‹ Poésies et théâtreChapitre 2 sur 86 · PROFESSION DE FOI · texte numérisé non relu

PROFESSION DE FOI

Eliam si omnes, ego non !

(Devise de Clermont-Tonncrre.)

Quel est l'autel vainqueur qui manque de génisses? Chacun au nouveau temple offre ses sacrifices ; Mais la foule sans moi peut y porter ses pas ; D'autres genoux devront user son sanctuaire ; Ma main n'a point d'encens, mon cœur point de prière Pour ces dieux étrangers en qui je ne crois pas.

Que sous mes doigts ma lyre à jamais soit brisée ! Que mon nom soit infâme et serve de risée, Si leur foudre me voit pâlir à son éclair ; Si je mêle mes chants à ces clameurs de fête ; Si j'abjure un seul jour mon serment; si ma tête S'abaisse à saluer le chapeau de Gessler.

• Qu'importe que les rois chéris de mon enfance Aient vu tomber leur trône et périr leur puissance 1

Tout cet éclat n'était pour rien dans mes amours. Que le traître et L'ingrat suivent leur loi commune : Je ne suis pas de ceux que chasse l'infortune, Et mon cœur ne ment point en disant : Pour toujours !

Au milieu du torrent dont le flot broie et roule Les débris insultés du temple qui s'écroule, Je resterai fidèle à l'autel qui n'est plus; J'élèverai ma tente au pied de ses décombres. Ma voix des anciens jours évoquera les ombres, Et devant les vainqueurs chantera les vaincus.

La Terreur, qui rugit du sein de son abîme,

Nous menace, et demain, pleurer peut être un crime :

Je le sais ; mais malheur à qui cache sa foi !

Le front doit être prêt à payer pour la lyre.

Lorsque devant la hache en homme on sait sourire,

L'échafaud est un trône, et l'on y tombe roi.

Oui, qu'il naisse des jours comme en ont eu nos pères, Des jours buveurs de sang ! aux poignards populaires Je m'offrirai sans crainte et non pas sans orgueil. La mort d'André Chénier mérite qu'on l'envie, Car la palme des vers, qu'on niait à sa vie, A fleuri d'elle-même au fond de son cercueil.

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