LIVRE III 'ÏM
Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre, Et tous couverts des monts qu'ils avoient arrachés; Phlègre, qui les reçut, pue encore la foudre Dont ils furent touchés.
L'exemple de leur race, à jamais abolie, Devoit sous ta merci tes rebelles ployer; Mais seroit-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer?
Déjà l'étonnement leur fait la couleur blême , Et ce lâche voisin * qu'ils sont allés quérir, Misérable qu'il est, se condamne lui-même A fuir ou mourir.
Sa faute le remord : Mégère le regarde , lit lui porte l'esprit à ce vrai sentiment, Que d'une injuste offense il aura, quoiqu'il tarde, Le juste châtiment.
Bien semble être la mer une barre assez forte Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être batlu ; Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte Ton heur et ta vertu ?
Neptune, importuné de ses voiles infâmes, Comme tu paroîtras au passage des flots, Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames, Et soient tes matelots.
i Le secours des Anglais, liurr
Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves, Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.
Par cet espoir fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois; Et le inonde croira, s'il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.
O que , pour avoir part en si belle aventure, Je me souliaiterois la fortune d'Éson , Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison !
De quel péril extrême est la guerre suivie, Où je ne fisse voir que tout l'or du Levant IN'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?
Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque; Celle-ci porte seule un éclat radieux , Qui fait revivre l'homme et le met de la barque A la table des dieux.
Mais quoi ! Tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur et flattent leur devoir, Que sont-ce que regrets, quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir ?