‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 10 sur 85 · XX .Notice sur la vie · texte numérisé non relu

XX .Notice sur la vie

Conti, Le Brun; le duc et Orléans, Collé; le duc de Penthihfre, Fhrian, Tout donne à penser que Bertin eut le même honneur auprès du second frère de Louis XVI,

Dans cette vie de cour, Bertin ne se distingue pas cependant de ses contemporains, et sa vie mondaine fut celle de tous ces jeunes officiers galants , même libertins, braves, spirituels, dont Souffler s avait déjà offert le parfait modèle. Il n'en est pas de même de sa vie plus in? time, celle qu'il menait soit à Paris, soit à Feuillancour, dans ce qtiil appelait la société de la Caserne. Ce nom, qui revient souvent dans ses poésies, donnerait fort peu l'idée de ce que pouvait être cette réunion d'esprits délicats, fort épicuriens, charmants, en somme, et qui ressemblait aussi peu à une caserne véritable que la fameuse abbaye de Thélème, créée par l'imagination de Rabelais, pouvait ressembler aux abbayes du xv!*^ siècle. Ce que les romantiques de 1830, avec plus de prétentions, appelèrent un Cénacle, quelques jeunes officiers de la fin du XVIII* siècle le nommèrent avec une ironique gaieté la Casetne. La poésie, l'amour et surtout V amitié y étaient la grande affaire. Mais écoutons Bertin nous décrire lui-même cette aimable institution de la Caserne^ dont il fut le fondateur, avec Parny, qui lui donna asile sous les frais ombrages de sa propriété de Feuillancour, La description est adressée à une jeune femme dont le galant capitaine voudrait bien faire une nouvelle recrue

Et les œuvres de Bertin. xxi

pour V ordre de la Caserne, — car il y avait aussi un ordre et il admettait l'un et l'autre sexe.

< Représentez-vous une douzaine de jeunes militaires, dont le plus âgé ne compte pas encore cinq lustres ^j transplantés la plupart dans un autre hémisphère, unis entre eux par la plus tendre amitié, passionnés pour tous les arts et pour tous les talents, faisant de la musique, griffonnant quelquefois des vers, paresseux, délicats et voluptueux par excellence, passant l'hiver à Paris, et la belle saison dans la délicieuse vallée de Feuillancour, L'un et l'autre asile est nommé par etixlsL Caserne, C'est là qu'aimant et buvant tour à tour, ils mettent en pratique les leçons d'Aristippe et cfÈpicure, Qu'on c^eUe cette société charmante l'ordre de la Caserne ou de Feuillancour, le titre n'y fait rien; la chose est tout. C'est toujours l'ordre qui dispense le bonheur, et les autres ne promettent que la gloire ^, >

Etait-ce bien le bonheur qu'on rencontrait à la Caserne ? Plus dun vers empreint d'un sentiment de tristesse et de regrets, échc^é à la muse de Bertin, pourrait en faire douter ^, Mais c'était au moins le plaisir, comme en témoigne ce passage d'une lettre à Parny, oii il ajoute de nouveaux traits à son tableau de la Caserne :

< Nous sommes depuis trois semaines à Feuillancour, et tels à peu près que tu nous as laissés, si ce n'est que ton frère est devenu encore plus gourmand, et moi pltis paresseux, depuis que nous avons été inoculés. Le soleil est à

I. Au moment où Bertin écrivait ceci (1774)^ il était figé à peine de vingt-trois ans et Parny de vingt-deux. a. Voyage de Bourgogne, }. Les Amours, liv. III, élégie xi.

XXII Notice sur la vie

peu près au Hers de sa course lorsquon se lève : et pour remplir alors ce que nous nommons bravement la matinée, on s'occupe de vers, de prose, de musique et d'autres semblables bagatelles. Le soleil baisse, nos dames montent dans des calèches découvertes que nous conduisons nousmêmes avec assez d'adresse; nous courons jouir, sur cette longue et superbe terrasse de Saint-Germain, d'un des plus beaux aspects qui soit au monde, et nous nous égarons dans les mille et une routes de la forêt, La soirée est terminée par un souper fort gai et par des chants qui se prolongent fort avant dans la nuit *. »

Pittoresquement situé entre Versailles et Saint- Germain, le village de Feuillancour était fait à souhait pour ces jeunes officiers poètes qui, suivant leur goût du moment, y trouvaient ou la solitude studieuse ou les plaisirs, et d'où, ils pouvaient diriger leurs courses vers les épaisses futaies de la forêt de Saint- Germain ou de Marly, vers les hauteurs de Satory ou vers les déclivités au pied desquelles serpente si gracieusement la Seine *. Voisin de Rocquencourt chanté par Ducis ^, Feuillancour devait plus tard être la retraite du plus mondain, du plus libertin des poètes du xviii® siècle, de Souffler s, qui y passa ses dernières années près de cette charmante comtesse de Sabran, devenue marquise de Boufflers.

Parny, auquel ni à Rio-Janeiro, la beauté de dona Theresa, cette Portugaise « de seize ans et demi, à la taille

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