LIVRE I
Des mois l'inégale courriel e; Et telle dessus l'horizon L'aurore au matin ne s'étale , Quand les yeux mêmes de Céphale En feroient la comparaison.
L'antique sceptre de sa race, Où l'heur aux mérites est joint , Lui met le respect en la face , Mais il ne l'enorgueillit point.
Nulle vanité ne la touche; Les grâces parlent par sa bouche ; Et son front, témoin assuré Qu'au vice elle est inaccessible , Ne peut que d'un cœur insensible Être vu sans être adoré.
Quantesfois, lorsque sur les ondes Ce nouveau miracle flottoit , Neptune en ses caves profondes Plaignit-il le feu qu'il sentoit !
Et quantesfois en sa pensée, De vives atteintes blessée, Sans l'honneur de la royauté Qui lui lit celer son martyre, Eût-il voulu de son empire Faire échange à cette beauté !
Dix jours ne pouvant se distraire Du plaisir de la regarder,
11 a par un elfort contraire Essayé de la retarder.
Mais à la fin , soit que l'audace Au meilleur avis ait fait place, Soit qu'un autre démon plus fort Aux vents ait imposé silence, Elle est hors de sa violence, Et la voici dans notre port.
La voici, peuples, qui nous montre Tout ce que la gloire a de prix ; Les fleurs naissent à sa rencontre Dans les cœurs et dans les esprits; Et la présence des merveilles Qu'en oyoient dire nos oreilles, Accuse la témérité De ceux qui nous l'avoient décrite, D'avoir figuré son mérite Moindre que n'est la vérité.
O toute parfaite princesse, L'étonnement de l'univers !
Astre par qui vont avoir cesse Nos ténèbres et nos hivers; Exemple sans autres exemples, Future image de nos temples , Quoi que notre foible pouvoir En votre accueil ose entreprendre , Peut-il espérer de vous rendre Ce que nous vous allons devoir?