‹ Poesies Fleurs AntillesChapitre 29 sur 40 · LK BAMBOULA · texte numérisé non relu

LK BAMBOULA

La savane attendait le joyeux bamboula;

Le gros tambour résonne et tous s'en viennent là»

Tous les noirs Africains abandonnent leurs cases.

L'ébène tranche avec un ciel plein de topazes,

Un gazon d'émerauie, une mer de rubis.

Tous se sont revêtus de leurs plus beaux habits,

Et la négresse a pris sa jupe du dimanche,

Son madras éclatant et sa chemise blanche,

Sa chemise brodée, au tissu trausparout ;

Dans tous ses traits l'amour est sans cesse apparent

Son regard est de flamme, et, sur sa lèvre épaisse,

La volupté respire unie à la mollesse ;

Comme elle l'Africain a des regards de feu ;

1 Danse des nègres aux Antilles.

128 PLKUnS DES ANTlLLBf

II a pris aujourd'hui son beau pantalon bleu ;

Sa tôte qui résiste a la chaleur extrême, .

Porte le latanier qu'il a tressé lui-même ;

Il boit son coup de rhum et fume son grand bout 1 ;

En ces fêtes lo rhum exalte, anime tout;

Des petits négrillons le noir essaim bourdonne ;

La plupart ont l'habit que le bon Dieu leur donne:

La peau noire où reluit un rayon do soleil ;

Leur petite figure est toujours en éveil»

Et leur bouche qui rit, a des perles écloses»

Qui mordent à la canne ou bien aux pommes-roses ;

Dans une sucrerie ils se sont arrondis;

Leurs petits ventres sont gonflés et rebondis !

L'air retentit de cris et d'une chanson folle.

Chanson que rend plus douce un langage créole.

Tous dansent en chemin, avant le rendez-vous,

En suivant le cours d'eau qu'ombragent les bambous,

Et qui vient caresser l'herbe de la savane ;

Un gros nègre plaisante et la troupe ricane.

Le noir musicien s'assied sur l'instrument; Il est lui seul l'orchestre et ses doigts lestement, Font vibrer du tambour la peau retentissante ; Il chante tous les airs de la patrie absente, Et chaque voix s'unit en un refrain touchant l Le geste est expressif et s'harmonise au chant. 1/ Africaine, en ses mains, tient sa jupe légère ; Ses pieds semblent agir, sans se poser a terre ;

* r.ignre très-long qu'on Appelle « bout de nègre ».

• LB BAMDOUt/A 129

Gomme les feux du ciel scintillent ses regards! Elle se multiplie en mobiles écarts.

Penche et dresse la tête et fait mouvoir les hanches... Venez voir, venez voir, trop orgueilleuses blanches, Les négresses n'ont pas moins de grâces que vous... Leurs hommes sont ravis ; ils en deviendront fous ! Voyez-les tour à tour, dans leurs poses lascives, Mêler la danse folle avec les chansons vives... C'est l'heure du repos, de la libation !

Le rhum excite encor l'imagination t Le bamboula devient une ardente mêlée; Une course fougueuse, étrange, échevelée; Toutes les passions s'exaltent à la fois t Les cris ont remplacé les doux sons de la voix, Le bruit du tambourin grossit, se précipite; Les pas, sur le gazon, vont de plus en plus vite... ; Une jeune négresse a fait choix d'un rival ; Et d'un combat sanglant ce choix est le signal; La lutte a commencé, la lutte à coups de tête... L'amante est dans les pleurs m. Rien no trouble la fête; Les danseurs, dans le bruit, s'en vont tourbillonnant; Ils se laissent soudain, et puis se reprenant, Dans les embrassements confondent leurs haleines... Des baisers sont ravis aux jeunes Africaines! ... Le beau soleil couchant éclaire ce tableau I Après avoir semé ses paillettes sur l'eau, Iljoue avec la feuille et la fleur des campagnes, Et se perd dans sa gloire au delà de montagnes ! L'ombre est sur le gazon et l'étoile au ciel bleu...

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FLEURS DBS ANTILLES

Mais par degré la danse a perdu tout son feu ; Le tambourin se tait; les nègres moins ingambes, Ne possèdent bientôt leur raison ni leurs jambes; Ces noirs fils de Bacchus ont besoin de sommeil ! Plus d'un, dans la savane est surpris au réveil ! Chaque danseur chez lui retourne avec sa femme, Et quand la blonde aurore aux travaux les réclame, Le dimanche ils avaient consacré tour a tour, La journée à la danse et la nuit à Famour I . . .

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