‹ Poesies fugitivesChapitre 47 sur 59 · LE JEUNE DOUGLAS · texte numérisé non relu

LE JEUNE DOUGLAS

Air : Vaudeville de Psyché.

La jeune et touchante Marie ,

Des Stuarts noble rejeton ,

Captive au sein de sa patrie , Languit dans un obscur donjon.

Las ! elle semble n’ètre nce Que pour s’abreuver de ses pleurs :

Puissent là de l’infortunée Se terminer tous les malheurs !

De la vive et bruyante enfance Fuyant les heureux passe-tems,

ROMANCES

Douglas , au sein de l’innocence ,

A vu refleurir neuf printems.

Chez lui les charmes du bel âge Cachent un fruit mûr sous la fleur Et l’accent d’un mâle courage Retentit dans son jeune coeur.

Du geôlier, gardien de Marie, ‘

Il suit les traces en secret ,

Il la voit : son ame attendrie Soudain conçoit un grand projet.

Un jour il est seul avec elle :

Cessez , lui dit-il , de pleurer ;

Un ami sûr , un cœur fidèle Bientôt saura vous délivrer. .

Quel est cet ami , dit la reine ?

« Moi , répondit le jeune enfant.

Est une porte souterraine Où de la tour même on descend.

ROMANCES

C’est moi qu’en celte barque agile Vous voyez errer chaque jour Sur le lac dont l’onde mobile

Baigne le pied de cette tour.

« Une clef vous sera donnée ,

Et la nacelle, par mes soins ,

Sur le bord du lac amenée Nous emportera sans témoins. »

Stuart, pour consommer l’ouvrage,

A Sélon (*) veut se confier ;

Mais au crime tout porte ombrage :

Elle est sans encre et sans papier.

Dans unç cheminée antique,

D’un feu pour quelqu’autre allumé ,

* Vicomte de Sélon, l’un de ses plus zéle's partisans, qui dans cette circonstance, et par suite du moyen rapporté ici, concourut à la délivrer. Les détails qui suivent sont également historiques.

ROMANCES

Il lui reste, trésor unique,

Un charbon presque consumé ! ' • C’est assez : et de ses alarmes Un mouchoir, ce témôin discret,

Si souvent trempé de ses larmes ,

Est confident de son secret ;

Le jour venu , Stuart s’élance Dans la nacelle qui l’attend :

En vain s’agite et se balance ,

Les bras tendus , le jeune enfant.

Son ardeur croît et se rallume Au bruit des flots retentissants ;

Mais sa force qui se consume Se perd en efforts impuissans.

Marie alors saisit la rame :

S’excitant d’un commun transport,

Seuls, un jeune enfant , une femme , Brisent les flots , bravent la mort.

ROMANCES

Le ciel seconde leur courage ,

Et, s’offrant pour guider leurs pas , Selon sur le prochain rivage Vole, et les’ reçoit dans ses bras.

ROMANCES

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