‹ Poésies et œuvres diverses du chevalier Antoine BertinChapitre 42 sur 85 · I. 1$ septembre 1774* (ATo/e de Berlin · texte numérisé non relu

I. 1$ septembre 1774* (ATo/e de Berlin

Voyage de Bourgogne, ' 155

Où d'énormes raisins, que la pourpre colore, Font ployer mollement le flexible rameau ; Là, des arbres taillés ou des bois sans culture,

Ici, le sommet d'un château.

Plus loin, le toit fumeux d'une cabane obscure. Descendent sur les flots se peindre en miniature; Et sur les bords de ce tableau Toujours mouvant, toujours nouveau.

Que déroule, à mes yeux, la prodigue nature.

J'aperçois encore un troupeau Broutant les fleurs et la verdure , Tandis que le berger, penché vers l'onde pure, S'abreuve, à deux genoux, dans le creux d'un chapeau.

Il faut^ mon cher ami, que je te donne une idée de la cage où nous sommes enfermés. Uentrepont est occupé par des moines, des catins, des soldats, des nourrices et des paysans*; et je crois être à bord de ces navires destinés à peupler quelques terres nouvellement découvertes, et chargés d'animaux de toute espèce. Celui qui, parmi nous, s'intitule le patron, a sa cabane près du gouvernail. L'antre de la vivandière n'est pas loin; et, ce qui n'est point plaisant pour les malheureux qui n'ont point fait leurs provisions, c'est que la cuisine n'est séparée de ce qu'on nomme à bord les bouteilles que par une cloison. Le tillac est embarrassé de cordages; et d'ailleurs le temps ne nous permet pas de nous y promener. On n'a pour ressource que six espèces de cahutes, enviées et sollicitées comme l'archevêché de Cambrai qui

I. Comparer le début du chant III de' I^^Ver/, le joli poème de Grasset.

1^4 Poésies de Bertin,

vient de vaquer^. Grâces à nos cocardes, nous en avons obtenu une en dépit d'un tapageur, curé de son métier, qui Tassiégeoit depuis minuit. Nous y avons donné l'hospitalité à deux femmes, Tune vieille, l'autre assez jeune. Jusqu'à présent ces dames ne nous ont rien fourni d'intéressant : donnons-leur le tem j>s de se reconnoître; nous y reviendrons si elles en méritent la peine. Arrêtons-nous pour observer encore mon modèle, et pour mieux assortir les couleurs, qui seront nécessairement bigarrées dans la copie comme elles le sont dans l'original.

Le vent est toujours nord-ouest. Il paroît décidé que le jeune dieu de Délos ne nous montrera point d'aujourd'hui sa blonde chevelure. Plus amoureux qu'à l'ordinaire, il lui en coûte peut-être d'abandonner le lit de Téthys. J'en fais mon compliment à la déesse, et surtout à son amant. Cependant il fait froid, et il tombe de temps en temps une pluie très fine qui m'a obligé deux fois de descendre du gaillard pour me replonger dans la cabane. Le soleil ne paroissant point, nous n'avons pu prendre hauteur : sur les neuf heures, nous eûmes connoissance de Choisy.

Sous ces ombrages solitaires, Au fond de ces bosquets fleuris, Qu'a souvent quittés et repris L'essaim des Voluptés légères,

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