‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 37 sur 85 · LA MÉRIDIENNE · texte numérisé non relu

LA MÉRIDIENNE

A la même.

DIEUX I que Tair est calme et pesant !

Dieux ! qu'il fait chaud ! Sur quels rivages. Sous quels favorables ombrages Veux-tu reposer à présent ?

Le ciel se couvre de nuages, Neptune agite son trident; J'ai vu briller, à l'occident, L'éclair, précurseur des orages.

Viens, ce temps est fait pour l'amour, Viens, ô ma tendre et douce amie !

Au fond de mon humble séjour, Sur la natte fraîche et polie.

Du soir attendre le retour !

Fermons sur nous, à double tour, La porte du verrou munie,

Les Amours, 123

Et qu'une épaisse jalousie Nous dérobe aux clartés du jour.

£h quoi ! ta pudeur alarmée M'oppose encore un vêtement l As-tu peur, ô ma bien-aimée, D'être trop près de ton amant?

Lorsqu'il te presse, qu'il t'embrasse, Peux-tu rougir de son bonheur?

Ote ce lin qui m'embarrasse.

Ou des deux mains, sûr de ma grâce, Je le déchire avec fureur.

De ton beau corps, que j'idolâtre, Mes yeux parcourront tous les traits ; De tes trésors les plus secrets Mes baisers rougiront l'albâtre.

Couvre-toi dé fleurs, si tu veux ; Que ce soit ta seule imposture I Laisse une fois à l'aventure Flotter tes superbes cheveux; £t de cette conque azurée. Cuite dans Sèvre, et décorée Avec un soin industrieux, Parmi cent parfums précieux, Tirons ce nard délicieux Dont l'odeur seule fait qu'on aime, Qui prête un charmé à Vénus même, £t l'annonce au banquet des dieux.

ELEGIE XVI

Au» mânes <fEucharis,

DEPUIS que tu n'es plus, depuis que je te pleure, Le soleil a fini, recommencé son tour :

Je puis enfin vers ta demeure Tourner mes tristes yeux lassés de voir le jour. O toi, jadis Tobjet du plus ardent amour I Toi, que j'aimois encor d'une amitié si tendre,

Eucharis, si tu peux m'entendre Des bords du fleuve af&eux qu'on passe sans retour. Reçois ces derniers vers que j'adresse à ta cendre ! Lorsque du sort, si jeune, éprouvant la rigueur. Tu périssois, hélas I d'un mal lent et ftmeste. Moi-même, tu le sais, consumé de langueur.

Je voyois de mes jours s'évanouir le reste.

Tu mourus : à ce coup, j'en atteste les dieux, Je demandai la mort ; j'étois prêt à te suivre ; A mes plus chers amis j'avois fait mes adieux.

Catilie à l'instant vint s'offrir à mes yeux, Me serra sur son cœur; et je promis de virre.

Trop heureux sous sa douce loi.

Elle-même aujourd'hui permet que je t'écrive : Tout ce qui te connut te regrette avec moi.

Et cherche à consoler ton ombre fugitive.

Déjà, les yeux mouillés de pleurs.

Et brisant son beau luth qui résonnoit encore,

Le doux chantre d'Éléonore ^ Sur tes restes chéris a répandu des fleurs.

Il félève un tombeau ; c'est assez pour ta gloire.

Moi, plus timide, tout auprès

Je choisis un jeune C3rprès,

Et là je grave notre histoire.

A ce mot, Eucharis, ne va point f alarmer.

Loin de moi tous ces noms dont un amant accable

L'objet qu'il cesse de charmer I

Le temps a dû me désarmer,

Et ton cœur n'est point si coupable.

Pour un autre que moi s'il a pu s'enflammer.

Sans doute il étoit plus aimable...

Hélas I savoit-il mieux aimer ?

N'importe : dors en paix, ombre toujours chérie ; D'un reproche jaloux ne crains plus la rigueur :

Ma haine s'est évanouie. •

Tu fis, sept ans entiers, le bonheur de ma vie; Cest le seul souvenir qui reste dans mon cœur.

I. Parny, qui a pleuré Famie de Bertin dans la pièce Le Tombeau cfEucharis» Voir notre notice.

ÉLÉGIE XVII

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