‹ Poésies et théâtreChapitre 64 sur 86 · SCÈNE YITI · texte numérisé non relu

SCÈNE YITI

M-e DE VALDAUNAIE, Mme DE VERNEUIL.

M^e DE VERNEUIL.

Comment, c'est vous, chère Valérie... Que je suis contente de vous voir ! Depuis quand à Grenoble ?

M»e DE VALDAUNAIE.

Depuis cette nuit seulement ; et ma première visite est pour vous.

Mme DE VERNEUIL.

On n'est pas plus aimable.

Mme DE VALDAUNAIE.

Je savais que vous receviez ce soir, et je me suis arrangée de façon à arriver la première.

Mme DE VERNEUIL.

Vous avez bien fait... Une maîtresse de maison n'appartient, ni à elle, ni à ses amis... Mais, en vérité, Valérie, c'est une agréable surprise que vous me faites : car depuis longtemps, vous m'avez bien négligée. Rester deux ans sans m'écrire, sans me donner de vos nouvelles, c'est mal... Je vous aurais cru toujours à Montpellier, si madame de Sacy ne m'avait appris qu'après la mort de votre

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mari, vous vous étiez retirée à la campagne chez une de vos tantes.

M™ DE VALDAUNAIE.

Il est vrai : et j'aurais voulu y fixer mon séjour ; mais des circonstances impérieuses m'ont forcée, il y a un an, d'aller à Marseille.

M™ DE VERNEUIL

C'est, dit-on, une ville charmante.

Mme DE VALDAUNAIE.

J'y suis restée trop peu pour en juger.

M^ DE VERNEUIL

Je ne vous savais pas possédée du démon des voyages... Et où avez-vous porté ensuite votre humeur vagabonde ?

M<"« DE VALDAUNAIE.

Je suis allée à Lyon, où j'ai passé une partie de l'hiver.

M^ DE VERNEUIL

Vous avez dû y rencontrer plusieurs de vos amies ?

Mme DE VALDAUNAIE.

J'y vivais fort retirée.

Mme DE VERNEUIL.

Valérie, vous êtes une énigme pour moi. Autrefois

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vous aimiez le monde, le plaisir... On citait votre gaieté... Aujourd'hui, un morne abattement, un découragement inexplicable sont toujours peints sur vos traits... Ce changement, qui afflige tous ceux qui vous connaissent, ne peut être attribué à la mort de votre mari, beaucoup plus âgé que vous... D'ailleurs, je sais que votre mélancolie est d'une date plus récente... Ordinairement les jeunes veuves commencent par le désespoir, pour finir par la résignation... Il paraît que vous avez pris le veuvage à

rebours.

Mme DE VALDAUNAIE.

Hortense.

M««e DE VERNEUIL.

Je n'ai pas tout dit... Vous entourez toutes vos démarches d'un voile impénétrable, comme si vous aviez quelque danger à redouter... Vous fuyez de ville en ville, comme une proscrite. Votre vie tout entière n'est qu'un mystère... Et quand une amie vous demande la cause de votre tristesse, vous gardez le silence.

Mme DE VALDAUNAIE.

Croyez...

M^ DE VERNEUIL

A yotre âge, devez-vous renoncer à tout le bonheur que vous offre encore l'avenir?.. Vous êtes jeune, riche, jolie... Chacun recherche votre amitié... il n'est pas un homme qui ne s'estimât fier de fixer votre choix, et d'obtenir votre amour.

Mme DE VALDAUNAIE.

Mon amour !

Mme DE VERNEUIL.

Qu'a donc ce mot qui vous effraie ? Vous voilà tremblante... Vous pâlissez... Qu'avez-vous ?

Mme DE VALDAUNAIE.

Rien, je vous jure... Votre amitié pour moi vous fait exagérer les choses... Je ne suis pas aussi ennemie du plaisir que vous voulez bien le dire... Et la preuve, c'est que sans avoir attendu même votre invitation... presque en descendant de voiture, je me suis faite aussi belle que j'ai pu, pour venir à votre soirée.

Mme DE VERNEUIL.

C'est vrai... amendez-vous... Je ne demande qu'à vous pardonner ; et tout est oublié, si vous me promettez de . danser ce soir.

Mme DE VALDAUNAIE.

C'est mon projet.

Mme DE VERNEUIL.

Je vous demanderai une contredanse en faveur d'un de mes parents, qui sera, je n'en doute pas, charmé de vous être présenté... Mais je l'entends... il plaidera lui-même sa'cause.

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