TOUT LB PEUPLE
A Carthage !
[Régulus.)
Au Khin ! au Rhin ! de l'Elbe au Borysthène C'est le signal; le jour est arrivé.
Au Rhin ce soir, et bientôt à la Seine ! Le Nord entier à ce cri s'est levé :
De ses soldats l'avalanche effrayante Roule sur nous en broyant nos débris.
France, à tes rangs ! La fortune inconstante Enfle à leur tour les drapeaux ennemis.
A ses deux sœurs de Prusse et de Russie L'aigle d'Autriche est unie aujourd'hui, Et sous leur triple vol, toute noircie, La terre craint que le soleil n'ait fui ;
Ce sont les chefs. En foule sur leur trace Marchent ces rois fidèles au plus fort, Qui, dix contre un, tremblant de leur audace, Du roi lion viennent railler la mort.
Saxe, c'est toi : c'est ton drapeau perfide, Hier dans nos rangs, aujourd'hui dans les leurs, Qui contre nous prend l'Autriche pour guide, Mais n'ose aux vents arborer ses couleurs. Tu nous quittas, dis-tu, pour la patrie ; On lui doit tout, mais un jour de combats L'honneur, Saxons, commande seul et crie : Meurs à ton poste et ne déserte pas !
Voyez le Russe, il peut lever la tête : Lui sait combattre et ne sait point trahir ; A la victoire instruit par la défaite, Sur nos malheurs son destin doit grandir; Serf, il laboure aux champs qui l'ont vu naître ; Soldat, il marche et tombe dans son rang; Brave et soumis au service du maître, Il a toujours des sueurs et du sang.
Hourrah!... Courbé sur sa cavale maigre, C'est le Kalmouk qui brûle le chemin ;
Hier, de la chair presque crue, un lait aigre Lui paraissaient un splendide festin; Mais en ce jour il ne rêve que France, Femmes, pillage et vins de nos coteaux ; Hourrah ! . . . Il vole, et son esprit, d'avance, De l'or conquis lui bâtit des châteaux.
Voilà les fils de la vieille Allemagne, L'épée au flanc, sur l'épaule un mousquet; Leurs chants en chœur font trembler la campagne, Un rameau vert s'enlace à leur plumet.
Arminius, la feuille de ton chêne Fleurit au front des enfants d'Iéna ; Eux les premiers ont su briser leur chaîne; Leurs rois ont dit : Aux armes! les voilà !
Les voilà tous, bercés d'un bien doux rêve, Rêve enchanté de patrie et d'amour ; Pour leur pays ils ont tiré le glaive, Trouveront-ils d'autres fers au retour?
Foyers, parents, vierge modeste et tendre, Au cri des rois leur cœur a tout quitté; Ces rois pour qui leur sang va se répandre Les paieront-ils avec la liberté ?
Au Rhin ! au Rhin ! du centre à ses deux ailes, Des éclaireurs jusqu'aux derniers traînards
Ce cri volait. De cohortes nouvelles
A chaque instant brillaient les étendards.
Comme un torrent la levée ennemie
Flots après flots se déroulait sans fin,
Et la réserve armait en Sibérie,
Quand l'avant-garde avait bu dans le Rhin.
Des tours d'Huningue aux sables de Hollande Le fleuve a vu ses rivages franchis.
A d'autres voix que l'étranger demande Nos murs fumants et nos champs envahis, Et la Champagne, et Montmartre et sa butte Buvant le sang de nos derniers soldats, Et l'aigle d'or oubliant dans sa chute Qu'aux rois tombés reste encor le trépas.
Le Rhin deux fois a roulé sur ses ondes Des rois ligués le char triomphateur, Et sous leurs pas dans nos plaines fécondes Les blés captifs ont crû pour le vainqueur; Le Rhin deux fois à la rive étrangère A rapporté ces rois et leurs guerriers, Chantant la France étroite et tributaire, Ployant sous l'or et légers de lauriers.
Coule, beau Rhin ; en suivant ton rivage, A gauche, il est plus d'un riche vallon ;
Tu trouveras partout notre langage, Dans ces murs veufs de notre pavillon ! Belles cités, hommes pleins d'industrie, Perdus pour nous par le sort des combats, La France hier était votre patrie, Amis, Français, ne nous oubliez pas.
Mayence, Anvers, ô vous que la France aime ! Que le bonheur règne dans vos cités ; Fleurons tombés de notre diadème, Nos yeux un jour vous verront rachetés, Mais non parTor. Peuplades étrangères, Ce jour viendra, c'est peut-être demain, Où, relevant le fusil de nos frères, A notre tour nous vous crierons : Au Rhin !
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