LES DEUX FRÈRES DE PARNY
TROTTANT an milieu des hivers Sur l'aflBreux chemin de Saîntonge, Meurtri par cent cahots divers , Dont Tun m'élève dans les aiirs, Et Tautie aux enfers me replonge ; C'est à vous qu'en courant j'écris, Très chers firères en Épicure, A vous, qui de repos nourris, Et contre les maux que j'endure Bien retranchés sous vos lambris, Dans mainte agréable peinture.
En dépit d'un ciel toujours gris.
Revoyez les fleurs, la verdure.
Et ne jugez de la froidure Que par le Journal de Paris Et les nouvelles du Mercure.
Que £aites>vous en ce moment Sur les bords heureux de la Seine?
Votre cœur pressent-il ma peine?
Songez-vous à moi seulement?
Peut-être qu'au sortir de table,
Poésies diverses, 26c
Après un dîner délectable Dont votre esprit fit l'ornement, Humant la liqueur d'Arabie Dans des soucoupes du Japon, Vous calmez de ce doux poison Les vapeurs de la Malvoisie, Ou d'un vieux vin de Canarie Imprégné d'ambre et de goudron ; Vous jugez la pièce nouvelle.
Vous fredonnez quelque chanson.
Tandis que sur un autre ton, A travers la brume étemelle Qui cache à mes yeux l'horizon , A chaque poste je querelle Maître, chevaux et postillon.
Je sais bien qu'autrefois TibuUe, Entre les deux monts que voilà.
Comme moi, devers Nante alla^ ; Mais ce fut sous la canicule :
Il suivoit son cher Messala.
La route alors étoit plus belle, Car le préteur pouvoit venir ; £t l'intendant de la Rochelle Avoit soin de l'entretenir.
TibuUe étoit couvert de gloire ; Il avoit dompté, tour à touTi Le Var, la Garonne et l'Adour :
Il couroit soumettre la Loire, £t l'appareil de la victoire Trompoît les chagrins de l'amour.
Du souvenir de l'Italie On cherchoit à le consoler :
Il eut partout la comédie ; Et s'il lui manquoit sa Délie, Il pouvoit du moins en parler.