A JULES TA0ANAS
Toujours vendu s, toujours esclaves» 6 Congos,
Pauvre race africaine!
Hélas I on vous transporte encore sur les flots ; A la terre natale on arrache sa graine.
Mais j'entends la voix d'un colon: r Ce sont des engagés ; ils ne sont plus esclaves I « Après dix ans de peine, ils pourront, sans entraves, « Reprendre leur essor comme le papillon ! »
1 Ea 1860 avalent encore lieu des engagements de nègres sur la côte occtdentate d'Afrique. Cette mesure était en quelque sorte une traite déguisée; elle a été supprimée par le gouvernement français en 1861.
184 FLEURS DKS ANTILLES ;
Quoi ! ces enfants, ces jeunes filles, Ont-ils pu s'engager? leur raison, l'avaient-ils? Leurs cases, leurs grands bois, l'amour de leurs familles Leur étaient donc moins chers que de lointains exilai... .
Un jour je vis flotter, en dehors de îa passe, Les voiles d'un navire ; il portait des Congosl Dans la forêt de mats il vient prendre sa place; L'ancre glisse dans Tonde aux chants des matelots.
Lk8 curieux en foule accourent au rivage;
Et chaque voix répand la nouvelle à grand bruit;
Ce tableau rappelait le temps de l'esclavage; On aurait pu se croire avant quarante-huit I
Hélas ! plus d'un Congo dans le trajet succombe t. . . Et la mort, cette fois, était riche en moissons! Beaucoup avaient trouvé l'immensité pour tombe, Et pour s'ensevelir le corps des grands poissons!
Je contemplais de loin ces figures d'ébènet... Hommes, femmes, enfants, étaient à peu près nus ! L'étonnement d'abord avait chassé la peine, Leurs regards admiraient des pays inconnus!
Leur peau brillait de tatouages t Les visiteurs en eux ne voyaient que bétail; Les pauvres Africains vendaient des coquillages, Des colliers, des couteaux, produits de leur travail»
LES COXOOS 135
Bientôt on les transfère en une grande case;
C'était le pare de ce troupeau I Assis en rang par terre et les yeux en extase,
Chacun sur sa poitrine avait un numéro.
Ils fumaient tous de grands cigares 1 Mais le bœuf dans Vétable a le droit de mugir 1 . . . Ils gardaient le silence et des ordres barbares Défendaient aux Congos de parler et d'agir.
Parfois ils souriaient avec mélancolie...
C'était un souvenir du rivage africain 1 . . . Et moi je regardais cette race avilie, Qui venait féconder le sol américain...
Et je me dis : « Peut-être, a ces hordes sauvages, Dieu réserve un grand rôle en la suite des ans!... »
Et je songeais à ces beaux figes Où les noirs à leur tour seraient dignes des blancs t
Où, l'égalité sainte Unirait en un corps les races d'ici-bas ; Où la voix de l'esclave aurait cessé sa plainte, Vers le progrès humain tous marchant a grand pas 1...
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