‹ PoésiesChapitre 13 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

D'entendre ce qui sort de leurs bouches damnables, Et ses yeux d'assister aux tourments qu'on lui fait.

11 part, et la douleur qui d'un morne silence Entre les ennemis couvroit sa violence, Comme il se voit dehors a si peu de compas, Qu'il demande tout haut que le sort favorable, Lui fasse rencontrer un ami secourable, Qui louché de pitié lui donne le trépas.

En ce piteux état il n'a rien de fidèle

Que sa main qui le guide où l'orage l'appelle;

Ses pieds, comme ses yeux, ont perdu leur vigueur;

Il a de tout conseil son ame dépourvue,

Et dit, en soupirant, que la nuit de sa vue

Ne l'empêche pas tant que la nuit de son cœur.

Sa vie, auparavant si chèrement gardée,

Lui semble trop long-temps ici bas retardée ;

C'est elle qui le fâche et le fait consumer;

11 la nomme parjure, il la nomme cruelle,

Et toujours se plaignant que sa faute vient d'elle,

11 n'en veut faire compte et ne la peut aimer.

Va, laisse-moi, dit-il, va, déloyale vie;

Si de te retenir autrefois j'eus l'envie,

Et si j'ai désiré que tu fusses chez moi ,

Puisque tu m'as été si mauvaise compagne,

Ton infidèle foi maintenant je dédagne ;

Quitte moi, je te quitte, et ne veux plus de loi

Sont-ce tes beaux desseins, mensongère et méchante, Qu'une seconde fois ta malice m'enchante, Et que pour retarder une heure seulement La nuit déjà prochaine à ta courte journée , Je demeure en danger que Famé, qui est née Pour ne mourir jamais, meure éternellement?

Non, ne m'abuse plus d'une lâche pensée;

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