‹ Poésies et théâtreChapitre 23 sur 86 · VINGT-UN JANVIER · texte numérisé non relu

VINGT-UN JANVIER

Vana ergo spes in hominibus ; Salus autem justoTum in le, Deus.

(De Imilatione Cbristi.)

Ainsi, quand du Seigneur la terrible vengeance, Des anges révoltés foudroyant l'insolence, Les jeta palpitants dans un gouffre de feu, Le front pâle d'effroi, le cœur ivre de rage, D'un cri blasphémateur ils lancèrent l'outrage Contre la foudre de leur Dieu.

Ainsi, mais plus horrible et de carnage avide, D'un sénat d'assassins la clameur régicide A tonné sur Paris ; Paris épouvanté Se cache sous ses fers au bruit de la tempête, Et d'une main d'esclave enfonce sur sa tête Le bonnet de la liberté.

Plus de roi dans le ciel ! plus de roi sur la terre ! Ont dit les conjurés. Trop longtemps le tonnerre

A cloué notre honte au pied de leurs autels. Nous rampions devant les dieux du Louvre; Levons-nous, arrachons la pourpre qui les couvre : Nous verrons s'ils sont immortels.

Liberté ! liberté ! sous nos haches sanglantes, Le trône a vu crouler ses grandeurs expirantes, Le sceptre de Louis s'est brisé dans sa main. Liberté ! dans les fers son empire s'achève, Et des prêtres mourants le dernier cri s'élève Vers leur Dieu qu'il implore en vain.

Mais des rois contre nous se groupent les bannières, Leurs canons conjurés tonnent sur nos frontières. Croient-ils donc que nos fronts en pâliront d'effroi ? Non, la hache du peuple insulte à leur puissance ; Demain comme un défi qui brave leur vengeance, Jetons-leur la tête d'un roi.

0 France ! c'est ton roi qu'on dévoue au supplice ! De ces vœux d'assassins resteras-tu complice? Vous, ange de Louis, et vous, rois ses aïeux, Pour briser leurs poignards n'est-il point de prières? N'éveillerez-vous pas sur leurs fronts sanguinaires La foudre qui doit dans les cicuv ?

Mais la foudre est muette et la France enchaînée ; Qui donc te défendra, victime infortunée, Lorsqu'en vain tes vertus implorent le Très-Haut; Quand ta royale main ne peut, pour récompense, Présenter à celui qui prendra ta défense Que la moitié d'un échafaud?

De Sèze, noble enfant d'une noble patrie, C'est toi qui combattras pour cette auguste vie, A la voix de Louis on te voit accourir. Courtisan du malheur, pour les grandeurs du trône Tu n'eus jamais d'encens, pour ton roi sans couronne, S'il le faut, tu sauras mourir ;

Et mourir sans regrets ; que font à ton courage D'un peuple forcené les clameurs et la rage ? Qu'importe le poignard sur ton sein suspendu Ou le billot sanglant qui demande ta tête? D'un regard dédaigneux tu braves la tempête, Car ta force, c'est la vertu.

C'est elle à qui ta voix emprunte sa puissance, Qui du crime vainqueur fait trembler l'insolence ; Qui prédit aux tribuns un tribunal vengeur, Aux méchants inflexible et des bons le refuge,

Où cités à leur tour ils auront Dieu pour juge, La France pour accusateur.

En vain brille à tes yeux l'appareil du supplice ; Par les mots foudroyants de lois et de justice, De la Convention tu troubles les échos, Et l'on y voit pâlir tous ces fronts de sicaires, Lorsque ta voix demande à leurs bancs sanguinaires Des juges et non des bourreaux.

Du roi qu'ils ont trahi tu retraces la vie Si riche de vertus, de bienfaits si remplie, Si belle d'innocence, hélas, et de malheur ! Ces jours tombés du trône et cette destinée Dont s'use lentement la trame infortunée Dans les fers et dans la douleur.

Le pauvre de la pourpre ignorant la misère, Avait maudit son sort, son cœur trouvait amère La coupe de ses jours dans la peine écoulés; Il ne se plaindra plus : il a vu dans les chaînes Blanchir le front des rois, et les larmes des reines Tarir dans leurs yeux désolés !

Eh ! qu'importe aux bourreaux ? Ce ne sont pas des larmes Qu'il leur faut, c'est du sang; lui seul à leurs alarmes

Pourra rendre un sommeil de leurs cœurs envié. Aux voix! l'heure a sonné, l'heure du parricide ! A ce banquet de mort on voit d'un pas avide Se presser chaque convié.

Mailhe a voté... La mort! La terrible Montagne D'un écho triomphant, dans ses rangs accompagne Ce jugement de sang qu'attendait sa fureur. La mort ! a dit Marat. — La mort! a dit Barrère. — La mort! dit d'Orléans... Et l'écho sanguinaire Se tait en frémissant d'horreur.

La mort ! ... A leur appel qu'elle est prompte à se rendre ! Sur le front de Louis sa faux qui va descendre Brille sur l'échafaud comme sur son autel; Mais pour le crime seul de honte il s'environne, Le monarque innocent y trouve encore un trône, Sa couronne l'attend au ciel.

Il la voit; son cœur prie, et sa tête royale S'incline sans pâlir sous la hache fatale. Elle a frappé : la terre en jette un cri d'horreur, Et l'âme du martyr dans la gloire éternelle S'élance, en détachant de sa palme immortelle Un fleuron pour son défenseur.

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