A CE PROPOS, EN YIEL LANGAGE FRANÇOIS
Car, — ou soit ly sains apostolles [le saint pape],
D'aubes vestuz, d'amy cceffez,
Qui ne saint [ne revêt que] fors saintes estolles,
Dont par le col prent ly mauffez [le diable],
De mal talant tout eschauffez, —
Aussi bien meurt filz que servans.
De ceste vie cy bouffez :
Autant en emporte ly vens [le vent].
Voire, ou soit de Constantinobles
L'emperieres au poin dorez,
Ou de France ly roy très nobles
Sur tous autres roys décorez.
Qui, pour ly grans Dieux aourez [adoré],
Bastist églises et couvens,
S'en son temps il fut honnorez, Autant en emporte ly vens.
GRAND TESTAMENT
Ou soit de Vienne et de Grenobles
Ly Dauphins, ly preux, ly senez [sage],
Ou de Dijon, Salins et Doles
Ly sires et ly filz ainsnez.
Ou autant de leurs gens privez,
Heraulx, trompetes, poursuivans,
— Ont ilz bien bouté soubz le nez? [ont-ils bien bu?] —
Autant en emporte ly vens.
Envoi.
Princes à mort sont destinez,
Et tons autres qui sont vivans.
Si sont courcez ou attinez 'courroucés ou tourmentés],
Autant en emporte ly vens.
Puis que papes, roys, filz de roys
Et conceuz en ventres de roynes,
Sont enseveliz, mors et frois.
En autry mains [en d'autres mains' passent leurs règnes,
Moy, povre mercerot de Renés,
Mourray je pas ? Oy, se Dieu plaist ;
Mais que j'aye fait mes estrenes [mais pourvu que j'aie eu du
Honneste mort ne me desplaist. [bon temps],
Ce monde n'est perpétuel,
Çuoy que pense riche pillari ;
Tous sommes soubz mortel coutel [couteau].
Ce confort prent povre viellart,
Lequel d'estre plaisant raillart [railleur]
Ot le bruit [le renom], lorsque jeune estoit,
Qu'on tiendroit à fol et paillart,
Se, viel, à reiiller se mettoit.
FRANÇOIS VILLON
Or luy convient il mendier,
Car à ce force le contraint.
Regrette huy sa mort, et hier ;
Tristesse son cuer si estraint.
Que souvent — n'estoit Dieu qu'il crainct —
Il feroit Uiig orrible fait.
Et advient qu'en ce Dieu enfraint,
Et que luy niesmes se desfait.
Car, s'en jeunesse U fut plaisant.
Ores plus riens ne dit qui plaise.
Tousjours viel cinge ivieux singe] est desplaisant
Moue ne faict qui ne desplaise.
S'il se taist, affin qu'il complaise,
Il est tenu pour fol recreu :
S'il parle, on luy dit qu'il se taise,
Et qu'en son prunier n'a pas creu.
Aussi ces povres fameletes
Qui vielles sont et n'ont de quoy,
Quant ilz ^elles^ voient ces pucellettes
Emprunter elles à requoy,
Ilz demandent à Dieu, pourquoy
Si tost nasquirent, n'a quel droit.
Notre Seigneur se taist tout quoy,
Car, au tancer, il le perdroit.
GRAND TESTAMENT