‹ Poesies fugitivesChapitre 4 sur 59 · A M. LE CHEVALIER DE VILLÊREAU · texte numérisé non relu

A M. LE CHEVALIER DE VILLÊREAU

Fi de ce jour et des étrennes !

Lorsque j'en donne à tant de gens ,

Nul ne, vient m’apporter lçs miennes ,

Si ce n’est de froids complimens Dont les monotones redites • Proloügeant l’ennui des visites.

Dévorent mes plus doux instans ,

Et ce n’est que des mains maudites Dë ce vieillard à cheveux blancs.

ÉPITRES

Qui préside à nos destinées

Qu’à point nonîmé , pour tou^ présens

Je reçois. ... eh quoi ? des années.

Que le diable emporte leVTems I ,

Je crois qu’en effet il Remporte ,

Mais c’est qu’il m’entraîne à la fois , Et toute l’immense cohorte \

Des êtres soumis à ses lois.*" .

En vain , dans mon impatience ,

Criant contre ces lois du sort ,

Je prouve au destin qu’il a tort.

Tort ou non , point de résistance :> Rois , prélats , le vieillard , l’enfant , Sous la chaumière , sur le trône , Enfin tout , du petit au grand , -

Portant balle, mitre ou cduronne ,

Doit subir la commune loi:.:’ „ 1

Du Tems tout ce qui m’environne" - Est tributaire comme moi. r

i6 ÈFlïiKES.-

Chacun , tour à tour , dans ce monde , .

'Servant de spectacle aux passans , . ' .

Montre par degrés , tous les ans >,

. Ses cheveux devenus plus blancs Et son omoplate plus ronde.

' Vous grommelez entre vos dents ;

Aipi , (/est même un privilège .

Et pour combien de nous ce tems ,

Ce tems si court encor s’ abrège ! • » . • •

Ne Vieillit pas qui veut , dit-on ;

Sans- done vouloir prendre le ton

De la haute philosophie , ;• 4

Moi *, jfe votas dirai bonnement s

Pour ce qu’elle est prenons la vie ,

C’est toujours de d’argent comptant.

Du banquet j tant que nous y sommes ,

Prendre notre. part nn instant , . * .

C’est le destin -de tous lés hommes.

Emportés par le tourbillon ,

Joupts du sort qui nous harcelle , •

ÉPITRES

Tous , au gré 'du meme aviron-,

Voguons dans l'a même nacelle: •

N’en prenons donU point de chagrin

Nous confiant à notre étoile : *

Sans trop songer au lendemain , .

' Sur l’avenir jetant un voile

Acheminons-nous vers la fin. «

‘Au moins , t.ant que la pièce dure ,

Pour en jouir plus doucement , •*

Fidèles aux lois d’Épicure , 1

Sachons filer le dénouement. .

Moi, qui veux charmer- le passage ,

Mais sans prétendre -me' lasser, . •

Et qui sais qu’en tout l’homijae sage

Ne doit' jamais trop se presser* ;

Qu’il ne faut qu’un mincebagagè

A qui sut de tout se passer ;

1 Et que le plus gros équipage Ne sert qu’à nous embarrasser, . .

8 < IjiPITRES.

V ers le temple de la Fortune', Voyant tant de fous se pousser ,•

Et, dans leur ardeur importune ,

Se coudoyer et se froisser , , *

Dans le port, de peur de l’orage , '

• Impatient de m’élancer ,

Je me range sur le rivage, , ' - A .

Afin de les laisser passer , . .

Et dp loin leur dis, Bon voyage !

, Au monde ne, demandant rièn , *

Sans me plaindre iju’il m’abandonne

A quelques-uns faisant du bien ,

Ne faisant de mal à personne,

J’irai me cacher dans mon coin ,

Des importuns fuyant la vue ,

Occupé de 1 unique soin , . ] (

Là , de planter une avenue-,

Ici , d’exhausser ce terrain ,

.. * - Pour lui donner plus d’étendüa',

Ailleurs , d’abréger ce chemin

EPITRES

Qui , par une pente imjprévue ’

Conduisant chez mon vieux voisin.,

Nous ménage une double issue

Qui , par un doux enchantement , Vienne au secours de la vieillesse ; Otant , au gré de ma tendresse , Tout obstacle à l’empressement,.

Et tout prétexte à la .paresse.

Heureux de partager mon tems ,

Dans le calme et la solitude , ’

Entre mon jardin et l’étude , '

Entre ma femme et mes entans ,

De passer des joûrs sans nuage Entouré de mes bons parens , •

Des compagnons de mon jeune âge , De mes amis de tout; les tems ; \

D’embellir mon simple hermitage Toujours plus cher à mes vieux Ans Et, malgré les glaces de l’âgé, '

Me croire encore a mon printems.

KPITRES.

EPITRÉ

, A FANNi;

.Ouï, Fannr, j’ai dit que Pamour

Se refroidissait nvec l’âge ;

-Que tu m’aimerais moins un joui T’accusais-je .d’être volage ?

Pauvres mortels , quelle pitié ! - , Si c’était ta faute ou la mienne ,

J’ett serais moins humilié \> •

Pour toute la nature humaine.

Te suis sans doute édifié

De la flamme sempiternelle- • • De Philémon -et de Baucis,

ÊPITttES.

Couple Jjpureux autant que Hdèle , Mais' je p’en suis pais moins, surpris ;

Aussi , rare en fut le modèle. •

Il n’est qu’un tems pour le bonheur,

Il n’est qu’une saison pour plaire ;

Jfe ne puis croire à la douceur V-

D’un baiser septuagénaire; ,

Hélas I tout s’use en vieillissant.

Bonne leçon pour la’ jeunesse!

L’ouïe a*perdu sa finesse ,

Et l’œil n’est plus si clairvoyant. 4 *

L’enfant qui commande à Cythere, Veut qu’on se parle bas... tout bas....

L’amour est le dieu du mystère , • ‘ Et, sans doüte* je n’irai pas,* • ’ ’ .

Crier pour te fcontér fleurettes , •

Et, pour admirer tes appas,- . •

Mettre une paire de lunëttes.*

Avec un rhumatisme au bras

On ne touche plus de cruelles ,

rm

au •

ÉPlTUES.

\ Et l’on n’attrape plus de belles ' Lorsqu’on trébuche à chaque pas.

. „ Mais trêve- de plaisanterie : .

* ' Oui , je le erôis sincèrement , .

Oui , nous saurons toute la vie .

Nous chérir encor constamment.

Lorsqu’à tout coup le tçjms nous triche.

Sans que nul piiisSe en appeler ,

À ce jéu quelle esttlonc la fiche."'

Qui puisse au moins nous consoler ? ;

Tu l’as 4eviné , mon ara;ie ,

On peut, en dépit des amours, *

Au déclin même delà Vie •

Par l’amitié tendre embellie

Goûteï encor quelqùes- beaux jours.

Il eSt des douceurs pour, tout âge Chaque saison a ses besoins. *• Vieux , ah ! sansdpute on jouitmoius :

Peut-être sent-on davantage.

Nous pourrons nous entretenir . • v

ÊPITJRES . v 25

Des transports de notre jeunesse.

Espérer, dit-on, c,’est jouir. • ' '

Puisqu’on jouit même d’avance",

Le passé. vaut bien l’avenir. '•

Est-il plus douce jouissance

Que de prolonger le plaisir t • T -

Heureux enfant de' l’espérapce,

Il est pèfe du souvenir. < '

JÉPITRES.

A LA MÊME

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