I. Le II septembre 1774, par la mort de Léopold-Charles â
de Choiseul-Stainville, frère du ministre, né le 6 décembre 1724, f
et qui occupa les sièges d'Évreux (i7$8), d'Âlbi (i7$9), et de I Cambrai (1764.), où lui succéda Rosset de Fleury.
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On voit encor quelques débris Du temple, où l'on sait dans Paris Qu'autrefois la belle C)rpris Eut ses trépieds et ses mystères.
C'est là, qu'entouré des Amours Dont il fut Tapôtre fidèle.
Le desservant de la chapelle, Gentil Bernard ^ dans ses beaux jours Instruisoit , dit-on , sa bergère ; Mettoit l'art d'Ovide en chansons ; Et le soir, couronné de lierre, Étoit payé de ses leçons Dans les bras de son écolière.
Nous fûmes tentés de visiter les ruines du temple, et d'y faire un petit pèlerinage; mais il s'éleva tout à coup un vent de terre qui repoussa notre vaisseau au large. Nous déjeunâmes, en fuyant de Choisy^ avec des tartelettes que les naturels du pays apportèrent à bord : nous y joignîmes de beaux raisins colorés, d'excellentes poires de Crézane, et une bouteille de mon vieux vin de Sainte-Marie, dont nous vîmes malheureusement la fin avant celle de la Terrasse. Je ne Feus pas plus tôt perdue de vue, et senti la douce
I. <f Bernard, raconte Grimm, avoit connu M*"" de Pompadonr avant qu'elle fut à la cour; lui et l'abbé de Bernis étoient les beaux esprits de la société obscure de M"** d'Étiolés, sous-fermière ; elle s'en souvint dans sa fortune : l'abbé devint ministre et cardinal, Bernard resta Gentil-Bernard sur le pavé de Paris, trop sage pour vouloir d'une fortune plus brillante. M™* de Pompadour le fit cependant bibliothécaire du roi à Choisy, poste qui, sans le fatiguer, lui procura une très jolie habitation. » Correspond, litt., édit. Tourneux, t. IX, p. 2 $8.
156 Poésies de Bertin,
chaleur du vin, que, recouvrant tout à coup cette heureuse liberté ordinaire aux navigateurs et nécessaire aux poètes : « Est-ce là, m'écriai-je, suivant Tusage établi depuis Pindare, et dans une espèce d'enthousiasme qui ne laissa point d'étonner un peu mes compagnons de voyage ; est-ce là
Ce modeste et riant séjour Où jadis, toute en proie à ses tendres alarmes,
Montpensier, dupe de la cour, Dupe de son amant, mais pleine de ses charmes, Venoit goûter en paix, seule avec son amour.
Le plaisir si touchant de répandre des larmes. Et qui depuis, élu roi des lieux d'alentour.
Dans son parc embelli vit régner tour à tour Entre le jeu, le vin, l'intrigue et la paresse, La chasse, les concerts, le spectacle et la messe, Tous ces objets, beaux, doux, séduisants, faits au tour,
Tant renommés aux fastes de Cythère, Mailly, de qui Vénus eût appris l'art de plaire, Vintimille, sa sœur, rivale trop sévère.
Et la Toumelle et Pompadour ?
Que ces lieux sont changés ! La nymphe vagabonde N'y fait plus de ses cris retentir les échos :
De dépit, le satyre immonde
Court se cacher sous les roseaux ; Bacchus s'enfuit; au loin règne une paix profonde, Et, sous le frais abri de ces riants berceaux, On n'entend plus que le chant des oiseux
Et le doux murmure de l'onde.
Bacchus s'enfuit : beaux lieux, consolez-vous. Ah! qu'il porte, s'il veut, aux peuples de la Thrace
L'erreur et la bouillante audace,
Le prompt démenti, la menace,
Et le téméraire courroux :
Des dieux plus humains et plus doux
yr».
1 Voyage de Bourgogne. 157
Duu TOtre enclos sacré, beaitx tieiu, ont pris «a place,
Et régnent doublement sur nous.
Au tumulte, à la folle ivresse,
Aux lanceurs de l'oisiveté,
Succèdent la délicatesse,
L'esprit , le goût , la politesse ,
Et cette aimable volupté
Qu'approuve mSme la sagesse.
Voua n'êtes point changés, vous Êtes embellis. Votre gloire s'accroît par de telles disgrSces. Oui, vous serez encore à nos yeux attendris L'asile des vertus, des talents et des grScea, Si vos dédales verts , si vos sentiers fleuris Sont encor quelquefois honorés par les traces
Et d'Antoinette et de Louis,
3 temps continue : nous !
semblés dans la cabane. Ton frère lit la confession charmante du comte de •* ' ; La G... ', le Roman eomiquej et moi je te griffonne, comme je puis, sur mes genoux, cette épitre interrompue souvent par les chansons à boire de quelques compagnons ivrognes. La plus jeune de nos femmes 01. " ses grands yeux noirs pour me voir écrire, et me prend sans doute pour le diable qui, chemin fÊiisant, ajoute un nouveau chapitre à son grimoire. L'autre est occupée depuis deux heures à essuyer et à vanter, sans
1. Ld CoB/ewfonî du comte de "'. 4m«terdani, 17,^1: roam de Duclos, on la Confession de Zalmi, par Ginguené.
3. Peul-ïlre, mai» ce n'est U qu'une conjecture tri» haiardét, M. de La GervEisaia, ce jeune gentilhomme breton, qui inspira il M"" de Cond* (Louise-Adélaïde de Bonrbon), un seulimenl à la fols ti tendre et ai pur. Voir Lettres intimes de i^ de Condià M, de la Gervaisais, Paris, Didier, 1S7B.
1^8 Poésies de Beriin,
qu'on récoute, certain tableau poudreux dont elle doit décorer son salon de campagne, et qui représente, à peu près, une bergère dans un bocage. Pour l'empêcher de tarir sur les éloges, nous lui avons persuadé, en notre qualité de connoisseurs, que la tête étoit de Rubens, la gorge du Carrache, les bras de Michel- Ange, et les draperies de Scipion l'Africain*
Tu ris, peut-être, mon cher ami, de voir ainsi les jeunes disciples de Chaulieu, avides de tout voir et de tout connoitre, quitter cette agréable maison du Marais, s'arracher à leur doux train de vie, et, choisissant de préférence l'équipage de Scudéry, se faire un amusement de ce qui feroit le supplice des autres hommes. Que nous voudrions te posséder ici, toi qu'un destin jaloux promène sur les mers, aimalde successeur d'Ovide, exilé comme lui parmi les Gètes l Que pous regrettons ta gaieté sage, ta douce philosophie,, nos disputes sur le sel attique, qui n'en étoient point dépourvues, et le plaisir que nous goûtions à fentendre, lorsqu'assis à table parmi nous, les portes fermées, et le front couronné de roses,
Tu chantois tour à tour L'art d'aimer y l'art de plaire, Et Corinne et Glycère Et le vin et l'amour !
Je jette un coup d'œil dans l'entrepont ; j'aperçois, à la même place, le même moine buvant avec la même ardeur, mais non pas de la même bouteille. Son cerveau me paroit déjà bien offusqué de la vapeur
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des raisins d'Orléans. Le célestin n'avoit pas besoin de cette seconde enveloppe; son âme avoit assez de peine à percer le crâne dur et rond dont elle est encroûtée. Les laquais jouent, les mariniers jurent, et le célestin boit toujours.
Sur les deux heures après midi, nous doublâmes le cap de Corbeil. Nous vîmes en passant, à l'aide des lunettes, les superbes magasins où Ton entassoit cidevant les grains mouillés et mélangés pour la commodité^ du public. Cet aspect nous rappela naturellement lés petites provisions que nous avions faites. Le conseil s'assembla, et il fut décidé que nous dînerions. Je suis bien aise de te dire que ce point fut discuté avec la même importance que lorsqu'il s'agit, dans un coup de vent, de relâcher à Rio- Janeiro.
Une planche sur nos genoux, Voilà notre table dressée ; Par-dessus, la feuille de choux Tient lieu de nappe damassée.
D'abord un énorme pâté Présente ses flancs redoutables, Bien et dûment empaqueté Dans un long Discours sur les Fables, £t dans l'Ode à Sa Majesté.
Ce pâté fut cuit par Le Sage, Par ce pâtissier si vanté 1, Dont le beau nom sera chanté Par les goiumands du dernier âge, Si mes rimes ont l'avantage D'aller à l'immortalité.