‹ Poésies et théâtreChapitre 7 sur 86 · LES COURTISANS · texte numérisé non relu

LES COURTISANS

Lorsqu'on apprit au château les dernières nouvelles de Paris, chacun commença ses préparatifs de départ. Le soir, la cour était presque déserte.

(Relation des trois journées?)

Adieu, nobles seigneurs ; adieu, meute de traîtres, Dévots à tous les saints, valets de tous les maîtres ; Sortez de ce palais qu'a frappé le malheur ; Pour votre dent vorace il n'est plus de curée ; N'ayez donc point de honte à changer de livrée : Ne vous reste-t-il pas celle du déshonneur?

Brûlez vos anciens dieux, comme ont fait les Sicambres. Consolez-vous; partout il est des antichambres; Ainsi rien n'est perdu, ce n'est qu'un autre roi. Allez retenir place aux degrés de son trône, Et broutez les faveurs qu'on y jette en aumône A ceux qui trahissent leur foi.

Allez ! on y connaît le tarif de la vôtre.

Soyez au roi nouveau dévoués comme à l'autre ;

Ayez toujours surtout, dignes hommes de cour,

Dans la bouche un serment, dans le cœur un parjure,

Et préparez Fencens pour Fidole future,

Tout en baisant les pieds de Fidole du jour.

Amour ! fidélité ! dévoûment pour la vie ! Courtisans, c'est cela : pour cette dynastie Vous êtes prêts sans doute à descendre au tombeau, Car votre âme est constante et rien ne peut l'abattre, Seulement votre épée, au moment de se battre, Est sans lame dans son fourreau.

Des vainqueurs de juillet la clameur plébéienne, Hurlant la Marseillaise ou la Parisienne, Fatigue enfin, dit-on, les échos du palais. Bercez de chants plus doux les majestés nouvelles : L'hymne qu'au roi de France offraient vos voix fidèles Ne peut-il pas servir pour le roi des Français ?

Reptiles, dans la fange où le sort vous fit naître, Engraissez en rampant, c'est la loi de votre être ; Dévorez ce festin, bientôt il va finir. Vous êtes grands, heureux, et tout vous est propice ;

Mais vous ne fuirez pas au jour de la justice : Derrière vous est l'avenir.

Car c'est vous qu'a vus Dante aux portes de l'abîme :

Vous êtes ces maudits dont parler est un crime,

Qui trahirent leur Dieu sans servir Lucifer,

Et qui, marqués au front par la main du tonnerre,

Précipités du ciel, méprisés de la terre,

Ne sont pas même admis aux honneurs de l'enfer.

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