CREDO
Mais du prédicateur la voix soudain s'est tue ;
Le sermon est fini; la messe continue,
Et le prêtre à l'autel élève un nouveau chant :
Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant.
Créateur éternel du ciel et de la terre.
Je crois, répond le peuple, et comme le tonnerre
Mille voix à la-fois aux voûtes ont jeté
Ces mots, serments sacrés de leur fidélité,
Je crois... Un jour aussi mon cœur se le rappelle,
Dans ce riant matin dont l'aurore est si belle,
Où Phomme, comme un lys vierge et pur en sa fleur,
En naissant à la vie semble naître au bonheur ;
Un jour je crus comme eux. Mon âme avec délices
De son printemps doré savourait les prémices.
Riche de mon enfance, à la face des deux,
Je m'élevais docile, innocent et pieux,
Et d'un cœur simple encor j'adressais ma prière
Au Dieu que m'apprenait l'exemple d'une mère.
J'étais heureux alors, et de ces jours de paix Le souvenir toujours attriste mes regrets. Mais bientôt à mes yeux mille vagues chimères Firent briller au loin leurs beautés mensongères; Mon âme en fut séduite, et pour les embrasser, Dans leur monde étranger brûla de s'élancer ; En vain la loi du Ciel comme un mur redoutable S'élevait devant moi ; mon cœur déjà coupable Le franchit, et bientôt dans l'incrédulité Il marcha libre et fier de son impiété.
Tel sur le sol brûlant de la jaune Arabie "Vole un jeune coursier; sa bouche enorgueillie Du frein qu'elle a rompu fait tournoyer les fers. Hier, il a rêvé, dans le fond des déserts, Un air moins dévorant, de plus riants ombrages, Et des sources d'eau vive et de verts pâturages ; Il court : le sable d'or que soulèvent ses pas Enveloppe sa trace et ne la garde pas; Une fraîche oasis au loin charme sa vue, Mais toujours, devant lui, dans l'immense étendue, Comme l'ombre d'un mort désertant son cercueil, Elle fuit. Haletant, il s'arrête ; son œil Parcourt de l'horizon la ceinture enflammée, Mais il y cherche en vain la tente accoutumée, Et le turban du maître et le palmier poudreux; Partout c'est le désert ou l'abîme des cieux ;
Faible, enfin il succombe, et sa bouche altérée, Pleurant alors le frein dont elle est délivrée, Se détache parfois des sables qu'elle mord Pour boire un souffle d'air, et cet air c'est la mort !
Tel fut mon sort, hélas ! mon âme de ses songes Vit se faner bientôt les plus riants mensonges ; L'Eden que je cherchais se trouva le désert ; Dans le chemin de mort que je m'étais ouvert, La fleur qu'avait cueillie une main enivrée S'effeuillait sans parfum, une fois respirée. La femme que j'aimais, je ne l'aimais qu'un jour; Mon cœur usé déjà ne savait plus l'amour. J'avais douté du Ciel, en qui pouvais-je croire ? Aussi vertu, talent, amour, désir de gloire , Je vis tout s'envoler comme un rêve imposteur, Et je demeurai seul dans l'ennui de mon cœur. C'est ainsi que se traîne et végète ma vie. En vain, pour l'éveiller de cette léthargie, J'implore quelquefois un plus cuisant tourment, J'appelle des remords ; j'appelle vainement. Aucune voix du ciel ne gronde à mes oreilles; Aucun spectre vengeur n'épouvante mes veilles; Mon cœur d'aucun poignard ne se trouve percé, Et je dors dans ma nuit incrédule et glacé.