CAPRICE
Un doux nenni avec un doux sourire Est tant honnête
(Clément Maiiot.)
Que vous savez donc bien à vos pieds enchaîner Mon cœur prompt à se prendre et facile à mener, Mais dont un sort trop calme épuise la constance! Coquette, vos amours n'ont ni langueurs ni paix, Et près de vous l'azur d'un matin pur et frais Jamais d'un jour serein ne donne l'assurance.
Depuis une heure au moins, je suis là, devant vous, Et vos yeux bleus que j'aime et qui m'étaient si doux, Ne m'ont rien dit encor; en vain je les implore; D'un air de mendiant dont je me sens rougir, Je demande un regard et ne puis l'obtenir; Pourtant vous m'avez vu, qu'ai-je donc fait encore ?
Et c'est Alfred, un sot, vous l'avez dit cent fois, C'est Alfred qui vous parle et qui de votre voix
Et de vos ris flatteurs se rengorge et s'enivre; QuVt-il donc à vous dire et de quoi riez-vous? De moi, de moi sans doute et de mon air jaloux, Et de mes yeux toujours empressés à vous suivre !
Hier pourtant, hier, j'en suis sur, vous m'aimiez; Par de trop doux serments nos deux cœurs sont liés. Ils ne sont pas de ceux qu'en un jour on oublie ; D'un caprice nouveau pourquoi prendre souci? C'est pour me plaire mieux que vous faites ainsi, Et vous paierez demain votre coquetterie.
J'aime une main qui fuit en se sentant presser;
Une taille rebelle à qui veut l'enlacer;
Un regard qui se trouble et se baisse farouche ;
J'aime la beauté douce et fière tour à tour,
Qui de l'humide aimant d'un long baiser d'amour
Sait parfois détacher le corail de sa bouche.