‹ Poésies et théâtreChapitre 9 sur 86 · KYRIE ELEISON · texte numérisé non relu

KYRIE ELEISON

Entrons : le peuple est à genoux ;

Vers l'autel les prêtres s'avancent;

Les chants sacrés au ciel s'élancent :

Seigneur, ayez pitié de nous!

C'est le cri de douleur que dans le sanctuaire,

Pécheurs, ont élevé vos voix ; C'est le premier encens qu'apportent à la croix

Vos fautes et votre misère.

On nous dit que vos rangs pieux,

Du siècle fuyant la souillure,

Gardent encor fervente et pure

La croyance de nos aïeux.

Mais qui de vous pourrait dire avec assurance

Me voici devant toi, Seigneur ; J'apporte à tes autels les prémices d'un cœur

Dont rien n'a flétri l'innocence ?

Est-ce toi, qui ne sais prier

Qu'assis à la première place,

Pharisien ? Ton cœur de glace

En vain paraît s'humilier; Tes soupirs sont appris, ta foi n'est qu'un spectacle,

Et tu viens, sépulcre blanchi, L'esprit gonflé d'orgueil et le genou fléchi,

Mentir au pied du tabernacle.

Est-ce toi, dont les yeux d'azur Semblent dormir sous leurs paupières ; Qui, recueillie en tes prières, Penches ton front modeste et pur ?

Ta pudique beauté, qu'un long voile protège, Nous retrace, ô fille du Ciel !

Les vierges que l'amour apprit à Raphaël Et les madones du Corrége.

Et, ce soir, au bal tu viendras,

Vive, brillante, enchanteresse,

Et mille amants avec ivresse

Voleront, épris, sur tes pas ; Et peut-être l'un d'eux verra tes yeux de sainte

Languir sous son regard brûlant ; Ses bras t'enlaceront, et ton sein en valsant

Bondira sous leur douce étreinte.

Vous tous qui priez à genoux,

Femme ou vieillard, jeune homme ou prêtre,

Un seul élu digne de l'être

Se trouverait-il parmi vous?

Dans les plis de vos cœurs mes yeux savent descendre,

Et, comme dans ce fruit menteur Qui croît aux bords du lac maudit par le Seigneur,

Je n'y vois qu'une vile cendre.

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