COMMUNION ET FIN
A votre Dieu vivant dans son Eucharistie Unissez-vous, chrétiens : moi, de la blanche hostie
Je ne prends plus ma part.
J'ai jeté loin de moi la robe sans souillure ; J'ai quitté le Seigneur, comme un soldat parjure
Quitte son étendard.
J'ai renié ma foi pour un vain nom de sage, Comme Esaù jadis livra son héritage
Pour un grossier festin, Et j'ai vendu le Ciel qui m'attendait peut-être, Pour des roses d'un jour qu'une aurore voit naître,
Et qui mourront demain.
J'ai dit : Rien ne survit à l'homme sur la terre ; La justice d'un Dieu de leur froide poussière
N'éveille pas les morts; Et quand la lampe humaine a vu tarir sa flamme,
Dans le sein du néant il est des vers pour l'âme Ainsi que pour le corps.
0 néant ! c'est vers toi que mon esprit s'élance ! C'est un tombedu sans fin, sans joie et sans souffrance
Que creuse mon espoir ; Là je veux m'endormir dans mon sommeil tranquille, Ainsi que le soleil dans la mer immobile
S'endort quand vient le soir.
Là s'évanouira votre vaine fumée, Illusions d'amour; désir de renommée,
Espoir d'un souvenir.
Une mort solitaire, une tombe sans gloire, Et chez ceux que j'aimais l'oubli de ma mémoire,
Voilà mon avenir.
Ah ! cette idée est triste, et c'est là mon supplice. N'importe; de ma main j'ai rempli le calice,
Il le faut épuiser; Goutte à goutte je dois m'abreuver de sa lie, Jusqu'à ce que la mort sur ma tête pâlie
Vienne enfin se placer.
Mais si dans mon déclin la foi de mon jeune âge Pouvait, comme une Heur échappée à l'orage,
Un seul jour refleurir !
Ou bien si comme Paul une vive lumière, De son rayon céleste inondant ma paupière,
La forçait de s'ouvrir !
Dans quel ravissement, pure enfin de sa fange, Mon âme vers le ciel, sur les ailes d'un ange,
S'envolerait soudain !
De mon Dieu retrouvé, comme ma voix fidèle Chanterait les grandeurs et cette heure si belle
Qui changea mon destin !
Vain espoir ! la lumière au ciel reste cachée. La fleur qui pend encore à la branche séchée,
Est morte pour toujours.
Des rives de la mer où son penchant l'entraîne, Le fleuve mugissant vers sa source lointaine,
Ne reprend pas son cours.
Église antique, adieu ! la messe est terminée, Et le prêtre a béni la foule prosternée.
Gardez bien votre foi, C'est le plus précieux de tous vos héritages; Chrétiens que j'aime, adieu ! plus que moi soyez sages
Et plus heureux que moi.