LIVRE I
Ne laissant rien chez lui que le môme penser D'un homme qui, tout nu de glaive et de courage, Voit de ses ennemis la menace et la rage, Qui le fer en la main le viennent offenser.
Ces beaux yeux souverains qui traversent la terre Mieux que les yeux mortels ne traversent le verre, Et qui n'ont rien de clos à leur juste courroux , Entrent victorieux en son ame étonnée, Comme dans une place au pillage donnée, Et lui font recevoir plus de morts que de coups.
La mer a dans son sein moins de vagues courantes, Qu'il n'a dans le cerveau de formes différentes, Et n'a rien toutefois qui le mette en repos; Car aux flots de la peur sa navire qui tremble * Ne trouve point de port, et toujours il lui semble Que des yeux de son maître il entend ce propos :
Eh bien ! où maintenant est ce brave langage ? Cette roche de foi? cet acier de courage? Qu'est le feu de ton zèle au besoin devenu? Où sont tant de serments qui juroient une fable? Comme tu fus menteur, suis -je pas véritable? Lt que t'ai-je promis qui ne soit avenu ?
Toutes les cruautés de ces mains qui m'attachent, Le mépris effronté que ces bouches me crachent,
I Lourd et charge. A. Chenikr.
Les preuves que je fais de leur impiété, Pleines également de fureur et d'ordure, Ne me sont une pointe aux entrailles si dure, Comme le souvenir de ta déloyauté.
Je sais bien qu'au danger les autres de ma suite Ont eu peur de la mort et se sont mis en fuite ; Mais toi, que plus que tous j'aimai parfaitement , Pour rendre en me niant ton offense plus grande, Tu suis mes ennemis, t'assembles à leur bande, Et des maux qu'ils me font prends ton ébattement
Le nombre est infini des paroles empreintes
Que regarde l'Apôtre en ces lumières saintes;
Et celui seulement que sous une beauté
Les feux d'un œil bumain ont rendu tributaire,
Jugera sans mentir quel effet a pu faire
Des rayons immortels l'immortelle clarté.
Il est bien assuré que l'angoisse qu'il porte
Ne s'emprisonne pas sous les clefs d'une porte ,
Et que de tous côtés elle suivra ses pas ;
Mais pour ce qu'il la voit dans les yeux de son maître,
II se veut absenter, espérant que peut-être
Il la sentira moins en ne la voyant pas.
La place lui déplaît, où la troupe maudite Son Seigneur attacbé par outrages dépite ; Et craint tant de tomber en un autre forfait , Qu'il estime déjà ses oreilles coupables