‹ Poésies et théâtreChapitre 16 sur 86 · LA FRANCE · texte numérisé non relu

LA FRANCE

O patria!

(Tancrbdi.)

Bardes du Nord, vantez les grâces De Moscow, la fille des Czars, Dont brillent au loin sur les glaces Les tours et les dômes épars.

Reine des eaux, île fleurie, Chante les vents et leur furie Muets devant ton pavillon; Et ton fleuve aux vagues profondes, Roulant les tributs des deux inondes Jusqu'au pied des murs d'Albion.

Portugais, célébrez le Tage Et Lisbonne aux orangers verts, Qui baigne, assise sur la plage, Ses pieds dans le bassin des mers.

Peuple veuf de ta renommée, De géant devenu pygmée, Rappelle tes vieilles vertus; Romains, que sur le Capitole Votre aigle indigné se console Au souvenir des deux Rrutus.

Nous, sous notre blanche (1) bannière, Français, courons tous nous ranger, Et laissons la lyre étrangère Chanter un hymne à l'étranger.

Sois ma muse, ô France chérie !

Ta voix inspire le génie Mieux que le souffle d'Apollon ; Ton amour aujourd'hui m'enflamme; Qu'il fasse éclore de mon âme Des accents dignes de ton nom.

Il est aux champs de la patrie Un charme qui séduit mon cœur; La verdure en est plus fleurie, Les bois en ont plus de fraîcheur,

(I) Cette pièce a été composée à l'époque où le drapeau blanc flottait sur les murs d'Alger.

Le vent d'une plus douce haleine Berce les épis dans la plaine, Et semble en passant les baiser; La mer même pendant l'orage, D'un flot plus pur, sur son rivage, En mugissant vient se briser.

Un plus formidable tonnerre Gronde et rugit dans nos canons ; D'un pied plus ferme sur la terre On voit marcher nos bataillons ; Le noble étendard de la France Avec plus de grâce balance Dans les airs sa blanche couleur; La voix d'airain de nos trompettes, Et les flammes de nos aigrettes Glacent l'ennemi de terreur.

Et toi, dont les pudiques charmes

Fleurissent mieux nos gais vallons

Que le lis qui luit dans nos armes,

Ou que la rose de Sarons,

Quels accents pourraient nous décrire

L'attrait naïf de ton sourire,

Les tresses de tes blonds cheveux,

Les doux trésors de ton corsage,

De ta voix le tendre langage

Ou Téclair qui brille en tes yeux?

Près de toi la belle étrangère

Voit s'éclipser tous ses attraits ;

A celui pour qui tu veux plaire

Nulle autre ne plaira jamais;

Mais si ta grâce séduisante,

Comme une magie enivrante,

Bien mieux qu'ailleurs sait nous charmer ;

Crois-moi, dans notre douce France,

Mon cœur t'en donne l'assurance,

Bien mieux qu'ailleurs on sait aimer.

Ainsi qu'une mère chérie Est heureuse de ses enfants, Sois fière, ô ma noble patrie, De ceux que célèbrent mes chants; Tes fils sont braves et fidèles, Tes filles des Heurs les plus belles Ont les grâces et la fraîcheur.

Et ton nom, que chérit la guerre, Chez tous les peuples de la terre, Se prend pour celui de l'honneur.

Un jour, jour de deuil et de larmes, Au souille des lointains frimas

Tes yeux virent tomber les armes Des bras glacés de tes soldats ; Les baïonnettes étrangères Luirent sous le ciel de nos pères, Rouges du sang de nos guerriers, Et naguère on lisait encore Aux arbres dont Paris s'honore, Les dents des tartares coursiers.

Alors de ta tête souillée,

Sous le joug d'un grossier vainqueur,

Glissa la couronne effeuillée

Des lauriers, prix de ta valeur;

Mais cet injurieux veuvage

N'a pas longtemps sur ton visage

Imprimé le crêpe du deuil,

Il est né des jours plus prospères,

Et les lauriers saints de nos frères

Ont reverdi sur leur cercueil.

Puisse leur couronne enlacée

Au doux olivier de la paix,

Sur ta tête cicatrisée,

0 France, fleurir à jamais!

Mais qu'un seul jour sur ta frontière

L'étranger lève sa bannière,

Sur tes enfants tu peux compter; A ta voix nous saurons tous prendre Une lance pour te défendre, Une lyre pour te chanter.

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