LA VENDANGE
A Catilie.
UELS cris dans les airs retentissent !
Quels chants sur ces coteaux d'un ciel ardent brûlés ! Déjà, le thyrse en main, s'unissent Les Faunes aux Sylvains mêlés:
Les fougueux Égipans bondissent.
Et sous leurs pas au loin gémissent La terre et les bois ébranlés.
Ee front chargé des fruits d'une heureuse vendange, La bouche teinte encor des raisins qu'il a bus, Et penché sur son char, le dieu vainqueur du Grange Du plus riche des mois nous verse les tributs. Je naquis dans ce mois : voici le jour que j'aime; Daigne encor l'embellir, doux objet de mes vœux I De pampres et de fleurs viens orner mes cheveux;
Les Amours, 127
De pampres et de fleurs je t'orderai moi-même.
Que Tacier brille dans tes mains,
Qu'à ton bras pende une corbeille; Et, comme on voit la diligente abeille De leurs plus doux parfums dépouiller les jardins.
En te jouant détache ces raisins.
De sillons en sillons, cours, poursuis ton ouvrage ; Anime d'un souris ces pasteurs empressés,
Qui dans la vigne dispersés, A peine de leurs fronts surmontent son feuillage. On chante : dans Tosier tombent de toutes parts Ces raisins abondants qu'un sombre azur colore, Ceux dont l'émail pâlit, mais que le soleil dore ; Et bientôt avec pompe étalés sur des chars.
D'un peuple avide, au loin, ils frappent les regards, Encor tout rayonnants des larmes de l'Aurore. O soins délicieux I ô fortunés travaux.
Dont les &tigues même enchantent la paresse !
Cependant du sein des hameaux Il s'élèvft un long cri : la troupe, avec vitesse, De leurs derniers présents dégarnit les rameaux ; Le vieillard en triomphe apporte sa richesse. Tandis qu'un doux muscat retardant la jeunesse. Pour im seul prix offert anime vingt rivaux.
Succédez à ces soins, repas simple et rustique, Repas cent fois plus doux que les festins des dieux ! Sur l'herbe, assis en cercle, autour d'un vase antique, Sur ce mets odorant qui parfume les cieux.
Chacun porte à la fois et la main et les yeux. Le palais chatouillé/ d'abord la soif s'allume; Soudain paroît un broc qui, tout couvert d'écume ,
ij8 Poésies de Bertim,
Et rempli (f un vin doux dans la ferme ^iprêté, Far les plus prompts bu ve ur s est longtemps disputé. Il circule : arec lui oiculent la gaieté.
Les bons mots et reneur, Taudace et la fiolie. Lucas cueille un baiser sur le sein (f Égérie^ Qui toujours s'en ofifense et s'apaise toujours ; Mais sa nm g eur lui reste et la rend plus jolie; Ce baiser, ces combats;, ma chère Caitilie, Le tumulte les ris, les folâtres discours IXun convive animé qui doucement s'oublie.
Tout protège, encourage, ou nous peint nos amours : Tout prête à mon bonheur un charme qui l'augmente. Heureux qui, dans ce jour, conduisant son amant^ Le plaisir dans les yeux, de cercle en cercle errant. Lui porte un doux tribut dans Fargile fumante, Et d'un mets effleuré par sa lèvre charmante, Savoure, avec lenteur, le baume restaurant I Mais déjà l'ombre croît : la feuille qui mturmnre Annonce un vent plus ûais, humide en&nt du soir. Réservant pour tes jeux la grsq»pe la plus mftre. Tout ton peuple à Tenvi te demande au pressoir. Cède à ses cris joyeux et remplis son espoir;
Rends un moment à la nature Ces pieds si délicats que blesse leur chaussure; Monte : tout est tranquille, et tout va s'émouvoir. Le signal est donné : tous les yeux étincellent; Tous les pieds vont pressant ; tous les grains sont ouverts. De riches flots de pourpre au même instant ruissellent, Et l'ambre le plus pur s'exhale dans les airs.
Chantons, célébrons l'automne;
EnÊuits, répétez mes vers !
Les Amours.
Jentends déjà dans la tonne Le doux nectar qui bouillonna Et qui veut rompre ses fers.
Enseveli sous le sable Et réservé pour la table, Ce vin doit porter un jour Des bons mots à la jeunesse, Des erreurs à la sagesse, Des feux même à la vieillesse Et des désirs à l'amour.
ELEGIE XVIII