‹ PoésiesChapitre 33 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Sembloit d'un si grand coup devoir jeter des larmes Qui n'eussent jamais fin.

1 1 les sécha pourtant , et , comme un autre Alcide ,

Contre fortune instruit, Fit qu'à ses ennemis d'un acte si perfide

La honte fut le fruit.

Leur camp , qui la Durance avoit presque tarie

De bataillons épais, Entendant sa constance, eut peur de sa furie,

Et demanda la paix 1

De moi, déjà deux fois d'une pareille foudre

Je me suis vu perclus, Et deux fois 2 la raison m'a fait si bien résoudre

Qu'il ne m'en souvient plus.

Non qu'il ne me soit mal que la tombe possède

Ce qui me fut si cher ; Mais en un accident qui n'a point de remède,

Il n'en faut point chercher.

poisonné le 28 février 1536, âgé de 18 ans, el l'on attribua cette mort si prématurée à la cour de Madrid, qui redoutait les talents que ce jeune prince faisait voir pour la guerre. Édit.

1. Kn cette même année il 536) Charles-Quint lit une irruption en Provence, mais son armée s'y détruisit; ce qui l'obligea, l'année d'après, de faire une trêve de quelques mois, suivie, en 1538, d'une autre trêve pour dix ans. Édit.

2. Malherbe fait ici allusion à la perle de sa fille, morte de la peste a l'âge de cinq ou six ans, et à celle de son fils, lue en duel. Édit.

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles .

On a beau la prier, La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles

Et nous laisse crier.

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

Est sujet à ses lois; Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N'en défend point nos rois.

De murmurer contre elle et perdre patience ,

Il est mal à propos; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science

Qui nous met en repos.

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