‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 29 sur 85 · Frère aîné du chevalier de Parny · texte numérisé non relu

Frère aîné du chevalier de Parny

2. Feuillancour, où le chevalier de Parny avait une propriété et où se tenaient les réunions de la Caserne, Voir plus loin l'élégie XII et le Voyage de Bourgogne,

Les Amours.

Et sur l'épine blanchissante

Cueillir aes premières faveurs.

Aux champs le printemps vous appelle ;

Ah I profitez de ses beaux jours.

Heureux favori des amours,

C'est pour vous qu'il se renouvelle ;

Pour moi la peine, est étemelle.

Et l'hiver durera toujours.

ÉLÉGIE IX

A M. le chevalier de Parny '

E perds la moitié de moi-même, £t tu me défends de pleurer !

Ami, qui pourroit endurer Mon infortune et ma douleur extrême ?

Un autre, ô ciel ! de plaisir éperdu, Contre son cœur pressera l'infidèle !

Un autre dormira près d'elle Jusqu'au milieu du jour, à ma place étendu !

Et moi, pour prix de mes ardeurs sincères, Trahi, quitté dans l'âge des amours.

Hélas I je verrai pour toujours.

Comme des ombres mensongères, S'évanouir mes heures les plus chères, Les plaisirs séduisants, les voluptés légères,

I. En réponse aux vers que Parny lui avait adressés. (Livre 11^ élég. 6.)

Les Amours, 69

Sans verser des larmes amères.

Et sans tourner les yeux vers mes premiers beaux jours !

Non ; de ce courage suprême

Mon cœur est bien loin de s'armer.

Quiconque, en perdant ce qu'il aime, Peut se résoudre à vivre, est indigne d'aimer. Ne me reproche plus ma honteuse foiblesse :

TibuUe a tant pleuré sa chère Nééra !

Nous savons tous par cœur ces vers pleins de mollesse, Que loin de ses amours Pétrarque soupira.

Toi-même enfin, quand ta belle maîtresse.

Celle que tu chéris cent fois plus que tes yeux,

Premier objet de ta vive tendresse, T'exila sans pitié de son lit amoureux.

Souillé d'une indigne poussière.

Tremblant, égaré, furieux.

De tes deux mains arrachant tes cheveux.

Je f ai vu dans mes bras abhorrer la lumière. Et te plaindre à la fois des mortels et des dieux. Eh ! qui dans l'univers ignore tes alarmes ?

Quel cœur à tes chagrins n'a point donné de larmes? Du Pinde et de Paphos tous les antres émus Ont retenti cent fois du nom d'Éléonore; Dans V^ vallons d'Hybla, sur le sommet d'Hémus, Les 'oc^ers attendris le répètent encore.

ÉLÉGIE X

A Eucharis.

LE ciel, hélas ! veut venger mes injures ; Le ciel punit ton infidélité :

Tu perds déjà ta fraîcheur, ta beauté, Ton doux éclat et ces cheveux parjures Dont 1 or superbe enivroit ta fierté.

Combien de fois je t'avois prévenue :

« Mon Eucharis, fuis les jeunes amants; Sois dans tes mœurs discrète, retenue ; Ne perds jamais ta pudeur ingénue, £t garde-toi d'oublier tes serments!

Il est des dieux : si tu trahis ma fiamme, A leurs regards ne crois pas échapper ; Il est des dieux qu'on ne sauroit tromper.

Tremble, Eucharis ! ils lisent dans ton âme, Et puniront d'un étemel regret Le seul transport d'un désir indiscret. »

Je te l'ai dit; et je me souviens même

Les Amours. ji

Qu'en le disant, les yeux de pleurs noyés, Je te serrois, dans mon désordre extrême, Les deux genoux, et baisois tes deux pieds.

Alors, alors tu jurois, ô ma vie !

Que nul amant ne t^iteroit ta foi ; Et qu'à moi seul ta jeunesse asservie Refuseroit même le cœur d'un roi.

Quand son amour, aux deux bords de la Loire, De vingt châteaux doterait tes appas ; Quand, te couvrant des rayons de sa gloire.

Du lit au trône il conduiroit tes pas.

Avec ces mots, dans la nuit la plus noire.

Ton art divin me feroit voir les cieux.

Bien plus ; des pleurs, s'échappant de te.s yeux, Mouilloient ta joue et parcouroient tes charmes. Que je rougis de ma simplicité !

Oui, tu pleurois ; et moi, tout agité, Contre moi-même en secret irrité.

Je m'en voulois de causer tes alarmes, Crédule, hélas I et j'essuyois tes larmes.

C'en est donc fait : ta main brise nos fers ; £n me quittant tu ris encor, traîtresse I Songe du moins aux maux que j'ai soufferts Pour retenir ta volage tendresse.

Tu le sais bien; ton esclave amoureux N'a redouté ni les vents, ni la pluie.

Ni le soleil, ni le froid rigoureux.

Ni les torrents roulant des rocs affreux, Ni Jupiter sous un ciel en furie.

£t qui, dis-moi, célébra ta beauté ?

Paris encore est plein de mon délire;

1 Poisiêt de Berlin.

Sept ans entiers j'ai chanté sur ma lyre

Et ta constance et ma félicité.

En te TOjant, si la foule soupire,

Si tous les cœurs te décernent l'empire

Des déités, reines de l'univers.

Ingrate, hélas I tu le dois k mes vers.

Oui, je voudrois dans la flamme rapide

Anéantir ces vers adulateurs;

Oui, je voudrois que l'océan avide

Eût englouti mes écrits imposteurs.

On connoîtra malgré moi l'infidèle :

Vainqueur du temps, son nom vivra toujours.

On oubliera qu'elle a troublé mes joure.

Et les amants ne parleront que d'elle.

ELEGIE XI

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