‹ Poésies fugitives de Jacques DelilleChapitre 30 sur 45 · DE LÀ BIENFAISANCE ET DE LA RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DE LÀ BIENFAISANCE ET DE LA RECONNAISSANCE

ÉPITRE

Présentée par la sœur de M^^. Delille, à M™«. la comtesse Potocka, dont elle aidait reçu une paire de bracelets.

Deux déités , qui de leur main féconde Versent la paix et le bonheur au monde.

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Servant dans ses desseins le Dieu de l'univers , Joignent d'un double nœud tous les êtres divers ;

C'est toi y divine Bienfaisance !

C'est toi sa digne sœur, tendre Reconnaissance !

Grâce à ces deux divinités , Des services rendus y des bienfaits acquittes ,

L'esprit social se compose :

Tout se tient dans le monde entier.

Voyez cet arbrisseau , dont le suc nourricier Court abreuver la fleur nouvellement éclose ; Le rosier de sa sève alimente la rose , Et la rose à son tour embaume le rosier :

Ainsi l'aimable Bienfaisance

Répand ses dons consolateurs ; Ainsi le doux encens de la Reconnaissance

Rend hommage à ses bienfaiteurs.

Le cœur se plaît à comparer entr'elles Ces deux sœurs, qui devraient, compagnes éternelles

Pour consoler le genre humain , Marcher toujours ensemble en se donnant la main. Et qui souvent , hélas ! l'une à l'autre infidelle ,

Brisent leur chaîne mutuelle.

Et se séparent en chemin.

Toutes deux ont leur caractère.

Et leur penchant, et leur pouvoir j

L'une de l'autre est tributaire ; L'une aspire à donner, et Tautre aime à dévoie ; L'une offre avec bonté, l'autre accepte sans honte.

Par un instinct doux et puissant

La Reconnaissance remonte.

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Et la BienÊdsance descend :

L'une appartient à la faiblesse ^ L'autre au pouvoir : l'une de la richesse Verse le superflu sur l'indigence en pleurs ;

L'autre, à sa sœur pour récompense,

Portant les hommages des cœurs ,

Sur la douce correspondance

Des obligés , des bienfaiteurs , . Des besoins et de l'abondance ,

Fonde l'utile dépendance

Des protégés , des protecteurs ,

Du savoir et de l'ignorance , Des grands et des petits, et du peuple et du roi ; L'une suit le bienfait , et l'autre le devance ;

Et, pour mieux peindre encor leur différence,

L'une c'est vous , l'autre c'est moi.

Mais quelques traits encor manquent au parallèle :

De toutes deux la grâce naturelle

Sait nous plaire et nous attacher ; Mais l'une aime à paraître, et l'autre à se cacher.

L'oubU sied à la Bienfaisance ; .

Créancière sans défiance ,

Jamais envers son débiteur

Sa généreuse insouciance ,

D'un impitoyable exacteur Ne se permit l'avide impatience;

Au lieu d'arracher à nos cœurs

Le prix forcé de ses faveurs.

De son noble abandon l'oublieuse indulgence

Laisse à d'orgueilleux protecteurs ,

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De leur tyrannie obligeante

Les officieuses hauteurs ,

Et de leur mémoire e^dgeante

Les souvenirs persécuteurs.

Mais si Foubli sied à la Bienfaisance , Le souvenir convient à la Reconnaissance ; Il exerce sur elle un pouvoir souverain ; Elle retient des dons l'image impérissable ; Par elle les bienfaits sont gravés sur l'airain y

Et les injures sur le sable ; Par elle, notre cœur s'acquitte à peu de frais. Ces liens qu'à mon bras votre main entrelace ,

A vous m'encbaînent à jamais :

Reconnaître les dons et donner avec grâce ,

Voilà le code des bienfaits

Qui depuis long-temps est le nôtre.

A tous les cœurs bien nés l'un et l'autre est commun :

Votre ame vient d'éprouver Tun,

La mienne jouira de l'autre; Ainsi des nœuds bien chers se forment entre nous : Bien Êiire c'est jouir, et bien sentir c'est rendre ; L'un marque une ame noble, et l'autre une ame tendre. Votre rôle est plus beau , mais le mien est plus doux. Voyez combien de déUces rassemble

Ma juste sensibilité :

Vous chérir , c'est aimer ensemble

L'esprit, la grâce et la bonté.

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