L EGLISE
Introïbo ad al tare Dei.
La cloche dans les airs lance sa voix d'airain ; C'est le jour du Seigneur, c'est l'heure de la messe ; De femmes, de vieillards une troupe se presse, Et delà vieille église inonde le chemin ; J'irai comme eux : je veux dans ces lieux où l'on prie, Traîner le sombre ennui dont mon âme est flétrie.
Que ce portique noir aux cintres bas et pleins S'élève lourdement ! Son arche pour sculptures Présente à l'œil surpris d'effroyables figures D'anges et de damnés, de diables et de saints.
Tous les plus laids héros de l'histoire sacrée, De la maison de Dieu semblent garder l'entrée.
Pourtant ces tours sans fin et ces minces créneaux Dont les festons à jour au ciel bleu se découpent, Ces voûtes en arceaux, ces piliers qui se groupent; Ce soleil qui, nageant à travers les vitraux, De leurs mille couleurs semble poursuivre l'ombre Sur les dalles de marbre, au fond de la nef sombre ;
Ce parfum de l'encens, ces guirlandes de fleurs,
Ces tableaux, ces autels, où dans un saint mystère
Le Ciel en s' abaissant vient s'unir à la terre,
Tout frappe dans ce lieu, tout paraît dire aux cœurs :
Ici d'un Dieu puissant la majesté suprême
A choisi son séjour: c'est le temple qu'il aime.