SUR SA GOUTTE
EST-n, bien vrai qu'en ce moment, £n proie au plus cruel martyre, O du Pinde rare ornement.
Vos doigts engourdis tristement Xe peuvent plus pincer la lyre?
Je me souviens bien qu'autrefois.
Menant tous deux joyeuse vie, A table, auprès de Maillebois, Humant, buvant jusqu'à la lie Le vin d'Aï, le vin d'Arbois, Le Rivesalte et le Hongrois, £t celui de Commanderie, Nous chantions d'une heureuse voix Thémire et Glycère et Silvie :
Mais je me souviens bien aussi Que dès lors et prudent et sage.
Poésies diverses, 26'^
Avec ce qu'il faut, Dieu merci I Pour ne l'être qu'au dernier âge, Tandis que d'un si bon courage Me livrant à tous mes désirs, Pourvu d'un moins riche héritage.
Je le semois sur mon passage, Et dévorois tous les plaisirs; Vous, pour en jouir davantage.
Voluptueux épicurien.
De tout faisant un peu d'usage, Vous n'abusiez jamais de rien.
De l'étemelle Providence Admirons les desseins cachés :
C'est moi qui commis les péchés.
Et vous en faites pénitence.
Mais croyez-moi, consolez-vous D'un mal qui vous lait des jaloux.
Et songez que l'gn vous contemple.
Disciple harmonieux et doux De l'aimable goutteux du Temple, Comme lui chéri tour à tour.
Et du dieu que l'on nomme Amour, Et du puissant fils de Sémèle, Il ne vous manquoit aujourd'hui.
Pour égaler votre modèle, Que d'être goutteux comme lui.
Mais votre gloire est plus brillante; Vous devez vivre plus longtemps :
Car vous obtenez à trente ans Ce qu'il n'eut, dit-on, qu'à soixante.