‹ Poesies Fleurs AntillesChapitre 35 sur 40 · I/ILE AUX COCOTIERS · texte numérisé non relu

I/ILE AUX COCOTIERS

Nid formé par les coquillage?, Perle écloso au sein des mers :

Ilot battu des flots amers.

Orné de sablonneux rivages.

En butte aux coups des vente altiers Sur les ondes tu te dessines, Embaumé de plantes marines, Embelli par tes. cocotiers.

Devant toi s'étale avec grâce La cité créole, et les eaux Où resplendissent ses vaisseaux...

Ceinture dont elle s'enlace.

FLEURS DBS ANTILLES

Tu vois sons cesse louvoyer Beaux trois-mâts, bricks et goëlettes Tu vois, en ailes de mouettes, Leur voilure se déployer,

A tes bords opposés, les lames Brisent sur un banc de récifs,

Qu'évitent lea nochers craintifs,

La voile au vent, les mains aux rames.

Plus. loin, comme un splendide mur, Au-dessus des vastes campagnes, Se dressent les Aères montagnes ; Ondulant sur un fond d'azur. *

Parfois les vagues sont farouches, Mais tout rayonne dans ton sein ; L'arbre étincelle d'un essaim ' De colibris et dV>iseaux-mouches.

Tes petits bois de raisiniers Cachent tes nids des tourterelles :

La brise, aux notes éternelles, Chante à travers tes bauauiers.

Amants des fleurs, dans tes savanes Que de papillons radieux, ' Nourris de sucs délicieux, Ouvrent leurs ailes diaphanes.

l.'lLR AUX COCOTIERS

Le halHer* de ses profondeurs, Fait monter les parfums suaves Du petit-baume et des goyaves, Toujours prodigues de senteurs.

Dans tes bassins que d'algues fines ; Sur tes récifs que de pluviers ; L'eau baigne tes palétuviers.

L'huître s'attache a leurs racines.

Tes manguiers, riches de fruits d'or.

Dessinent une longue allée ; A ses deux bouts, sous jafeuillée, C'est la mer.. . et la mer encor.

J'ai visité ton cimetière, Ceint de bambous, de cocotiers ; Lauriers- roses, frangipaniers, Sèment leurs fleurs sur chaque pierre.

C'est un paradis pour les morts»..

Pour eux la branche a des romances ; Pour eux la voix des mers immenses»

Entonne de graves accords.

Ces chants ont pour moi des tristesses.

Ils Remplissent d'un souvenir I Ah ! ne pouvea-vous revenir, Objets de mes vives tendresses?...

FLEURS DBS ANTILLES

Enfant, àti refrain do ces eau*, J'écoutais, sous l'œil de ma mère ; J'entends toujours la vague amôre Nulle voix ne sort dés tombeaux !

Tes cases vieilles, délabrées, Se rajeunissent à mes yeux ; Repeuples-les, 6 mes aïeux I Ombres chères et révérées!..,

Cët air que je respire et sens, Le fruit que je pôfte h ma bouche, Et l'écorce que ma main touche...

Ont fait tressaillir tous mes sens.

Sur le rivage une coquille, Dans la mer un petit poisson ; Un nid dans le feuillage, un son Du charmant oiseau qui scintille ;

Le visage noir et plissé D'un vieil esclave aujourd'hui libre.

Et le passé dans mon cœur vibre, Mon cœur de sanglots oppressé!.,.

Je t'ai revue, ô petite lie, Et le jour vient de te quitter ; Si les Âote voulaient remporter, Tu me suivrais, toujours docile.

l'île aux cocotiers 155

Tes grands arbres seraient tes mâts ; Tes mangiiers, comme des rames, Plongeraient dans les vertes lames ; Tu saluerais d'autres climats.

« De la mer, est-ce une des filles? * Dirait l'Europe en te voyant. . .

Je répondrais tout rayon nant ; « C'est une perle des Antilies I »

Mais sur i'oude peux-tu courir?...

Ton souvenir seul doit me suivre.

Au loin je vais encore vivre; Ici je reviendrai mourir!...

Guadeloupe, llet à Coj»on, le 10 tepteuifare lftco

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