LIVRE SECOND
ÉLÉGIE I
QUAND je perdois les plus beaux de mes jours Si doucement aux pieds de ma maîtresse, J'imaginois, dans ma crédule ivresse, Qu'un tel bonheur devoit durer toujours.
« Qu'importe, hélas I me disois-je à moi-même, Que le temps vole? Il doit peu m'alarmer.
Après mille ans peut-on cesser d'aimer Ce qu'une fois éperdument on aime?
Quand j'aurai vu, moins bouillant dans mes vœux, S'évanouir les erreurs du bel âge, Et que mon front, dégarni de cheveux, M'avertira qu'il est temps d'être sage.
Rendu pour lors à mes premiers penchants, J'irai, j'irai loin d'un monde volage