SUR L’AMOUR
QUE L HOMME CONSERVE ' POUR LA ,.VIE , JUSQUE DANS LA VIEILLESSE LA PLUS' AVANCEE.
Quoi, vous Voulez, automate tremblant.
Sous le poids d’un corps qüi chancelle Vous traîner, et., spectre ambulant,
; Vivre autant que la fée Urgeile*?
— Je- veux Cequ’ont voulu, sans leur chercher
quérellé ,
Ceux qui nous ont donné. le jour,
•Et ce que .vous voudrez vous-même à votre tour.
Le monde en vain.sç renouvelle : ,
' Ce qu’on a fait hier, on le fera demain ,
Et de ce pauvre genre humain .
. • ÉPITRES. 5ij
La maladie est étemelle.
Vidant l’amphore, 1 et remplissant son sac,
'Je ne suis plus qii’ün estomac y - “
Disoit plaisamment Eontenelle; , ,
Et ce vieillard épicurien , '
Dans sa sagesse un peu charnelle ,
Aimoit encor 'mieux être un estomac... que rien. De nos travers ce peintre si fidèle , « .
, Lafontaine lç sa voit bien : v '
C’est la devise wniyferselle.
' Et Mécène et le bûcheron ,
Chez lui, jutent du même ton: -
Contre la mbrt qui les appelle.
On n’est plus retenu par là main dés ’^mours., m • • » m ,
Mais à Ce lieu d’exil cct aimant qui noîfe lie,
* > ( * . • S’attache au dernfor fil du füscaü de nos jours ': *>
Commç ifh vieux vêtement, on veut user la vie. *
EPITRES
A CHAtfLIElL
SUR LA GOUTTÉ.
Flèche aux dards enflammés, qlden penses-tu, Ghaul i A ton expérience ici je m’ep rapporte , , ..
Tu reconùois ce signe, et voilà , graee à dieu,
Ce qu’à mon petit dojgt je porte, i Grâce a dieu , c est le mot. Pkr s le teins aguerri ,
Il ne faut pas que je m’en plaigne. . - .De la fa veuves cj eux- c’est la magique enseigne ,> * La bague du prince chéri *.
"Sur cette ferre de passage ^
Où Satanas ne nous pardonne rien
* Voyez cette ipgënieuse allégorie dans le charmant conte des fe'es. de re nom. '
c^rT-.r'— i — -r •*'
' . ÉPITRES.V 61
Avec ce talisman , pourvu que je sois sage ,
Je chemine encore assefc bien. v ‘
Ce n’estpas que parfois le rubis neme, lance Sourdemen t quelquestraits qui' chatouillent le doigt, Airifci qu’un anneau, trop étroit • , .
.Nous avertit de sa présenee.
Mais franchement cela n’est rien", - .
Et, ne vaut pas même la peine .
Que je coupe cePCntretien. • ,
J’aime un conseiller sage et qui , pour notre bien, Saris cesse nous tient en haleine. r * , • Quant aux traits plus aigus de son petit-carquois, > Avoué par l’Amour et construit par Minerve, ‘Pédant® toujours prête à donner sur les doigts,
Poür les péchés mignons il les tient en réserve. Rien n’est plus vrai; Voici comment.
Je |je fais pas une sottise, • * . ^
• Que la bague au même moment .
Ne pique au vif, et par-là ne me dise •
Mon ami, tu t’en souviendras. ,
Je la comprends fort bien , et ne m’çn «vante pas.
•cr
ÉPLTRES..
Pour ces sottises, cher. -confrère i ..
. ■ , Ou que je Fai^, ou que je voutlEois faire ,
D’abord je mets , ici quelque restriction : ’
Dans le nombre il en est r quV, par discrétion ;
Tu me permettras de te taire ;
Mais si le Champagne mousseüx Dans mon verre, en saphirs, trop fréquemment pétille ; Si livrant au Pomard mes esprits paresseux,.
J’exprime trop souyent la pourpre dont il brillé ,
Si d’un pnnch, pur nectar, de citron parfumé,
Les vapeurs s’exhalant sur le boll enflammé M’ofFrentleurdoux poison qyi dans mon sang circule,
. Je sens venir ‘à mfoi Minerve et sa fefrule. ■
Certain je ne sais quoi , tout à coup, m’àiïterdit ,
Si , comme Jonathas , de nies lèyres je' touche,
- Ce doux rayon de miel dont s’approcha sa bouche ,
Et je, suis encor pris au trébuchet maudit.
Si... Mais;c r en est-. assez : au dénomment je passe.
De ta coupé, ô sagesse, 'amertume efficace:
De la raison austère alors que les avis Sont donnés assqz tôt pour être encor suivis,
EPITUES, 65
Au lieu de i’accuseril faut lui rendre grâce.
Dans k* fond de nos cœurs certain cri la défend.
Et toi , prince CH $11 $ quand je lisois ton conte y Satisfait de moi-même, et d’un air triomphant,
Je me disois : Ce n’est qu’un vrai conte d’enfant.
Je me dis aujourd’hui , non sans un peu de honte : A l’âge mûr aussi tu sers donc de leçon î
L’âge mûr! de ma ]iart ce trait est trop, modeste.
Je pourrois fort bien , et de reste. . .
Appeler autrement mon arrière-saison.
Aimable épicurien , dont la muse badine.
Sous l’attrait dès plaisirs déguise tes douleurs , Comme une habile main sait nous cacher l’épine Qui lance son dard sous lés fleurs ,
Vainement de ta voix le charme heureux m’enivre;
Dès Ce jour, tes plaisirs sont pour moi sans appas , Si des regrets cuisans demain doivent les suivre : Je jouis moins que toi t , mais je ne souffre pas.
. -Jl
ÉPXÎRES.