‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 19 sur 85 · I. Les Amours f lîv. III, élégie viix · texte numérisé non relu

I. Les Amours f lîv. III, élégie viix

a. Idem, liv. III, élégie v.

?. Lettre au chevalier de Parny, juin 1776,

Et les œuvres de Bertiri. xxxvii

de Fnuoifie m rendit canfpte dans un article qui, d'après la manière dont Beriin a parlé de La, Harpe, peut être attribué au célèbre critique :

% Dans un temps oit le néologisme, Vajgéterie des expressions, le clinquant des idées, la fausse enluminure sont si fort à la mode; oit Hon substitue au naturel, au sentiment, aux grâces, le maniéré, le petit esprit, les faux agréments, combien tous ceux qui aiment la belle poésie, la poésie vraie, naturelle, élégante, harmonieuse, ne doivent-ils pas applaudir aux talents d'un jeune poète qui, doué d'une imagination nette et agréable, et nourri de la lecture d^ Tibulle et d'Ovide, se montre digne, en quelque sorte, de les ressusciter dans notre langue; et, ce qui est remarr quaèle, de qui la diction, toujours poétique, toujours pitr toresque, s'est conseruée pure, franche et saine, au milieu de la contagion du mauvais goût, du mauvais style et du mauvais exemple! Depuis longtemps, il ne s'est rien fait dans le genre erotique déplus agréable, déplus voluptueux et de plus spirituel,». Au reste, nous ne donnons point d'éloges à l'auteur des Nouvelles Élégies /^«r dissimuler ses négligences ou ses imperfections. Nous serons vrais, et nous ne craindrons ni de louer ni mime de blâmer, La première élégie est imitée d'Ovide,,, Tous les juges éclairés et délicats,,, conviendront qu'en général le poète possède l'art de mettre en œuvre les endroits quil emprunte <^ Ovide, et plus souvent encore de Tibulle, Mais,,, ici l'imitation pouvait être plus heureuse,,. Nous invitons sincèrement l'auteur à retravailler sa pièce sur ces idées; il est plus capable qu'un autre de les faire valait,,, 4u surplus, la fin en est charmante, elle égale presque le latin,,. Rien déplus iinipU et de plus (iélicat

xxxvrii • Notice sur la vie

que la JH* élégie. Elle peut être regardée comme Vélan rapide âtune âme voluptueuse et passionnée.,. Voici de la poésie vraie et sentie. Ce n* est point là ce jargon mystique et alambiqué que Montesquieu appelle le mensonge de l'amour. Malheur aux âmes éteintes et desséchées qui ne sentiroient qu'à demi le charme des vers suivants :

« ma chère Eucharis, les dieux veillent sur nous...

« Tous ces détails sont pleins de charmes et riches de poésie. On y voit une imagination délicate, ornée de l'étude des poètes latins. Mais si l'auteur profite souvent de leurs idées, il ne les imite jamais servilement. Il joint les richesses de son imagination aux richesses antiques. Voici des vers oit, sans imiter ni Tibulle ni Ovide, il n'est inférieur ni à l'un ni à l'autre :

« O toit rustique et pauvre...

% Le lecteur partage? illusion du poète. On voit qti il nécrit que parce qiiil a senti. Son esprit part de îâme. Sa pensée est ou en sentiment ou en images qui, présentées sous les couleurs de la volupté, ravissent à la fois l'imagination, l'âme et les sens; mais les grâces ne sont pas les seuls caractères de sa poésie. Sa touche est quelqtufois savante et énergique. Le tableau qu'il trace de la moisson brille par une élégante correction :

« Voyez-vous ces vieillards...

« Cette description, selon nous, peut être mise en parallèle avec les morceaux les plus finis du poème des Saisons...

Et les œuvres de Bertin, xxxix

n ri y a guère de pa^esy dans ces trois livres ^«?5 Amours, <m Vûn ne trouve aisément des endroits aussi gracieux que ceux qtion vient de lire» V auteur est du très petit nombre de ceux qui parlent, dans toute sa pureté et avec son véritable accent, cette langue poétique que tant de ritneurs corrompent en essayant de la bégayer,.. Son style est plein d* images et d* agréments, et P on y remarque surtout cette tournure de pensées vive, naturelle et délicate qui décèle à la fois F homme déplaisir et le poète *. »

Lorsque Bertin touchait ainsi à la célébrité, les plaisirs avaient déjà beaucoup affaibli sa santé. Un moment, il avait cru ne pas survivre à Eucharis, et il adressait

ces vers aux mânes de sa maîtresse :

Eucharis, si tu peux m'entendre, Des bords du fleuve af&eux qu'on passe sans retour , Reçois ces derniers vers que j'adresse à ta cendre ! Lorsque, du sort, si jeune, éprouvant la rigueur, Tu périssois , hélas ! d'un mal lent et funeste ; Moi-même, tu le sais, consumé de langueur, Je voyois de mes jours s'évanouir le reste *.

Plîis d'une fois, au sein des plaisirs, dont U commençait

à voir le vide, il avait regretté une dissipation au milieu

de laquelle il sentait la vie lui échapper. C'est alors qtùil

décriait:

, Hélas ! à célébrer ma honte

Je perds les plus beaux de mes jours '.

I. Mercure de France, avril 1780, p. 2i(>. En 1774, La Harpe avait déjà parlé d'une pièce de Bertin : A Rosine, publiée dans VAlmanach des Muses de cette année. Voir plus loin, p. ^06,

a. Les Amours f liv. III, élégie xvi.

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