‹ PoésiesChapitre 37 sur 189 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Qe sera vous qui de nos villes Ferez la beauté refleurir , Vous qui de nos haines civiles Ferez la racine mourir, Et par vous la paix assurée N'aura pas la courte durée Qu'espèrent infidèlement, Non lassés de notre souffrance , Ces François qui n'ont de la France Que la langue et l'habillement.

Par vous un dauphin nous va naître, Que vous-même verrez un jour De la terre entière le maître , Ou par armes ou par amour ; Et ne tarderont ses conquêtes , Dans les oracles déjà prêtes , Qu'autant que le premier coton , Qui de jeunesse est le message, Tardera d'être en son visage Et de faire ombre à son menton.

O ! Combien lors aura de veuves 1 La gent qui porte le turban !

1. Strophe admirable, pleine de poésie, dans le vrai goût d'Horace; c'est cette géographie poétique, pleine de tableaux, que Malherbe rend supérieurement, et en cela il était inventeur parmi nous, et forcé de créer son expression. Il faut donc lui pardonner si ce travail amortit souvent son feu, rt s'il n'éprouve que par intervalles la véritable ivresse lyrique.

\. Chenier.

48 PO KSI ES.

Que de sang rougira les Meuves ' Qui lavent les pieds du Liban !

Que le Bosphore en ses deux rives Aura de sultanes captives î Et que de mères à Memphis , En pleurant , .diront la vaillance De son courage et de sa lance , Aux funérailles de leurs fils !

Cependant notre grand Alcide,

Amolli par vos doux appas,

Perdra la fureur qui sans bride

L'emporte à chercher le trépas ;

Et cette valeur indomptée

De qui l'honneur est l'Euristhée 2,

Puisque rien n'a su l'obliger

A ne nous donner plus d'alarmes ,

Au moins pour épargner vos larmes ,

Aura peur de nous affliger.

Si l'espoir qu'aux bouches des hommes Nos beaux faits seront récités , Est l'aiguillon par qui nous sommes Dans les hasards précipités;

1. Ces images toutes neuves avaient séduit tous les poètes. Tous se travaillaient à les enchâsser dans leurs ouvrages à tort et à travers. C'est ce dont Boileau se moque plaisamment en plusieurs endroits de ses satires

A. Cbenier.

2. Vers obscur et tourmenté. C'est un de ces vers qui sentent l'huile.

\. CllENIBB.

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