KYRIE ELEISON
Entrons : le peuple est à genoux ;
Vers l'autel les prêtres s'avancent;
Les chants sacrés au ciel s'élancent :
Seigneur, ayez pitié de nous!
C'est le cri de douleur que dans le sanctuaire,
Pécheurs, ont élevé vos voix ; C'est le premier encens qu'apportent à la croix
Vos fautes et votre misère.
On nous dit que vos rangs pieux,
Du siècle fuyant la souillure,
Gardent encor fervente et pure
La croyance de nos aïeux.
Mais qui de vous pourrait dire avec assurance
Me voici devant toi, Seigneur ; J'apporte à tes autels les prémices d'un cœur
Dont rien n'a flétri l'innocence ?
Est-ce toi, qui ne sais prier
Qu'assis à la première place,
Pharisien ? Ton cœur de glace
En vain paraît s'humilier; Tes soupirs sont appris, ta foi n'est qu'un spectacle,
Et tu viens, sépulcre blanchi, L'esprit gonflé d'orgueil et le genou fléchi,
Mentir au pied du tabernacle.
Est-ce toi, dont les yeux d'azur Semblent dormir sous leurs paupières ; Qui, recueillie en tes prières, Penches ton front modeste et pur ?
Ta pudique beauté, qu'un long voile protège, Nous retrace, ô fille du Ciel !
Les vierges que l'amour apprit à Raphaël Et les madones du Corrége.
Et, ce soir, au bal tu viendras,
Vive, brillante, enchanteresse,
Et mille amants avec ivresse
Voleront, épris, sur tes pas ; Et peut-être l'un d'eux verra tes yeux de sainte
Languir sous son regard brûlant ; Ses bras t'enlaceront, et ton sein en valsant
Bondira sous leur douce étreinte.
Vous tous qui priez à genoux,
Femme ou vieillard, jeune homme ou prêtre,
Un seul élu digne de l'être
Se trouverait-il parmi vous?
Dans les plis de vos cœurs mes yeux savent descendre,
Et, comme dans ce fruit menteur Qui croît aux bords du lac maudit par le Seigneur,
Je n'y vois qu'une vile cendre.