‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 30 sur 85 · LES VOYAGES · texte numérisé non relu

LES VOYAGES

A. MM. de Parny.

J'ai souvent essayé de noyer dans le vin Ma peine et mes tristes alarmes :

O Bacchus I ton nectar divin S'aigrissoit sur mon cœur, et se tournoit en larmes. J'ai souvent essayé, dans la longueur des nuits, D'accorder sous mes doigts la lyre de Chapelle \ Les vers n'ont pu distraire mes ennuis, £t malgré moi je chantois l'infidèle.

Enfin, je l'avouerai, dans mes bras amoureux J'ai tenu quelquefois une autre enchanteresse; Mais tout d'un coup, au fort de mon ivresse.

Quand je touchois au moment d'être heureux, Le souvenir de ma maîtresse Venoit saisir mon cœur et glacer ma tendresse, Et je sentois expirer tous mes feux.

74 Poésies de Bertin,

Que n'ai-je point tenté ? Dieux ! qu'il est difficile D'abjurer promptement de si longues amours I Tant que le même mur nous servira d'asile, Tant que le même ciel éclairera nos jours, Hélas ! je le sens bien, je l'aimerai toujours.

Si vous voulez que je l'oublie, O mes amis, partons; ôtez-moi de seç yeux; Pour de lointains climats abandonnons ces lieux; Courons interroger les champs de l'Italie, £t lui redemander ses héros et ses dieux ; Fuyons, Adieu, remparts, superbe promenade, Dont les ormes toufiîis environnent Paris; Adieu, bronze adoré du plus grand des Henris ; Adieu, Louvre immortel, pompeuse colonnade; Adieu surtout, adieu, trop ingrate Eucharis !

Je le verrai, ce beau ciel de Provence, Ces vallons odorants tout peuplés d'orangers, Où l'on dit qu'autrefois des poètes bergers.

Les premiers dans leurs vers marquèrent la cadence.

Je verrai ce paisible port, £t les antiques tours de la riche Marseilles. Nos vaisseaux sont-ils prêts ? Poussez-nous loin du bord. Compagnons, courbez- vous sur des rames pareilles ; Fendez légèrement le dos des flots amers ; Abandonnez la voile au souffle qui l'entraîne.

Le zéphyr règne dans les airs; Et, mollement porté sur la mer de Tyrrhène, Je découvre déjà la ville des Césars, Rome, en guerriers fameux autrefois si féconde, Rome, encore aujourd'hui l'empire des beaux-arts, L'oracle de vingt rois et le temple du monde.

Les Amours, j^

Voilà donc les foyers des fils de Scipion,

£t des fiers descendants du demi-dieu du Tibre ! .

Voilà ce Capitole^ et ce beau Panthéon,

Où semble encore errer l'ombre d'un peuple libre !

Oh ! qui me nommera tous ces marbres épars

Et ces grands monuments dont mon âme est frappée?

Montons au Vatican ; courons au Champ de Mars^

Au portique d'Auguste, à celui de Pompée.

Sont-ce là les jardins où Catulle autrefois

Se promenoit lie soir à côté d'Hypsithille?

Citoyens, s'il en est que réveille ma voix,

Montrez-moi la maison d'Horace et de Virgile.

Avec quel doux saisissement Ton livre en main, voluptueux Horace, Je parcourrai ces bois et ce coteau charmant Que ta muse a décrits dans des vers pleins de grâce, De ton goût délicat éternel monument !

J'irai dans tes champs de Sabine^ Sous l'abri frais de ces longs peupliers

Qui couvrent encor la ruine De tes modestes bains, de tes humbles celliers;

J'irai chercher d'un œil avide De leurs débris sacrés un reste enseveli,

£t, dans ce désert embelli Par TAnip grondant dans sa chute rapide.

Respirer la poussière humide

Des cascades de Tivoli.

Puissé-je, hélas ! au doux bruit de leur onde Finir mes jours, ainsi que mes revers !

Ce petit coin de l'univers Rit plus à mes regards que le reste du monde.

j6 Poésies de Berlin.

L'olive, le citron, U noix chère à Paies, Y rompent de leur poids les branches gémissantes; Et sur le mont voisin les grappes mOrissantes Ne portent point envie aux raisins de Calès *. Là, le printemps est long, et l'hiver sans froidure; Là, croissent des gazons d'éternelle verdure; Là, peut-être, l'étude, et i'absence et le temps,

Pourront bannir de ma mémoire Un amour insensé qui ternit trop ma gloire.

Et dont le vain délire abrégea mes instants.

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