-Bas. M. de Préaux en est de retour depuis deux ou trois jours , qui le conte comme cela , si bien que la chose est hors de doute. Il est allé trouver le roi à Fontainebleau. M. le président Jeannin sera ici au premier jour. Marc-Antoine vous fera voir un panégyrique de M. de Sully. Il me reste ici trop peu d'espace pour vous faire le discours de sa nouvelle ville ; je Tai mise dans une lettre que j'écris par réponse à M. de La Cépède : vous la ver-
rez là, si vous ne la savez d'ailleurs; j'emploierai ce peu de papier à vous remercier du soin que vous avez eu des huiles de jasmin. Vous m'obligez si fort que vous me désobligez en me faisant des faveurs que je ne puis pas même reconnoître de paroles. Ce sera toujours des marques de votre insatiable courtoisie. Tout ce dont je vous prie , c'est de vous répéter que je suis éternellement votre très humble serviteur.
La pauvre madame la comtesse de Montrevet s'en retourne demain ou vendredi en son pays; madame la comtesse de Sault s'en va après ces fêtes en Lorraine pour deux mois. Vous avez su comme le mariage de la fille de M. de Créqui et du marquis de Rosni fut résolu il y aura demain quinze jours , tandis que leurs majestés étoient à Saint-Germain : le succè^:^ugera de la prudence de ce conseil. Madame des Ars fit faire lundi quelque exploit à madame la comtesse de Maure vel, qu'elle présupposoit héritière de son père ; elle fit réponse qu'il se falloit adresser à sa mère ; madame la comtesse de Sault en dit de même , c'est-à-dire qu'elle étoit seule héritière de son fils.
AU MEME
Paris, ce 23 Juin 1609.
Monsieur ,
Je vous dois toujours quelques nouveaux remerciemonts; mais le mérite infini des obligations précédentes
DE MALllIvIllM;; 73
mu tellement <^'puisé de toutes les paroles qui se peuvent dire en cette matière que je suis résolu, quand vous me Ici»'/ à Tavenii- (jueKjues laveurs, de vous dire simplement que je l'ai reçue, afin de vous ôter de la peine où vous seriez que la nonchalance des messagers ou quelque autre inconvénient ne Teût fait demeurer par les chemins. Les deux cassettes que vous envoyez à M. de Valves m'ont été rendues en son absence; quand il sera de retour elles seront ouvertes , et lors j'en prendrai ce qu'il pensera lui être superflu. Nous n'avons point de nouvelles depuis son partement ; mais je ne m'en étonne point, parceque je ne crois pas qu'il fasse du séjour assez aux lieux où il va pour avoir du temps de reste pour écrire à ses amis,- Je ne pense pas qu'il soit ici devant la fin du mois qui vient. Nos nouvelles sont que lundi prochain se doivent faire les noces de M. de Vendôme. Il est vrai qu'on parle déjà d'un reculement jusqu'au huitième de juillet ; il y aura grande cour , mais peu de magnificence. Tout ce qu'il y a de princes et de princesses y est arrivé. Madame de Nevers ne laissa pas de partir hier de Fontainebleau pour s'en aller à Nevers; sa grossesse a été son excuse. M. du Maine et madame de Longueville sont priés; je ne sais si M. du Maine ira. Quant à madame de Longueville, je lui ai ouï dire qu'elle ne s'y trouveroit point, et qu'elle avoit des affaires en Normandie. On tient qu'on y dansera le grand bal ; toutefois les dames n'ont point fait faire de robes. Le lendemain des noces on courra la bague, et rompra-t-on au y^- (fum{i), et rien davantage. J'espère m'y en aller samedi
(i) Ce qu'où nommoit aussi courir la quintaine : c'est ce que nous avons vu aux jeux dinvaluresqne-^ de l'avenue de Neuilly.
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rez là, si vous ne la savez d'ailleurs; j'emploierai ce peu de papier à vous remercier du soin que vous avez eu des huiles de jasmin. Vous m'obligez si fort que vous me désobligez en me faisant des faveurs que je ne puis pas même reconnoître de paroles. Ce sera toujours des marques de votre insatiable courtoisie. Tout ce dont je vous prie , c'est de vous répéter que je suis éternellement votre très humble serviteur.
La pauvre madame la comtesse de Montrevet s'en retourne demain ou vendredi en son pays; madame la comtesse de Sault s'en va après ces fêtes en Lorraine pour deux mois. Vous avez su comme le mariage de la fille de M. de Créqui et du marquis de Rosni fut résolu il y aura demain quinze jours , tandis que leurs majestés étoient à Saint-Germain : le succè^ijugera de la prudence de ce conseil. Madame des Ars fit faire lundi quelque exploit à madame la comtesse de Maure vel, qu'elle présupposoit héritière de son père ; elle fit réponse qu'il se falloit adresser à sa mère ; madame la comtesse de Sault en dit de même , c'est-à-dire qu'elle étoit seule héritière de son fils.
AU MÊME
Paris, ce 23juiQ i6og.
Je vous dois toujours quelques nouveaux remerciements; mais le mérite infini des obligations précédentes
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m';! Irik'inciil «'■jniisi'dc toutes les paroles <(iii se peuvenf dire en cette inutiere (|ur je >iiis résolu, quand vous nie ierex à laveuir quelques laveurs, de vous dire simplement que je l'ai reçue, alln de vous ôter de la peine où vous seriez que la nonchalance des messagers ou quelque autre inconvénient ne Teût fait demeurer par les cliemins. Les deux cassettes que vous envoyez à M. de Valves m'ont été rendues en son absence; quand il sera de retour elles seront ouvertes , et lors j'en prendrai ce qu'il pensera lui être superflu. Nous n'avons point de nouvelles depuis son parlement; mais je ne m'en étonne point, parceque je ne crois pas qu'il fasse du séjour assez aux lieux où il va pour avoir du temps de reste pour écrire à ses ainis,> Je ne pense pas qu'il soit ici devant la fin du mois qui vient. Nos nouvelles sont que lundi prochain se doivent faire les noces de M. de V^endôme. Il est vrai qu'on parle déjà d'un reculement jusqu'au huitième de juillet ; il y aura grande cour , mais peu de magnificence. Tout ce qu'il y a de princes et de princesses y est arrivé. Madame de Nevers ne laissa pas de partir hier de Fontainebleau pour s'en aller à Nevers; sa grossesse a été son excuse. M. du Maine et madame de Longueville sont priés; je ne sais si M. du Maine ira. Quant à madame de Longueville, je lui ai ouï dire qu'elle ne s'y trouveroit point, et qu'elle avoit des affaires en Normandie. On tient qu'on y dansera le grand bal ; toutefois les dames n'ont point fait faire de robes. Le lendemain des noces on courra la bague, et rompra -t- on au faquin {i), et rien davantage. J'espère m'y en aller samedi
(i) Ce qu'on nommoit aussi courir la cjuintaine : c'est ce que nous avons vu aux jf ux chevaleresques de l'avenue de Neuilly.
prochain; s'il s'y passe quelque chose digne de vous, je le vous manderai. On vous aura conté mille nouvelles de deçà ; mais de vous en écrire , ce seroit autant de crimes que de paroles. Le roi se porte fort bien ; la reine , depuis deux ou trois jours, s'est trouvée mal delà colique ; mais ce ne sera rien. Il s'est fait ici une penderie d'un prêtre sorcier qui avoit fait des enrageries plus que diaboliques (i). J'aime mieux que vous le sachiez d'ailleurs que d'en gâter le papier, car cela fait horreur d'y penser. M. le comte d'Auvergne , à l'occasion de ce que A'^ous pouvez avoir ouï dire, s'étant trouvé mcJade, a fait supplier le roi de trouver bon qu'il fût porté au logis de madame sa femme pour se faire servir plus commodément ; il ne l'a point obtenu. Nous avons un roi parfaitement sage et qui n'a point de passion plus grande que l'amour de son état. Le mauvais gré du refus est à M. de Sully , qui dit franchement au roi qu'il n'en devoit rien faire. M. le connétable est à Fontainebleau, madame la princesse de Condé à Valéry depuis mercredi dernier . M. le prince l'y mena, et s'en revint tout aussitôt ici pour dire adieu à madame la princesse d'Orange sa sœur; elle partit hier au matin pour s'en aller vers M. son mari en Flandre , et lui s'en retourna à Valéry, pour de là s'en revenir avec madame sa femme aux noces. M. de Bouillon s'en est allé à Sedan, où il sera un mois ou deux. Je voudrois que son absence rompît un voyage que M. le Grand va faire en Gascogne pour tenir le fils de M. de
(i) « Aueint et convaincu d'avoir dit la messe tout au rebours , ido- « lâtré et sacrifie au diable maintes fois et en plusieurs lieux es envi- « rons de Paris, et même sous un gibet. » Journal de VEstoile^ tome m, page 620.
DK MAFJII-liBK. fj
Moiitespaii sur les fonts. Je ne me ressouviens que de cela. Je n'ai pas le loisir d'é* rire à M. le premier président ; vous lui dire/, s il vous plafl, que je lui suis, connue à vous, très humble serviteur et très affectionné.
AU i.iÉME.
De Paris, ce ig Juillet i6og.
Monsieur ,
Vous n'avez point eu de mes lettres depuis quelque temps, pourceque j'ai été à Fontainebleau, oii je n'ai vu ni messager de Provence , ni personne qui allât en ces quartiers-là. Voici la première commodité que j'ai recouvrée, que je prends pour vous assurer que je n'en perdrai jamais une de vous témoigner le soin que j'ai que vous me continuiez votre amitié; il faut que je la mérite comme je puis , ne pouvant la mériter comme je veux. J'ai peur que nos nouvelles ne vous soient vieilles , pourceque je ne vous puis rien écrire que des noces de M. de Vendôme, qui furent faites il y aiu'a mardi prochain quinze jours. Toutes les particularités, que pos- «ible vous n'avez pas sues d'ailleurs, vous pourront être agréables. L'épousée et le reste des dames furent si longtemps à se parer, que la messe ne se dit que sur les cinq heures du soir par M. de Paris ; elle avoit un manteau ducal et une couronne ducale. Ce manteau ducal étoit de velours cramoisi violet, attaché sur les épaules avec des nœuds de pierreries; il étoit doublé d'hermine sans
aucune fleur de lis ; la queue en étoit longue d'environ trois aunes ou un peu davantage , large de deux lez de velours , et ronde par le bout. La couronne du côté étoit toute de pierreries, c'est-à-dire diamants; car d'autres pierres, il ne s'en parle du tout plus; elle pouvoit avoir quatre doigts de haut et autant de diamètre. Sa robe étoit de toile d'argent, et n'en paroissoit que le devant qui étoit tout couvert de grandes enseignes de pierreries. La compagnie partit' de la chcmbre de la reine (i), où la mariée , accompagnée de toutes les dames qui dévoient assister à la cérémonie , l'étoit allée trouver. On descendit par le degré du quartier de la reine. Les Suisses et autres gardes faisoient une haie des deux côtés, jusqu'à une barrière qui étoit dressée à l'entrée de la chapelle. Le roi , extrêmement paré de pierreries et plus de bonne mine , avec une cape, un bonnet et un bas attaché, menoit la mariée du côté droit. M. le Grand, aussi fort paré, la menoit de gauche; mademoiselle de Vendôme portoit la queue de la mariée ; après marchoient madame la princesse , madame la princesse de Condé , madame la princesse de Conti , madame la comtesse de Soissons , madame de Guise , madame de Luxembourg , madame de Sully, et madame de Rohan. Ces deux dernières marchoient ensemble, pourceque le rang appartenoit à madame de Rohan , qui ne voulut pas laisser sa mère derrière. Toutes ces dames avoient des mantes de gaze noire, rayées les unes d'or et les autres d'argent, rattachées et couvertes par-tout d'un nombre infini de pierre-
(i) La reine ne fut pas à la messe, parcequ'elle avoit été fort travaillée d'une coli(jiie les jours précédents, et ne s'en trouvoit pas oi>- «.-ore bien. (Note mise au bas de la lettre. )
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ries(i); niii<liiiiif lu princesse et madame de (Jiiise un uvoiiMit de crêpe comme veuves. Di; la messe, on alla droit au festin royal, (pii se lit en la salle accoutumée à telles choses, là où vous vîtes que Ton fit le festin du baptême. On y usa de mêmes cérémonies; la table étoit dressée en potence, mais sans être relevée sur un éctiafaud de deux ou trois degrés , comme celle de M. le dauphin à son baptcme, ains de plain-pied. Au côté de la cheminée étoit l'épousée, le roi, la reine, et M. le dauphin; en la table qui descendoit en bas étoient les princesses, au même rang qu'elles avoient marché à la cérémonie /'ma</emoi5e//e de Vendôme, laquelle étoit assise entre mademoiselle de Soissons et madame de Luxembourg J, hormis madame de Guise qui n'y assista pas. Elle me dit que c'étoit pourcequ'elle ne pouvoit voir le bâton du grand maréchal sans se souvenir de M. son mari; mais je crois que c'étoit qu'elle cherchoit sa commodité. Madame de Rohan, à table, précédoit madame sa mère; (après madame de Sully étoit madame de Guercheville ; au-dessous de cette table y en étoit une autre un peu plus bas , oii étoient les fdles de la reine J. De ce festin on alla au grand bal où l'on marcha selon les rangs des hommes (2). Cette feuille
(i) Mais ëtoient attachées sur leurs épaules, où la gaze faisoit trois bouillons séparés, et pendoient sur les épaules, de là leur descendoient jusqu'au coude se faisant douze bouillons ; l'attache étoit la même depuis le gondi de la manche jusqu'au coude; et de là elles se rejetoient sur le devant des robes. Les dames n'étoient conduites que de leurs écuyers ordinaires, et leurs queues n'étoient point portées. (Note mise au bas de la lettre.)
(2) M. de Soissons faisoit son office de grand maître ; le roi étoit donc entre M. le prince de Joinville et monseigneur d'Aiguillon. De \ii façon on alla droit au grand bal, en la salle d'auprès la chapelle.
ne suffiroit pas à vous en donner les particularités. Ce qui manquera ici pour l'idée du grand bal , vous l'apprendrez de Marc-Antoine, si vous ne l'avez su d'ailleurs. Je ne vous puis mander autre chose : voilà pourquoi j'ai été un peu long à vous faire ce discours. Le roi se porte bien et rajeunit tous les jours. Il ne se parle que de courre la bague, où il fait honte à toute la cour; je l'ai vu courir une fois que de huit courses qu'il fit il eut quatre dedans. M. le prince est attendu ici mardi prochain , et madame la princesse sa mère ; de madame la princesse sa femme, on n'en est pas si assuré, mais je crois qu'elle viendra. Adieu , monsieur ; je vous baise très humblement les mains , et suis de tout mon cœur votre très humble et affectionné serviteur.
J'oubliois à vous dire que l'on va voir sortir force nouveaux édits sur le règlement des monnoies, des carrosses, et des habillements. S'ils sont aussi bien observés que celui des duels , tout ira bien , car il ne se parle plus de querelles. Il s'est demandé trois ou quatre combats ; mais tout a été appointé. On est fort empêché sur un combat demandé par un François à qui un Ecossois des gardes, avec supercherie , a donné force coups de bâton. Toutes les compagnies d'hommes d'armes sont envoyées vers
Le roi mena la mariée. La reine fut menée par M. le dauphin. M. le prince mena madame la princesse deConti; M. le prince de Coiiti, madame la princesse de Condé ; M. de Vendôme , madame la comtesse de Soissons ; M. le prince de Joinville, madame de Nevers; M. le duc de Nevers , madame de Guercheville ( on doit dire madame de Rajijny ) ; M. le Grand, madame de Sully ; M. le maréchal, MM. de Guercheville etdeRagny, n'avoient point de femmes. (Note mise an bn s de la l'Eure.)
Metz : Toii dit que c'est pour le fait de Cléves. J'ai ouï dire à M. de Nevers que le roi lui a promis qu'il couteru une année de cinquante mille hommes (;t quatre millions d'or poin- empêcher «pie ceux d'Autriche ne s'emparent de cet état. Le droit de M. de Nevers , à ce qu'il m'a dit , est que M. son grand-père, qui étoit de Cléves , fut assigné potu' son partage de quarante-cinq mille écus par an , de quoi il n'a rien touché durant quatre-vingts ans; mais ne vous imaginez pas de guerre pour tout cela, Adigu , monsieur; faites part de nos nouvelles à MM. les présidents du Vair et de La Cépède. Je ne leur écris point, de peur de les charger de trop d'arrérages.
AU MÊME
Paris, ce i**^ d'août 1609.
Monsieur ,
Je me réjouis que vous soyez de retour de Montpellier, et désire que vous en ayez bientôt autant de M. de Valves. Je l'espère bien comme cela , si ce n'est qu'en cette guerre de Cléves il lui prît envie d'être soudard. Les nouvelles que nous en avons font ouvrir les oreilles à un monde de gens. J'ai , ce matin , passé en la rue de la Heaumerie , 011 il ne fut jamais mené tant de bruit. Un doreur m'a dit que pour sa part il avoit cinquante armures complètes à dorer , et qu'il y en avoit deux cents de commandées. La plupart sont pour la compagnie de monseigneur le dauphin. Quoi qu'il y ait, je crois que cette affaire sera comme celle de Sedan. Le
fait est que le duc de Clèves , qui est mort sans enfants , il y a quelque temps , avoit quatre sœurs : Faînée fut mariée en Brandebourg ; les deux autres aux Deux-Ponts , à deux frères ; et la quatrième est mère du marquis de Burgos. Les aînés , qui sont les vrais héritiers , ont recouru à la protection du roi. Le dernier, qui cherche du droit en la force, s'est retiré vers Tempereur et Farchiduc, Le marquis de Burgos est dans Juliers, et Spinola près de là , avec une petite armée pour Fassister. Brandebourg est dans Cléves , mais si foible que le ban de Fempereur y a été publié en sa présence. Entre ci et mardi nous serons résolus de la paix ou de la guerre ; tout ce que le roi veut faire pour ce Brandebourg et pour Neubourg , qui est ici il y a environ six semaines , c'est que leur droit leur soit conservé , et que ceux d'Autriche ne se saisissent de cet état sous ombre d'assister ce Burgos. Pour moi, je crois que tout se terminera par un bon accord. Je ne sais si c'est parceque je le désire , mais il y a bien de Fapparence, et des gens qui sont bien avant des affaires ont cette même opinion. Le jour que je reçus votre lettre, je fus moi-même parler à l'orfèvre de la Maque , qui me dit qu'il avoit fait deux ou trois réponses , et qu'au demeurant il avoit nouvelles que son fils n'étoit plus à Aix , et qu'il n'y avoit moyen de trouver des compagnons qui voulussent aller en Provence. Vous recevrez , dans ce paquet , la réponse de M. Beys , et verrez comme il a reçu les cent cinquante livres. Je m'en vais faire un voyage en Touraine, où nous serons environ deux mois , sans autre sujet que pour chasser : jugez par là si la guerre est fort échauffée. M. de Vendôme s'en va dans quinze jours pour tenir les états en Bretagne ,
DE MALHERBE. 8i
où il sera fort accompa{^né. Je n'ai , ce me semble , autre chose qjii vaille de vous «'tre écrite. Ce qui me reste, c'est de vous baiser bien humblement les mains, et de vous assurer que je suis toujours votre très humble et affectionné serviteur.
Je n'écris à persoime, pourccque je suis surmonpar- Toment pour ce beau voyage, qui me trouble si fort que je ne sais ce que je fais. Vous m'excuserez envers MM. les premiers présidents, et les assurerez que je suis leur serviteur. Vous en direz, s'il vous plaît, de même à M. du Perrier. Dimanche dernier, après soupe dans le grand cabinet de la reine, je fis voir au roi l'écriture de M. du Vair. M. le Grand la lut dignement, et rendit à l'auteur tout le bon office qui se pouvoit dans cette occasion. Il n'y avoit d'auditeurs que sa majesté, MM. de Rohan et moi. Mesdames la princesse de Conti , la duchesse <;^ Bphan et mademoiselle de Rohan, étoient au cabinet; mais elles s'entretenoient à part. La reine soupoit dans le petitcabinet.J/ouvrage fut loué comme il devoit; si M. le Grand y fit son devoir , je ne m'y oubliai pas de mon côté. Ce témoignage étoit dû à la vérité, mais encore fis-je ce que je devoisà l'affection.
AU MÊME
A Paris , ce lundi 17 d'août 1609.
Monsieur ,
J'ai fait réponse à toutes vos lettres, et vous ai averti
comme j'ai mis vos paquets entre les mains de M. Ycart, qui les garde pour le retour de M. de Valves. Je vois bien que la curiosité l'emporte plus avant qu'il ne s'étoit promis, et qu'il a peur que vous n'ayez quelque avantage sur lui, mais si ne peut-il plus guère demeurer à venir; j'en souffre aussi bien comme vous, et prie Dieu qu'il le ramène bientôt à son contentement et à celui de ses amis. Je vous remercie de vos nouvelles : dès que je les eus reçues, je les allai porter à madame de Guise, qui «n fut extrêmement aise ; elle en avoit bien eu par un laquais de M. de Guise, mais non pas de si particulières. La différence des avis est qu'on lui mande que M. le comte de Canoo y est allé , et vous me mandez que non; il a été dit et écrit d'ailleurs qu'il s'est embarqué : mais j'aime mieux vous croire, que je sais que vous écri- 'Vez avec poids, que les autres, qui le font le plus souvent è la volée et sans s'informer des choses que superficiai- •rement. Pour ce que nous avons de plus nouveau, c'est que le président Richardot est ici , et s'en va trouver le roi de la part de l'archiduc; il est à croire.que c'est pour l'affaire de Clêves. Le succès en sera ce que je vous ai mandé, rien; les choses passeront par arbitrage. Il y a long-temps que nos éveillés ont perdu toute espérance; ils avoient de l'exercice de ce côté-là. Pour deux jours à la vérité, la guerre fut à tous les coins de la Flandre, mais au troisième elle ne parut en lieu du monde. Nous tenons ici que le roi s'en va à Fontainebleau faire un petit voyage sans passer par cette ville, et dit-on que c'est pour voir le canal, duquel la chaussée est crevée, pour la grande pente des eaux. Il y en a qui y cherchent un sens mystique; quant à moi, je m'arrête au littéral. Il
y a lin nommé Courtenay-Blesneau qui a vengé le cociiafje criiellemeiit. C'est un de ces Courtenay que vous savez qui prétendent d'être déclarés princes du san{>. II tua le portier de son lojjis qui ne vouloit pas lui ouvrir la porte. L'adultère, qui étoit le baron de La Rivière, s'étantlevéau 1» lit, lui tira un coup de pistolet qui faillit; mais il ne fut pas failli, ni un {jeutilhouune qui étoit venu avec lui; la femme y passa aussi, et avec elle une demoiselle, sa confidente. Cet exemple a fait peurà Madame de Villars, non pas comme coupable de rien de pareil, mais comme brouillée avec son mari; il est en cette ville depuis quelques jours par le commandement du roi, qui le veut appointer. Depuis elle avoit été tenue comme perdue; mais vendredi au soir elle arriva en cette ville pour être plus près de ses amis. Quoi que c'en soit, elle ne s'est point encore montrée, et beaucoup de gens la croient encore au Havre; mais la vérité est qu'elle est ici. Ce sera de la besogne pour le roi, quand il viendra , de démêler cet écheveau. Il y a deux jours que nous avons perdu M. LaureiiS le médecin, qui est fort regretté. Le roi n'a point encore pourvu à sa charge. On croit que ce sera un M. Petit, médecin de Gien sur Loire , ou bien un M. Milon de Poitiers , qui l'y succédera. Je n'écris point à M. le premier président du Vair, pourcequ'il est aux champs; je me servirai, pour cette fois , de son absence pour servir d'excuse à ma paresse , mais le premier qui partira lui portera de mes lettres et à M. le premier président de La Cépéde. Vous leur baiserez, s'il vous plaît, bien humblement les mains de ma part. J'oubliois à vo^us dire la nouvelle des nouvelles ; c'est que madame la princesse de Gonti est grosse; de
quoi je me réjouis de tout mon cœur, pour le contente' ment de cette vertueuse princesse, qui m'oblige tous les jours par une infinité de témoignages de son affection. Adieu, monsieur; je vous baise bien humblement les mains, et prie Dieu qu'il vous ait en sa très sainte et digne garde. Votre très humble serviteuf
AU MÊME
Paris , ce 23 d'août 1609.
Monsieur ,
Je vous écris si souvent que je m'épuise de paroles et de nouvelles. La guerre de Cléves avoit donné quelque espérance à nos braves d'employer leur courage et leurs espèces, et aux curieux d'avoir de quoi s'entretenir; mais nous sommes très à sec de ce côté-là. M', de Nevers a été reçu par l'empereur en ses demandes, tellement qu'on nous a mis hors d'intérdS.. La saison de Mars est passée , nous sommes en celle d'Amour , qui règne fort absolument. Ils ne valent tous deux rien , mais encore le beau-fils vaut mieux que le beau-père. Je vous avois écrit dernièrement que le sieur de Courtenay-Blesneau avoit tué un monde de gens en sa maison ; mais enfin il s'est trouvé qu'il n'a tué que ce La Rivière , qu'il soupçonnoit d'adultère avec sa femme, et un portier qui fut un peu long à lui ouvrir la porte, et lui donna la peine de la rompre. Tandis que l'on employa le temps à cela , la dame descendit par une fenêtre, et au travers des fossés du château se sauva au village chez un greffier. Le ga-
lant en pensa faire de même , mais il fut tué à coups d arqucluise dans le fossé. On parle d'une demoiselle qui eut les bras coupés; les autres disent qu'elle est seulement blessée à l'épaule. Les parents du mort, qui sont grands et en grand nombre, en veulent avoir raison, et disent qu'il a été tué botté et éperonné, et par conséquent innocent; mais il sera malaisé qu'ils le fassent croire avec une si foible raison , je m'en rapporte à ce qui en est. Mais tant y a que nos dames sont fort en alarme, et que si Courtenay vient ici elles ne solliciteront pas pour lui. Je vous avois écrit que M. Laurens étoit mort , et que sa charge étoit destinée à un M. Milon de Poitiers ou à M. Petit d'Orléans. Le roi s'est arrêté à M. Petit; il s'en est excusé; mais on a renvoyé vers lui, et le roi même, de sa main, a écrit au-dessus, A M. Petit, mo?i premier médecin. J'ai aujourd'hui l'honneur de dîner avec madame de Guise , qui a g^^gé une discrétion avec moi que M. de Guise ne feroit rien en son voyage. Je crois qu'elle a autant d'envie de perdre que moi de gagner. Je vous prie, monsieur, me mander, quand il sera de retour, quel en aura été le succès. Je ne sais plus que vous dire, sinon que le bruit de la grossesse de madame la princesse de Conti s'augmente. Madame de Guise ne l'ose pas affirmer; seulement elle m'a dit qu'il y en a les apparences. Il s'en bruit autant de madame la princesse , mais je n'en ouïs rien. Madame de Verneuil est allée à je ne sais quels bains en Auvergne. Madame de Moret esta Moret; le conte dit que le roi alla pour coucher avec elle, il y eut jeudi quinze jours, et qu'elle ne lui voulut jamais rien permettre , si bien qu'il se fâcha à bon escient ; tant y a qu'elle partit le matin même et s'en
alla à Moret, où elle est encore. La reine Marguerite a été cinq à six jours à Mouceaux passer le temps; Ton tient qu elle revient aujourd'hui. Nous attendons de jour à autre que les nouveaux édits sortent; lexpectation en est grande, pour une infinité de particuliers règlements sur les habits des personnes, selon leur condition. Hier le carrosse de madame la comtesse de Sault partit de cette ville pour aller quérir M. de Lesdiguières , qui a pris les eaux à Rouanes. Il emmène toute Tinfanterie de M. de Créqui. Ses gens , qui lui sont venus retenir un logis , disent qu'hier il étoit à Nevers, et que dans huit jours il sera en cette ville. Si je n'oublie rien , voilà tout ce que nous avons. Je vous remercie, monsieur, de l'affection que vous portez à Marc-Antoine; car ce ne peut être que de là que partent les témoignages que vous lui rendez. Je prie Dieu qu'il lui fasse la grâce de se rendre digne de la bonne opinion que vons avez de lui , et de vous faire paroître quelque jour qu'il est, comme son père, votre serviteur très affectionné.
Je vous prie de baiser très humblement les mains à M. le président de La Cépéde , et l'assurer que je suis son très humble serviteur.
AU MÊME
Paris, ce 2 1 de septembre 1609.
Monsieur ,
Je suis bien aise que ma diligence vous contente , puis-
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que c'ost le seul moyen par lequel je vous puis téinoigueree(|ueje vous suis; mais je uie fâche que vous rompiez la trêve que nous avions faite de eérémonie. Si eelle de Flandre n'étoit mieux gardée , les affaires de ce pays-là n'iroient pas Lieu, (^uaut à moi, je suis résolu de la garder, et sans coutraveutiou, pour vous convier à en faire de même. Nous avons eu ici force nouvelles depuis que je ne vous ai écrit; mais par faute de messager par qui je les vous pusse mander, elles sont vieilles entre mes mains, et ont tant perdu de leur grâce que je fais conscience de vous en rien dire. Le président Richardot étoit venu ici faire une ambassade, dont la mort lui a ôté le moyen d'en porter la réponse à son maître; il mourut tout aussitôt qu'il fut arrivé à Arras. Il étoit venu prier le roi de ne se mêler des affaires de Clêves , et parloit de quelque mariage des enfants de France et d'Espagne , mais sans cnarge, et seulement de sa part. Il lui fut répondu au premier point que le roi n'abandonneroit pas ses amis, si on ne les contentoit de ce qui justement leur seroit dû; et pour le second, puisqu'il n'en avoit de charge , que ce seroit chose superflue d'en parler; que lorsque le roi d'Espagne lui en feroit l'ouverture , il aviseroit ce qu'il y devroit répondre. Mardi dernier , le contrat de mariage de M. le marquis de Rosny et de mademoiselle de Créqui fut lu à l'Arsenal, en présence du roi et de la reine, qui le signèrent, et nul autre pour l'heure. Voilà tout ce qui s'y passa , sinon que le roi commanda aux amoureux de se baiser. On dit qu'ils seront mariés au premier jour. Je vous en dirai plus particulièrement des nouvelles ; mais depuis la mort du pauvre comte de Sault , que j'aimois de tout mon cœur , je ne vois
guère le dedans, si bien que je ne puis rien dire de l'affaire du testament; bien ai-je ouï dire qu'ils n'en font pas grand cas , et qu'ils croient que le testament ne pouvoit rien donner. ISous avons ici force ambassadeurs allemands : l'un de l'empereur, et les autres des ducs de Brandebourg et comte palatin, tendant à diverses fins. Je vous en dirai plus de particularités dans deux jours; car j'espère demain dîner avec un homme qui en sait autant de nouvelles que nui autre. Pour l'inscription que vous desirez, je la baillai à madame la duchesse de Rohan , qui étoit au cabinet lorsqu'elle y fut lue ; elle ne sait ce qu'elle en a fait. Je verrai de la retirer si je puis, et satisferai à votre désir, comme aussi à ce que vous m'écrivez de la lettre du P. Gonthier; mais je crains qu'il ne soit pas ici. Le roi et la reine allèrent hier àFontainebleau, d'oii ils ne reviendront que pour les couches de la reine , qui entre dans son neuvième mois aU aS du mois qui vient. Madame de Tenville est mal extrêmement de la vérole , j'entends de la petite. Je vous dis cette nouvelle, pourcequ'elle est sœur du sieur de Fontenay , que vous connoissez. Cela étonne fort nos belles, car elle étoit du nombre. Madame de Montpensier a été à l'extrémité; mais, grâce à Dieu, elle est hors de danger. Mademoiselle du Maine avoit craint d'avoir la petite-vérole; mais il s'est trouvé que ce n'étoit rien qu'ébullition de sang. Si je ne suis au bout de nos nouvelles , je suis au bout de celles dont il me souvient. Faites-en , s'il vous plaît , part à M. le premier président de La Cépéde, et l'assurez toujours de ce que je lui suis. Je ne vous dis rien de M. le premier président, pourceque je le tiens encore à Antibes. A sonretoui-, il se fera sûrement quelque chose
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qui me donnera sujet de lui écrire : pour ce roup, c'est assez; j'ai la main si lasse, que je ne sais si vous pourrez lire mon {{ri(Tonna{;e. Pardonnez-moi, monsieur, et me tenez toujours pour votre plus humble et affectionné serviteur.
AU MÊME
Paris, ce 19 d'octobre i6og.
Monsieur ,
Comme ne m'ennuieroit-il de ne recevoir point de vos lettres, puisqu'il m'ennuie de ne vous avoir point écrit? Le savetier de la Madeleine est le dernier à mon avis par qui vous avez eu de mes nouvelles. Je répondis par lui à tout ce que vous me mandiez , sinon au fait des lunettes de Hollande, parceque M. de Valves se chargea de la commission. Il vous aura écrit ce qui en fut résolu , mais il sera malaisé qu'elles soient telles que celles qui viennent du pays où l'invention s'en est trouvée; encore les hollandoises ne sont pas toutes également bonnes. J'ai ouï entre autres faire cas de celles de la reine; mais ce qui se fait pour les dieux se fait avec plus de soin que ce qui se fait pour les hommes. Quoi qu'il en soit, les vôtres ne seront point des communes. Vous avez su comme depuis huit ou dix jours les sceaux ont été sur le point de changer de mains , et tient-on que le roi avoit autant d'envie de les donner à M. le président Jeannin comme de les ôter à celui qui les a; tant y a que les choses ne sont point passées plus avant. Je n'en ai rien su de bien
go LETTRES
particulier, sinon que M. de Villeroi ayant demandé plusieurs fois son confié au roi , il lui dit enfin : « Eh bien , je vous le donne , mais emmenez avec vous ce larron de chancelier et ce fou de Pesieux. » Le président Jeannin est fort bien avec le roi, et tous les soirs le roi Fenvoie quérir pour lui communiquer ce qui s'est proposé au conseil , et s'en résoudre avec lui. Quand je vous parle de conseil, j'entends celui qui se tient chez le roi, où il n'y a que M. de Sully , M. le chancfelier et M. de Villeroy , et nul autre. Le roi y a toujours fait appeler M. le président Jeannin; mais pour ne donner sujet de jalousie, il n'y a jamais voulu aller : aussi n'en avoit-il que faire , pourcequ'il savoit de si bonne main ce qui s'y faisoit. Durant que les choses ont été en cette alarme , tout le monde se dispensoit déjà de parler et d'écrire , et entre autres il m'arriva vendredi dernier que, revenant à mon logis, mon hôtesse me bailla un paquet dont la couverture s'adressoit à moi , et dedans j'y trouvai une requête au roi, qui semble faite chez M. le chancelier. Au style, je reconnus tout aussitôt que c'étoit de l'ouvrage d'un Provençal; et si, par conjecture, il est permis d'en deviner l'auteur, je crois que c'est celui même qui avoit fait ce beau discours de la justice aux pieds du roi. Je vous envoie l'écrit tel que je l'ai reçu, non la copie, mais l'original même, afin que vous en puissiez mieux juger; je ne sais pourquoi ce paquet me fut adressé. Si c'étoit pour le faire voir, le pauvre homme a perdu sa peine, pourceque je vous jure qu'il n'a bougé de dessus ma table que jusqu'à ce que je l'ai mis dans ce paquet. Je vous envoie aussi une inscription que M. de Sully a faite et montrée au roi pour mettre à la nouvelle ville de Henriche-