QUINZE ANS
Tacendo il nome di quesla genfilissima.
Vous m'aimez, chère enfant ! oh ! pourquoi me le dire? Dans vos yeux ingénus je ne voulais pas lire, Je fuyais cet aveu qui pourtant m'est si doux ; Le méritant trop mal, mon cœur s'en inquiète, Et j'éprouve à vous plaire une pudeur secrète Qui trouble le bonheur d'être choisi par vous.
S'il fallait un soutien à ta tige fleurie, Jeune rose de mai, dans toute la prairie N'est-il point d'arbrisseau digne de tes amours ? Pourquoi prendre un rameau qu'a desséché l'orage ? Est-ce au fragile esquif blessé par le naufrage Que l'on va confier son trésor ou ses jours?
Car un ennui précoce a flétri ma jeunesse. Ce qui survit en moi de joie et de tendresse
Par un triste nuage est souvent obscurci. Pour dormir sur ton sein ma tête est trop brûlante, Et je crains mon amour pour ton âme innocente; Dans ce bouquet de lis pourquoi mettre un souci ?
Oui, je voudrais te fuir, et cependant je reste : Ton aveu m'est un bien si cher et si céleste Que ma raison se trouble en songeant à partir. Tu m'aimes! dis-le-moi, que je l'entende encore! Sois sans peur dans les bras de celui qui t'adore. Tu m'aimes! Quel destin pourrait nous désunir?
Dans le sein de la mer qui frémit et murmure
Aréthuse descend, naïade fraîche et pure,
Sans que les flots amers corrompent sa douceur.
Va, comme elle, ton âme à mon âme mêlée
Ne prendra rien des maux dont ma vie est troublée,
Et mes chagrins sauront respecter tou bonheur.
Viens, que sur tes genoux je repose ma tête. Mets ta main sur mon cœur et calme sa tempête : Aime-moi, car je souffre et j'ai besoin d'amour. De tes yeux dans les miens verse la douce flamme ; Sois l'ange de ma nuit, la sainte de mon âme , La mort viendra demain, qu'au moins je vive un jour!