‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 11 sur 85 · Voir la Lettre à Parny, même date · texte numérisé non relu

Voir la Lettre à Parny, même date

3. Voir dans les Œuvres de Ducis, Paris, 1827, in-12, t. IV, p. III et 215, les épîtres au curé de Rocquencourt et à Boufflers.

Ei les œuvres de Berlin, xxiii

de nymphe et à la physionomie piquante »^ ni au Cap, les fêtes gastronomiques de son hôte hollandais, ni à l'île Bourbon, les paysages si pittoresques de son île natale, n'avaient fait oublier la Caserne, et ses loisirs voluptueux ou studieux, s* écriait, en évoquant ce souvenir et en se confessant aussi un peu pour le compte de son ami :

« C'est là que je jouis encore par le souvenir de ces moments passés avec toi, des douceurs de notre amitié, de nos folies et des charmes de la Caserne; c'est là que je t'écris, tandis que tu m'oublies peut-être dans Paris;

«Tandis qu'entouré de plaisirs, Toujours aimé, toujours aimable, Tu sais partager les loisirs Entre les muses et la table.

Adieu , conserve tous ces goûts ; Vole toujours de belle en belle, Au Parnasse fais des jaloux, A Tamitié reste fidèle.

Puisses-tu dans soixante hivers Cueillir les fleurs de la jeunesse , Caresser encor ta maîtresse, Et la chanter en jolis vers*. »

Dans une autre lettre, cet ami fidèle, nous pourrions presque dire ce frère de Bertin, tant ils furent unis par les mêmes goûts, les mêmes plaisirs, les mêmes infortunes amour eu^s ^, et atissi la même renommée littéraire, revient encore sur cette Caserne tant regrettée, et nousfour-

I. Œuvres de Pamy, Paris, i8a(», in- 12. Lettre à Bertin, octobre 1773.

a. Les Amours, liv. II, élégie ix.

XXIV Notice sur la vie

nit sur elle quelques nouveaux détails. C'est de F île du Repos, en vue de Rio, pendant les heures fort tristes d'un calme plat, que l'image des beaux jours du Marais tt de Feuillancour s'offre ainsi à lui :

< ye m'adandonnois aux charmes de la rêverie, et mon âme se plaisait dans ces idées mélancoliques, lorsque, reprenant tout à coup leur cours naturel, mes pensées se tournèrent vers Paris,.. L'espérance nu vint dire à Voreille : Tu les reverras ces épicuriens aimables qui portent en écharpe le ruban gris de lin et la grappe de raisin couronnée de myrte; tu la reverras cette maison, non pas de plaisance, mais de plaisir, où l'œil des profanes ne pénètre jamais, tu la reverras

« Cette Caserne, heureux séjour Où Tamitié, par prévoyance, Ne reçoit le fripon d'Amour.

Que sous serment d'obéissance; Où la paisible égalité , Passant son niveau favorable Sur les droits de la vanité, Ne permet de rivalité 'Que dans les combats de la table; Où l'on ne connaît d'ennemis Que la raison toujours cruelle ; Où Jeux et Ris font sentinelle Poiu: mettre en fuite les ennuis ; Où l'on porte, au lieu de cocarde.

Un feston de myrte naissant, Un th3rrse au lieu de hallebarde , Un verre au lieu de fourniment ; Où l'on ne fait jamais la guerre , Que par d'agréables bons mots Lancés et rendus à propos ; Où le vaincu dans sa colère

Et les œuvres de Bénin. xxv

Du nectar fait couler les flots ,

Et vide insolemment son verre

A la barbe de ses rivaux.

Cette ordonnance salutaire

Est écrite en lettre de fleurs

Sur la porte du sanctuaire,

Et mieux encor dans tous les cœurs :

« De par nous, l'Amitié fidèle, Et plus bas, Bacchus et l'Amour; Ordonnons qu'ici chaque jour Amène une fête nouvelle ; Que l'on y pense rarement, De peur de la mélancolie; Qu'on y préfère sagement A la sagesse la folie, A la raison le sentiment ; Et qu'on y donne à la paresse, A l'art peu connu de jouir.

Tous les moments de la jeunesse :

Car tel est notre bon plaisir ^ »

Nous pouvons même offrir au lecteur Inintéressant récit d'une réception, et mieux encore, d'une réception féminine dans l'ordre de la Caserne, cPune initiation à ses mystères. Les circonstances en sont Sautant plus piquantes qu'il s'agit d'une recrue, jusque-là rebelle à toutes les séductions déployées par ses galants convertisseurs, fort incrédule sur les béatitudes de la communauté, peut-être aussi sur sa sainteté, affectant pour ses dévotions la plus grande irrévérence, et déconcertant par ses bons mots les docteurs qu'on lui avait plus ^une fois dépêchés pour

I. Œuvres de Pamy, Paris, 1826, in-12. Lettre à son frère, septembre 1773.

XXVI ^ Notice sur la vie

vaincre ses doutes et ses préventions, Bertin, qui travailla fort à cette conversion, espérait sans doute en être récompensé comme il le méritait.

Sans approfondir ce point plus quHl ne convient, mais sans oublier non plus d'ajouter que la rebelle, Hf^* de ***, se distinguait entre les plus jolies et les plus aimables, « par sa taille élégante, sa longue chevelure, son esprit qui étincelait dans ses yeux », nous brusquerons le dénouement en disant que l* habile et éloquent chevalier en vint à ses fins, et conquit à la Caserne cet esprit, ce cœur jusque-là hostiles, La cérémonie se fit avec toute la pompe que réclamait une si belle victoire. Le trône oit, devait prendre place la nouvelle initiée, plus reine que sujette, s'élevait au bord d'une longue galerie soutenue par des colonnes de verdure où, s'entrelaçait le chèvrefeuille. On aurait cru entrer dans le temple de la divinité que vénéraient ces très zélés, mais peu austères néophytes. Lorsque chacun y eut pris place, le comte- de Par ny, frère du chevalier de Parny, et qui, en l'absence de celui-ci, remplissait les fonctions de chancelier, donna l'accolade à la nouvelle chevalière, et Bertin, en lui remettant le thyrse et la couronne, ses nouveaux insignes, lui adressa ce discours, moins solennel encore que galant :

Le chancelier de la Caserne Qu'on vit fleurir chez les Latins, Ovide, ainsi que le moderne, Vous eût admise à ses festins ; Vous eussiez servi le falerne Aux plus aimables libertins !

Corinne, croyez-moi, dont vous prenez la place, Instruite par le dieu du goût, Paraissoit avec moins de grâce

Ei les œuvres de Bénin, xxvii

Tout ignorer, en sachant tout.

Oui , vous reçûtes en partage Sa beauté, son esprit, et son humeur volage, Ses talents enchanteurs et ses défauts plus doux ;

Elle fut peut-être, entre nous.

Pour les jeunes Romains plus facile et moins sage ;

Mais voilà le seul avantage Qu'au parallèle on lui donne sur vous ^

Beriin a chanté les Amours. Il nous est d'autant plus permis de parler des siens, que c'est à eux que nous devons les trois livres d'élégies qu'il publia sous ce titre en 1780. Sans être de véritables confessions, et à condition qu'on y fera largement la part de la fiction, et, plus encore peut-être, de l'imitation des élégiaques latins, de Tibulle, de Properce et d'Ovide, ces trois livres sont en quelque sorte la trilogie de ses aventures amoureuses. Lui-même en fait l'aveu : <ye corrige, écrit-il à son ami, le vicomte de Bourbon-Busset, ces Amours... qui n'ont d'autre mérite que d'être l'histoire fidèle de ma vie * ». Cette histoire, du reste, est l'éternelle histoire des amoureux. On triomphe, on chante sa victoire, — et qui l'a chanté avec plus d'ivresse que Bertin :

Elle est à moi! Divinités du Pinde,

De vos lauriers ceignez mon front vainqueur.

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