UN VOLCAN DES ANTILLES
Nos pieds nus sont h l'aise en de larges souliers ;
Nous avançons joyeux, légers comme la plume,
Côtoyant un ravin où murmure l'écume
Sur des roches en ponto et formant escaliers.
Le morne est rude ; enfin nous entrons aux bois sombr
Tous ces arbres géants, debout comme des ombres,
Font tressaillir nos cœurs d'un froid saisissement;
On admire, on se tait... sous leurs vastes feuillages,
Ces fantômes ont va des générations ;
Avant l'homme d'Europe ils ont vu les sauvages,
Etonnés comme nous do leurs proportions !.
Le soleil scintillait sur leurs branches légères, Que la brise et i'oiseaii remplissaient de chansons; Sur nos fronts, sous nos pas, s'étalaient des fougères, Au moindre léger souffle éprouvant des frissons ; Les vieux troncs se paraient avec les vertes mousses ; «Des balisiers l ,les fleurs, dans leur pourpre éclatant, A. travers les hallicrs, brillaient h chaque instant; Les notes du ramier, mélancoliques, douces, Attendrissaient notre amc, et les oiseaux siûleurs, Ramonaient le sourire, en éloignant les pleurs ; Des arbres abattus, ou d'énormes racines, Formaient des ponts jetés à travers les ravines : Elles semaient sur nous leur poussière d'argent, Où jouait du soleil l'éclat vif et changeant 1
» Bananier sauvage.
M2 FLEURS DES ANTILLES
Ainsi nous parcourions in forôt des bains jaunes *, Plus lestes, dans le bois, qu'une troupe do Faunes l Devant nous s'arrondit un limpide bassin; Son onde sulfureuse édhnppe a la montage ; Tiède et pure elle invite à plonger dans son sein ; On s'y délasse après une longue campagne 1 1 Chacun s'est revêtu de costumes nouveaux, Et s'élance avec joie aux transparentes eaux ; Le cristal s'embellit d'écume et de globules; Le bain pris, on accourt se vôtir aux cellules, Nids creusés dans le tronc d'orgueilleux acoraats j C'est l'heure de manger sous les grands ajoupas ; Le déjeuner se fait a moitié de la course ; Un champêtre repas n'admet point le couvert; Les mets sont étendus sur un frais tapis vert ; On mange avec le3 doigts et l'on .boit à la source I..,
En route! Il faut gravir le morne Goyavier 3 ; Le guide, allègre et prompt, indique le sentier. Rocs sombres et pointus, racines soulevées, Détachent, au hasard, leurs marches élevées ; Le pied cherche un appui, la main, pour s'accrocher, Saisit tantôt la branche et tantôt le rocher; Jusqu'au bout> le sentier, d'escarpements prodigue, De feuillages glissants est partout tapissé;
* C'est ainsi que se nomme la forêt qui conduit à la montagne de la soufrière.
* Les touristes ont l'habitude de so baigner dans le bassin. ' C'est le morne qui précède le cône de la soufrière.