‹ Poesies Fleurs AntillesChapitre 21 sur 40 · LE VOYAGE DE I/ESPRIT · texte numérisé non relu

LE VOYAGE DE I/ESPRIT

Donne à ton vol un libre cours, 0 mon esprit, monte toujours Dans l'espace, au-dessus des ondes, Descends aux ravines profondes, Enfonce-toi dans les forôts ; Gravis sur les plus hautes cimes ; Tu ne peux craindre les abîmes, Ouvre ton aile et disparais 1 Du sommet des grandes montagnes, Elance-toi sur les campagnes, Contemple en son plus riche atour, Ce beau champ où fleurit la canne :

Rase l'herbe de la savane, Où l'aube sème chaque jour

FLEURS DES ANTILLES

La fraîche goutte de rosée, Perle sur la fleur déposée, Clair rubis, liquide et vermeil, Que boit Poisoau-mouche au réveil.

Au seiu de sa petite case,

Va sourire au noir Africain ;

Un palmiste, sur ton chemin,

So présente, reste en extase,

Et cours vers le grand cocotier. .

Encore la tu te recueilles;

Puis tu voles au bananier ;

Disparais sous ses grandes feuilles,

Perds-toi dans son bouquot de fruits !

De la source où la roche glisse,

Visite les mille réduits ;

Nids du crabe et de Pécrevisse ;

Plonge un instant dans le cristal,

Écoute le bruit de la source,

Et poursuis de nouveau ta course.

L'oiseau dit son cîiant matinal ;

A ce concert prête l'oreille ;

Contemple ainsi chaque merveille,

Mais sans arrêter ton élan ! . . .

lîetourne dans la forêt sombre

Où le soleil étincelant,

Sur les feuilles joue avec l'ombre ;

Admire le fier acomat !

Comme il s'élève avec audace !

La voûte du ciel qu'il menace,

LE VOYAOR DE 1,'KSPRIT

L'embellit d'un plus vif éclat !

Il nourrit l'ananas sauvage ; La liano, comme un serpent, Entre ses forts rameaux voyage, Kt se balance et se suspend.

Ce grand colosse est tout un monde De murmures et de couleurs :

Il ados oiseaux et des fleurs, Sa lôto mugit comme l'onde j Chaque nœud de son vaste trône Forme une profonde cellule ; Dans les bois il n'a qu'un émule, Le gommier au superbe front l Laisse l'arbre pour la cascade ; Là, sous une roche en arcade, Sort un torrent impétueux, Il s'élance tumultueux, Répand une éclatante brume, Kt disperse sa blanche écume Dans un bassin au cristal pur.

Où nagent des poissons d'azur.

Il faut encor rouvrir tes ailes I Remonte aux cimes éternelles, D'où s'agrandit l'immensité.

Miroir semé d'iles brillantes, Qui, sur leurs plages scintillantes, Voient courir le flot argenté.

Des nuages perçant les voiles, Parcours le pays des étoiles,

FLEURS DES ANTILLES

Pénètre en leurs globes de feu, Va jusqu'aux astres, jusqu'à Dieu t Du firmament aux mers profondes, Parmi les rayons voyageant, Descends aux abtmes des ondes, Dans i'émeraude et dans l'argent, Dans les forêts d'algues flottantes, Abris des pierres miroitantes !

Vois-tu ces éclatants palais De corail et de madrépore, Où l'œil ne pénétrajamaisî.,, Ces monuments l'art les décore :

Art naïf et travaux constants D'imperceptibles habitants !

De cette profondeur liquide, Monte à la surface des eaux, Où voltigent do grands oiseaux, Où chaque flot est une ride...

Et, comme l'abeille au matin, Porte à la ruche son butin De suc odorant, d'ambroisie, Porte au cerveau de l'écrivain, Une moisson de poésie 1...

Guadeloupe, camp Jacob, juillet 1861

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