‹ Poésies et théâtreChapitre 10 sur 86 · GLORIA · texte numérisé non relu

GLORIA

Gloire à Dieu dans le ciel ! Cet hymne des vieux jours De mes pensers amers soudain change le cours.

La nuit de son voile sombre A couvert Jérusalem; Des bergers paissent dans l'ombre Leurs troupeaux vers Bethléem ; Et voilà que sur la terre, Un ange blanc de lumière Vole à leurs yeux confondus, Et la flamme de sa trace, Et la splendeur de sa face Les renversent éperdus.

Mais l'esprit, fermant son aile :

« Soyez sans crainte, ô pasteurs !

Car j'annonce une nouvelle

Qui va réjouir vos cœurs.

Vous verrez couvert de langes, Celui devant qui les anges Ont tous le front prosterné.

Allez : au fond d'une étable, Le Dieu fort et redoutable, Le Sauveur du monde est né. »

Il dit. La nuit dans ses voiles Soudain s'enveloppe et fuit ; De ses plus belles étoiles Le ciel se couronne et luit; Du haut du céleste dôme, Dans l'air que leur vol embaume Les anges prennent l'essor, Et sur Israël qui tremble, Leurs voix s'unissent ensemble Aux sons de leurs harpes d'or.

La terre, alors enivrée De ces concerts des élus, Depuis cette nuit sacrée Ne les a plus entendus. ' Le Ciel a repris ses anges; Mais leur hymne de louanges

4 8 «LIVRES DE Cil. DE BERNARD.

Vit encor dans le saint lieu, Et comme son chant de fête, L'Église après eux répète :

Paix à l'homme! gloire à Dieu l

LEVANGILE.

Silence, chants du cœur ! voix de l'homme, silence !

Votre Dieu va parler ; l'Évangile commence.

Les séraphins, dit-on, voilent en l'écoutant

La flamme de leurs yeux sous leurs ailes d'argent,

Car c'est du Dieu jaloux la vivante parole ;

C'est elle qui punit, c'est elle qui console.

Et quelle voix jamais avec tant de grandeur

Sut confondre l'esprit et pénétrer le cœur?

Épictète, Zenon, et vous tous, dont la Grèce

Admira si longtemps la stoïque sagesse,

Auprès du livre saint que vos livres sont froids ï

Combien votre vertu pâlit devant la croix !

Que d'hommes parmi vous, démentant leur langage,

Cachant un cœur gâté sous un manteau de sage,

Ont, tout courbés déjà sous le fardeau des ans,

Dans le vice fangeux souillé leurs cheveux blancs !

Car la raison terrestre, ainsi qu'une ombre vaine,

Pendant un temps nous berce et sa voix nous entraîne.

Mais celui qui dans elle a cherché son appui,

Comme un faible roseau la sent rompre sous lui,

Et bientôt, sans soutien, sans croyance et sans joie,

Il se voit seul, aveugle et perdu dans sa voie.

Mais ta parole, ô Christ ! est un guide certain :

Celui qui croit en elle est sûr de son chemin.

Et moi qui n'y crois plus, moi dont l'âme est rebelle,

Je m'incline pourtant comme un chrétien fidèle ;

En rejetant ta loi j'admire sa beauté,

Et mon cœur l'aime encor dans son impiété.

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